Arbrealettres

Poésie

Archive pour janvier 2011

Le mystère d’être (Albert Strickler)

Publié par arbrealettres le 25 janvier 2011


Le mystère d’être

Je n’invente jamais rien
La vie est beaucoup trop riche
Pour qu’on lui ajoute quelque chose

Il suffit de croire au miracle
Et il s’impose
Dans la plénitude de son évidence

A elle seule cette conviction
Justifie la poésie
Le mystère d’être
Indissociable de la parole
Qui en témoigne

Raison de dire à qui veut bien le voir
Que cette nuit dans le jardin
Un renard s’est longuement recueilli
Devant les roses

Et qu’en s’en allant
L’auréole de la lune
N’en faisait plus qu’une
Avec la couronne d’épines
Sur sa tête

(Albert Strickler)

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L’écureuil (Albert Strickler)

Publié par arbrealettres le 25 janvier 2011


Et la foudre se fit chair
Le temps que le sang s’illumine

(Albert Strickler)

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Il faudra bien revenir vers la Mère (Jean Mambrino)

Publié par arbrealettres le 25 janvier 2011


Il faudra bien revenir vers la Mère,
dont la chair recrée la source du jour
dans le coeur miséreux de ses enfants,
perdus à la quête du feu.

Ils savent et ne savent plus ton nom,
mais ils portent dans leurs ombres ta vie
qui les conduit, pour répondre à l’appel,
depuis l’origine du monde.

Ils sortent de ton sein entièrement.
Toi le Très-Haut qui aime leur bassesse,
puisque tu connaissais bien avant eux
l’humilité de leur errance.

Une indigence sans fond les habite,
dévoile leur limite en ces hochets,
l’infini du désir dont ils sont faits,
et qui est l’autre nom de Dieu.

(Jean Mambrino)


Illustration: William Blake

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Un prisonnier debout à sa fenêtre (Jean Mambrino)

Publié par arbrealettres le 25 janvier 2011


Un prisonnier debout à sa fenêtre
ouverte, écoute l’appel du désert,
où le néant se dissipe en poussière,
derrière les montagnes vertes.

Il se découvre en traversant l’absence
de son désir toujours nu et sans nombre,
prêt à saisir la visite impromptue
qui le purifie et le désencombre.

Soudain au seuil s’invite la présence,
qui sans un mot le regarde, et l’inspire
à reconnaître en elle l’espérance,
sous la ténèbre qui l’obombre.

(Jean Mambrino)

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Une mort douce comme un chant de tourterelle (Jean Mambrino)

Publié par arbrealettres le 25 janvier 2011


Une mort douce comme un chant de tourterelle
avant la nuit, belle d’avoir su la douleur,
et connu sans tourment la brûlure des pleurs,
partagés dans le coeur de Celui qui appelle !

Mourir de ne pas mourir, depuis qu’on est enfant,
a toujours été notre désir le plus nu,
à cause de la glisse obscure d’un serpent,
et des souvenirs du pays perdu.

Mais la souffrance subie règne en majesté,
bien qu’elle serre amoureusement notre main,
pour nous conduire entre les arbres du jardin,
jusqu’à celui qui porte un fruit ensanglanté.

(Jean Mambrino)


Illustration: Le Bernin

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Chaque soir vient le Sauveur (Jean Mambrino)

Publié par arbrealettres le 25 janvier 2011


Chaque soir vient le Sauveur
vers celui qui sait l’attendre.
C’est lui qui viendra te prendre
dans la nuit des profondeurs.

Il marche sur l’eau du lac,
si on l’appelle au secours,
soutient celui que l’on traque,
dans les marais sans amour.

Il traverse les terreurs,
les angoisses des petits,
le silence de leurs cris,
la tristesse dont ils meurent.

Et ton coeur recru reçoit
tout le poids de leurs déboires,
la blessure qui les broie,
le divin baiser du soir.

(Jean Mambrino)


Illustration: Gustave Doré

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La terrestre (Jean Mambrino)

Publié par arbrealettres le 25 janvier 2011


La terrestre dévore avec impatience
les corps qui doivent disparaître pour renaître,
dans une plus haute intensité de lumière.
Le double a déjà fait ses adieux à la terre,
afin de poursuivre sa voie, qui transformait
en dilection les blessures de son destin.
Là, est née cette gloire enfantée par la nuit
qu’il a reconnue au fond de lui, chaque jour,
acceptant les ronces noires sur son chemin.

(Jean Mambrino)


Illustration

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La soif (Jean Mambrino)

Publié par arbrealettres le 25 janvier 2011


La soif pour découvrir
les points d’eau dans le désert.
Ils sont enfouis par cette soif
où meurt et naît le beau désir,
qu’appelle un seul vocable,
l’eau douce à la bouche intérieure,
au cœur désert qui fait fleurir
les puits cachés dans le sable,
l’âme à sec pour l’assouvir.

(Jean Mambrino)


Illustration : Gilles Blazy

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La captivante toile d’araignée des songes (Jean Mambrino)

Publié par arbrealettres le 25 janvier 2011


Ils regardent, se regardent, dans les fauteuils
vides, fascinés par une image intérieure
qu’ils projettent et retirent en un clin d’oeil,
alors qu’ils ne voient pas qui est l’entreteneur.

Le spectacle s’avance en sa traîne de sang
monstre aux mille membres, chacun tenant un sceptre,
pour que le voyeur se souvienne et se délecte
d’être celui qui pleure et va chantant.

On ne peut plus partir, car le vrai c’est le faux,
et notre pays a la couleur du mensonge.
La captivante toile d’araignée des songes,
nous fait goûter combien tout ce néant est beau.

(Jean Mambrino)


Illustration

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Opaque est la chair, que traversent les étoiles (Jean Mambrino)

Publié par arbrealettres le 25 janvier 2011


Opaque est la chair, que traversent les étoiles,
la promise à l’état d’une gloire inconnue,
grâce à ce sang versé pour les corps à venir,
qui ruisselle toujours de la chair de l’Agneau,
afin que les errants sur la terre des hommes
dépassent la cruelle absence de leur amour,
pour découvrir enfin tout ce qu’ils s’entre-donnent.


Illustration: Van Eyck

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