Archive pour janvier 2011
Publié par arbrealettres le 29 janvier 2011
La grenouille, qui se reprend à essayer ses cordes
depuis l’étang qui noie
joncs et nuages, le bruissement des caroubiers
entrecroisés où vient éteindre ses torches
un soleil sans chaleur, sur les fleurs l’indolent
bourdonnement des coléoptères qui sucent
encor des sèves, d’ultimes sons, l’avare
vie des champs. Dans un souffle
l’heure s’épuise : un ciel d’ardoise
se prépare à l’irruption des chevaux
décharnés, à leurs sabots pleins d’étincelles.
***
La rana, prima a ritentar la corda
dallo stagno che affossa
giunchi e nubi, stormire dei carrubi
conserti dove spenge le sue fiaccole
un sole senza caldo, tardo ai fiori
ronzio di coleotteri che suggono
ancora linfe, ultimi suoni, avara
vita della campagna. Con un soffio
l’ora s’estingue : un cielo di lavagna
si prepara a un irrompere di scarni
cavalli, alle scintille degli zoccoli.
(Eugenio Montale)
Publié dans poésie | Tagué: (Eugenio Montale), ardoise, étang, éteindre, étincelle, bruissement, caroubier, chaleur, chevaux, coléoptère, corde, décharné, entrecroisé, essayer, fleur, grenouille, irruption, jonc, nuage, sabot, sève, se noyer, se reprendre, soleil, son, torche | Laisser un Commentaire »
Publié par arbrealettres le 29 janvier 2011
La fleur qui répète
en bordure du ravin
souviens-toi de moi,
n’a de teintes plus gaies ni plus claires
que l’espace jeté entre toi et moi.
Un son strident survient, qui nous écarte,
l’azur obstiné ne reparaît pas.
Dans la touffeur quasi visible, le funiculaire
me ramène à l’étape opposée, obscure déjà.
***
Il fiore che ripete
dall’orlo del burrato
non scordarti di me,
non ha tinte più liete né più chiare
dello spazio gettato tra me e te.
Un cigolio si sferra, ci discosta,
l’azzurro pervicace non ricompare.
Nell’afa quasi visibile mi riporta all’opposta
tappa, già buia, la funicolare.
(Eugenio Montale)
Illustration
Publié dans poésie | Tagué: (Eugenio Montale), azur, écarter, étape, bordure, claire, déjà, espace, fleur, funiculaire, gaie, moi, obscure, obstiné, opposé, ravin, répéter, reparaître, se souvenir, son, strident, teinte, toi, touffeur, visible | Laisser un Commentaire »
Publié par arbrealettres le 29 janvier 2011
Pourquoi tarder? Dans le pin l’écureuil
de sa queue en torche frappe l’écorce.
Le croissant de lune descend et sa corne
au soleil s’émousse. I1 fait jour.
Un souffle, et la fumée indolente tressaille,
elle se défend au point qui t’enclôt.
Rien ne finit, tout s’achève lorsque, foudre,
tu quittes le nuage.
***
Perché tardi? Nel pino lo scoiattolo
batte la coda a torcia sulla scorza.
La mezzaluna scende col suo picco
nel sole che la smorza. E giorno fatto.
A un soffio il pigro fumo trasalisce,
si difende nel punto che ti chiude.
Nulla finisce, o tutto, se tu fôlgore
lasci la nube.
(Eugenio Montale)
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Publié par arbrealettres le 29 janvier 2011
Le lézard, s’il s’élance
sous la grande ardeur
d’entre les chaumes —
la voile, quand elle gonfle
et s’abîme au saut
du rocher —
le canon de midi
plus ténu que ton coeur
et le chronomètre s’il
se déclenche sans bruit —
…
alors? Lueur d’éclair
vainement vous transmue en chose
riche et singulière. Tout autre était ta marque.
***
Il ramarro, se scocca
sotto la grande fersa
dalle stoppie -
la vela, quando fiotta
e s’inabissa al salto
della rocca -
i1 cannone di mezzodi
più fioco del tuo cuore
e il cronometro se
scatta senza rumore -
…
e poi? Luce di lampo
invano puô mutarvi in alcunché
di ricco e strano. Altro era il tuo stampo.
(Eugenio Montale)
Publié dans poésie | Tagué: (Eugenio Montale), ardeur, éclair, bruit, canon, chaume, chronomètre, coeur, gonfler, lézard, lueur, marque, midi, riche, rocher, s'abîmer, s'élancer, saut, se déclencher, singulière, ténu, transmuer, voile | Laisser un Commentaire »
Publié par arbrealettres le 29 janvier 2011
Ta fièvre me fait penser
aux oiseaux de passage qui heurtent les phares
dans les soirs de tempête:
tempête aussi est ta douceur,
sans apparaître elle bouillonne,
et ses repos sont encore plus rares.
Je ne sais comment, exténuée, tu résistes
en ce lac
d’indifférence, ton coeur; peut-être
une amulette te sauve-t-elle, que tu gardes
à côté du bâton de rouge,
de la houppette, de la lime: une souris blanche,
d’ivoire; et ainsi tu existes !
***
La tua irrequietudine mi fa pensare
agli uccelli di passo che urtano ai fari
nelle sere tempestose :
è una tempesta anche la tua dolcezza,
turbina e non appare,
e i suai riposi sono anche più rari.
Non so come stremata tu resisti
in questo lago
d’indifferenza ch’è il tuo cuore; forse
ti salva un amuleto the tu tieni
vicino alla matita delle labbra,
al piumino, alla lima: un topo bianco,
d’avorio; e cost esisti!
(Eugenio Montale)
Illustration: Giovanni Boldini
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Publié par arbrealettres le 29 janvier 2011
Autre effet de lune
Le caroubier dont la trame se profile
dépouillée, sur l’azur somnolent,
des voix, une broderie
de doigts argentés sur les seuils,
la plume qui s’englue, un piétinement
sur le môle qui s’efface,
et la felouque déjà replie son vol
sous les dépouilles de ses voiles basses.
***
Altro effetto di Luna
La trama del carrubo che si profila
nuda contro l’azzurro sonnolento,
il suono delle voci, la trafila
delle dita d’argento sulle soglie,
la piuma che s’invischia, un trepestio
sul molo che si scioglie
e la feluca già ripiega il volo
con le vele dimesse come spoglie.
(Eugenio Montale)
Illustration
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Publié par arbrealettres le 29 janvier 2011
Carrières d’automne
sur lesquelles descend un printemps lunaire
qui nimbe de candeur chaque découpure,
éclats de pin, éclaboussure
aveuglante de filets tendus, de débris,
elle reviendra, reviendra sur le gel,
la bonté d’une main,
et franchira le ciel lointain
la chiourme lumineuse qui nous saccage.
***
Cave d’autunno
su cui discende la primavera lunare
e nimba di candore ogni frastaglio,
schianti di pigne, abbaglio
di red stese e schegge,
ritornerà ritornerà sul gelo
la bontà d’una mano,
varcherà il cielo lontano
la ciurma luminosa che ci saccheggia.
(Eugenio Montale)
Publié dans poésie | Tagué: (Eugenio Montale), automne, aveuglante, éclaboussure, éclat, bonté, candeur, carrière, chiourme, débris, découpure, descendre, filet, franchir, gel, lumineuse, lunaire, main, nimber, pin, printemps, revenir, saccager, tendu | Laisser un Commentaire »
Publié par arbrealettres le 29 janvier 2011
Lindau
L’hirondelle y apporte
des brins d’herbe, elle refuse que la vie passe.
Mais entre les digues, la nuit, l’eau morte
use les pierres.
Sous les torches fumeuses toujours
une ombre dérive le long des berges vides.
Dans le cercle de la place une sarabande
s’agite quand mugissent les bateaux à aubes.
***
Lindau
La rondine vi porta
fili d’erba, non vuole the la vita passi.
Ma tra gli argini, a notte, l’acqua morta
logora i sassi.
Sotto le torce fumicose sbanda
sempre qualche ombra salle prode vuote.
Nel cerchio della piazza una sarabanda
s’agita al mugghio dei battelli a ruote.
(Eugenio Montale)
Illustration
Publié dans poésie | Tagué: ombre, nuit, pierre, cercle, passer, hirondelle, eau, bateau, apporter, mugir, user, place, torche, s'agiter, berge, dériver, digue, (Eugenio Montale), sarabande | Laisser un Commentaire »
Publié par arbrealettres le 29 janvier 2011
Taudis
Derrière une vitre
Un enfant pâle pleure
Le nez et les yeux collés
Au carreau sale.
(Jean-Baptiste Besnard)
Illustration: Ivan Renkov
Publié dans poésie | Tagué: (Jean-Baptiste Besnard), carreau, colle, enfant, pâle, pleurer, sale, taudis, vitre | Laisser un Commentaire »
Publié par arbrealettres le 29 janvier 2011
Publié dans poésie | Tagué: (Guillevic), mettre au monde, poème | 4 Commentaires »