Arbrealettres

Poésie

Archive pour janvier 2011

LA (Jean Mambrino)

Publié par arbrealettres le 11 janvier 2011


LA

Fenêtre pleine
de couleurs de parfums
d’espace en fleurs.

S’ouvre aussi l’espace
dans ton coeur
tissé d’odeurs et d’oiseaux.

La lumière se retire
dans l’ouvert
par les feuillages.

Tu ne vois que le jardin.

(Jean Mambrino)

Illustration: Claude Monet

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VERS (Jean Mambrino)

Publié par arbrealettres le 11 janvier 2011


VERS

Une tige porte
la tendre gloire
du bleu
la fumée
du contour.

L’arabesque
se défait
sous nos yeux.

Se refaisant
de ce peu
qu’elle est.

En suspens.

(Jean Mambrino)

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Dehors dans le jardin (Katherine Mansfield)

Publié par arbrealettres le 11 janvier 2011


Dehors dans le jardin,
Dehors dans le souffle et le balancement de l’obscurité,
Sous les arbres et la haie vive,
Sur la pelouse et les parterres de fleurs,
Quelqu’un balaye, balaye,
Quelque vieux jardinier.
Dehors dans le souffle et le balancement de l’obscurité,
Quelqu’un secrètement est en train de ranger,
Quelqu’un très lentement avance, avance…

***

Out in the garden

Out in the garden,
Out in the windy, swinging dark,
Under the trees and over the flower-beds,
Over the grass and under the hedge border,
Someone is sweeping, sweeping,
Some old gardener.
Out in the windy, swinging dark,
Someone is secretly putting in order,
Someone is creeping, creeping.

(Katherine Mansfield)


Illustration: Jamal Eddine Chraibi

Jamal eddine chraibi

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Les voix de l’air (Katherine Mansfield)

Publié par arbrealettres le 11 janvier 2011


Les voix de l’air

Survient alors cet instant rare
Où sans que je sache bien pourquoi
Les petites voix qui sont dans l’air
Résonnent par-dessus vent et mer.
Vent et mer alors s’inclinent,
Soupirant en doubles croches
De contrebasse, heureux de donner l’accompagnement
Aux gorges frêles d’un accord bourdonnant.
Ces gorges frêles qui chantent et montent
Dans la lumière avec une grâce légère
Et comme une douce et magique surprise
De s’entendre et se reconnaître telles ?
Ces petites voix: l’abeille, la mouche,
La feuille qui tape, la cosse qui claque,
La brise qui souffle sur l’herbe penchée,
Le passage sifflant de l’insecte.

***

Voices of the air

But then there comes that moment rare
When, for no cause that I can find,
The little voices of the air
Sound above all the sea and wind.
The sea and wind do then obey
And sighing, sighing double notes
Of double basses, content to play
A droning chord for little throats —
The little throats that sing and rise
Up into the light with lovely ease
And a kind of magical, sweet surprise
To hear and know themselves for these —
For these little voices : the bee, the fly,
The leaf that taps, the pod that breaks,
The breeze on the grass-tops bending by,
The shrill quick sound that the insect makes.

(Katherine Mansfield)


Illustration: Michael Rothman

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Mer (Katherine Mansfield)

Publié par arbrealettres le 11 janvier 2011


Mer

La Mer a appelé. J’étais couchée sur les rochers.
- Je suis venue, ai-je dit.
Elle a ricané, montré les dents,
Allongeant ses grands bras verts.
- Va-t-en, a-t-elle rugi.
- Dis-moi alors ce que je devrais faire.
Si je m’en vais, tu ne te tairas pas,
Mais crieras mon nom à travers les villes,
Et par les plaines et les forêts m’imploreras.
J’ai tout quitté pour toi: que veux -tu que je fasse?
- Jamais, gronda- t-elle, je n’ai prononcé ton nom.
Il n’y a rien de moi dans ton corps
Que ces petites larmes salées que tu es effrayée de verser.
Que sais-tu de mon amour sur ton sombre oreiller de rochers?
Viens… Approche…

***

Sea

The Sea called — I lay on the rocks and said:
“I am come”.
She mocked and showed her teeth,
Stretching out her long green arms.
“Go away !” she thundered.
“Then tell me what I am to do”, I begged.
“If I leave you, you will not be silent,
But cry my name in the cities
And wistfully entreat me in the plains and forests;
All else I forsake to come to you — what must I do?”
“Never have I uttered your name”, snarled the Sea.
“There is no more of me in your body
Than the little salt tears you are frightened of shedding.
What can you know of my love on your brown rock pillow?…
Come closer”.

(Katherine Mansfield)


Illustration: Sabin Balasa

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L’enfant de la mer (Katherine Mansfield)

Publié par arbrealettres le 11 janvier 2011


L’enfant de la mer

Vers le vaste monde, mère, tu l’envoyas,
Ornant son corps de corail et d’écume,
Peignant une vague dans sa tiède chevelure.
Ainsi l’as-tu chassée de sa demeure.
Par la nuit noire elle se glissa dans la ville
Et sous un porche elle s’installa,
Petite enfant bleue à la robe ourlée d’écume.
Ni soeur ni frère
Pour entendre ses appels et répondre à ses cris.
Son visage brillait sous la tiède chevelure
Comme une lune minuscule apparue dans le ciel.
Elle vendit son corail; elle vendit son écume;
Son coeur arc-en-ciel telle une conque se brisa:
Sur la pointe des pieds elle s’en revint chez elle.
Paix, ma fille, retourne-t-en au monde;
Retourne à la terre, à la terre obscure;
Il n’y a ici que la triste eau salée,
Qu’une poignée de sable s’écoulant de la main.

***

The sea child

Into the world you sent her, mother,
Fashioned her body of coral and foam,
Combed a wave in her hair’s warm smother,
And drove her away from home.
In the dark of the night she crept to the town
And under a doorway she laid her down,
The little blue child in the foam-fringed gown.
And never a sister and never a brother
To hear her call, to answer her cry.
Her face shone out from her hair’s warm smother
Like a moonkin up in the sky.
She sold her corals; she sold her foam;
Her rainbow heart like a singing shell
Broke in her body : she crept back home.
Peace, go back to the world, my daughter,
Daughter, go back to the darkling land;
There is nothing here but sad sea water,
And a handful of sifting sand.

(Katherine Mansfield)


Illustration: Thomas-Alexander Harrison

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L’enfant de la terre (Katherine Mansfield)

Publié par arbrealettres le 11 janvier 2011



L’enfant de la terre

Au petit matin,
Bien avant l’Aurore,
J’étais couchée dans la prairie
Et j’écoutais la froide chanson de l’herbe,
Des brins d’herbe verte froissés entre mes doigts,
Des brins d’herbe verte pressés contre mon corps.
«Qui repose si lourdement sur moi?
Chantait l’herbe,
Et pourquoi celle-ci pleure-t-elle sur mon sein,
Mêlant ses larmes à celles de l’amant mystique?
Folle enfant de la terre!
Le temps n’est pas encore venu.
Un jour, je t’ouvrirai mon sein.
Tu t’y glisseras, mais sans une larme.
Puis au petit matin,
Bien avant l’Aurore,
Ton bien-aimé se couchera dans la prairie,
Des brins d’herbe verte froissés entre ses doigts,
Des brins d’herbe verte pressés contre son corps…
Ma chanson ne lui semblera pas froide.
Dans ma vague profonde il trouvera la vague de tes cheveux,
Dans mon parfum doux et fort, le parfum de tes baisers.
Longtemps, longtemps, il restera là, couché…
Riant… Sans pleurer.»

***

The earth-child in the grass

In the very early morning
Long before Dawn time
I lay down in the paddock
And listened to the cold song of the grass.
Between my fingers the green blades,
And the green blades pressed against my body.
“Who is she leaning so heavily upon me?”
Sang the grass.
“Why does she weep on my bosom,
Mingling her tears with the tears of my mystic lover?
Foolish little earth child!
It is not yet time.
One day I shall open my bosom
And you shall slip in — but not weeping.
Then in the early morning
Long before Dawn time
Your lover will lie in the paddock.
Between his fingers the green blades
And the green blades pressed against his body…
My song shall not sound cold to him
In my deep wave he will find the wave of your hair
In my strong sweet perfume, the perfume of your kisses.
Long and long he will lie there…
Laughing – not weeping”.

(Katherine Mansfield)

Illustration: Andrew Wyeth


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En toi cette force (Guillevic)

Publié par arbrealettres le 11 janvier 2011


En toi cette force -
Comme si
Tu ne savais rien -

Et qui fait.

(Guillevic)


Illustration: Remedios Varo Transito

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Un poème exponentiel (Guillevic)

Publié par arbrealettres le 11 janvier 2011


Etre
A longueur de temps

Un poème
Exponentiel.

(Guillevic)

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J’accueille avec ravissement (Albert Strickler)

Publié par arbrealettres le 11 janvier 2011


Suzerain des riens somptueux
J’accueille avec ravissement
Les merveilles qui me renouvellent
Chaque jour leur allégeance de la veille

(Albert Strickler)

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