Arbrealettres

Poésie

Archive pour janvier 2011

L’après-midi (Daniel Boulanger)

Publié par arbrealettres le 28 janvier 2011


L’après-midi

l’enfant promène sa poupée dans tête
des lunes au crochet, de longues volatiles
se prennent aux fenêtres
le sang s’arrête au cou des bêtes
la bouchère rêve d’un amour immobile
honnête entre deux plantes vertes
la vie tient porte ouverte.

(Daniel Boulanger)


Illustration: Chaim Soutine

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L’aqueduc (Daniel Boulanger)

Publié par arbrealettres le 28 janvier 2011


l’aqueduc

il va du pas des fables

mêlant l’immobile et la fuite
l’évidence et le secret

(Daniel Boulanger)


Illustration

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L’attachement (Daniel Boulanger)

Publié par arbrealettres le 28 janvier 2011


L’attachement

roulé plus que la feuille au fort de la tempête
je ne sais plus l’endroit l’envers et quelle quête
votre voix me sommait d’entreprendre

j’aime et du même amour j’épuise la colère
mon double a rejeté le double qui l’altère
si l’écho n’en cesse de reprendre

(Daniel Boulanger)


Illustration

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Je viens m’abriter sous tes cils (Michel-Ange)

Publié par arbrealettres le 28 janvier 2011


mon vif désir ne peut, pour mon malheur,
ne pas le revoir en ton être mortel.

Comme du feu la chaleur, mes pensées
ne peuvent être abstraites du beau éternel,
louant qui le créa et plus lui ressemble.

Puisqu’en tes yeux tient tout le paradis,
pour remonter où d’abord je t’aimai,
ardant, je viens m’abriter sous tes cils.

(Michel-Ange)


Illustration: Kees van Dongen

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Exil (à Paul Delvaux) (Paul Eluard)

Publié par arbrealettres le 28 janvier 2011


Parmi les bijoux les palais des campagnes
Pour diminuer le ciel
De grandes femmes immobiles
Les jours résistants de l’été

Pleurer pour voir venir ces femmes
Régner sur la mort rêver sous la terre

Elles ni vides ni stériles
Mais sans hardiesse
Et leurs seins baignant leur miroir
Oeil nu dans la clairière de l’attente

Elles tranquilles et plus belles d’être semblables

Loin de l’odeur destructrice des fleurs
Loin de la forme explosive des fruits
Loin des gestes utiles les timides

Livrées à leur destin ne rien connaître qu’elles-mêmes.

(Paul Eluard)

Illustration: Paul Delvaux

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Depuis maintes années (Michel-Ange)

Publié par arbrealettres le 28 janvier 2011


Depuis maintes années cent fois je fus
brisé, vaincu, puis blessé et tué
par toi, de ma faute ; or, le chef chenu,
vais-je encor me fier à tes sottes promesses ?

Que de fois as-tu lié, que de fois dénoué
mes pauvres membres, et tant piqué mon flanc
qu’à peine en moi-même je puis rentrer,
baignant ma poitrine d’un flot de larmes.

Je te parle, Amour, de toi je me plains,
libéré de tes leurres : à quelle fin
prendre l’arc cruel et tirer en vain?
C’est honte d’offrir à la scie, aux vers
un bois calciné, ou courir après
qui a perdu la souplesse et l’élan.

Mes yeux ont ouvert l’huis à mon venin,
quand aux âpres dards livrèrent passage.
Nid et refuge ai offert aux doux regards
en ma mémoire, que rien n’effacera.

Endure est mon coeur, et mon sein soufflet
pour forger les soupirs dont tu me brûles.

(Michel-Ange)

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Lors, que ne ferait l’étreinte de mes bras ? (Michel-Ange)

Publié par arbrealettres le 28 janvier 2011


Comme s’éjouit, en liesse, bien tressée
de fleurs, sur le crin d’or d’une, la guirlande,
l’une à l’envi en avant pressant l’autre
pour être la première à baiser son front !

Bien heureuse est tout le jour cette robe
qui étreint son sein, puis semble s’épandre,
et cet or, que l’on appelle or filé,
ses joues et son col se plait à effleurer.

Plus joyeux encor ce ruban qui semble
jouir de sa pointe d’or, de manière
à presser et toucher le sein qu’il enlace.

Et la simple ceinture qui l’entoure
semble se dire : ici je veux serrer toujours.
Lors, que ne ferait l’étreinte de mes bras ?

***

Quanto si gode, lieta e ben contesta
di fior sopr’ a’ crin d’or d’una, grillanda,
che l’altro inanzi l’uno all’altro manda,
come ch’il primo sia a baciar la testa !

Contenta è tutto i1 giorno quella vesta
che serra ’1 petto e poi par che si spanda,
e quel c’oro filato si domanda
le guanci’e ’1 collo di toccar non resta.

Ma più lieto quel nastro par che goda,
dorato in punta, con si fatte tempre
the preme e tocca i1 petto ch’egli allaccia.

E la schietta cintura che s’annoda
Ti par dir seco : qui vo’ stringer sempre.
Or che farebbon dunche le mie braccia ?

(Michel-Ange)

Illustration: Guillaume Seignac

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Il n’est pas de geste plus pur que de jeter quelque chose au vide (Roberto Juarroz)

Publié par arbrealettres le 28 janvier 2011


Il ne reste plus rien où aller.
Sommes-nous jamais allés quelque part?

Il ne reste qu’à sortir chacun de soi.
Ou à entrer comme si on sortait.

Ou à élever une parole neuve,
à se hisser sur elle
en attendant que le courant l’emporte.

Et si le courant lui aussi
nulle part n’emporte,
à jeter la parole au vide,
comme un emblème
de tout ce qui n’existe pas.

Il n’est pas de geste plus pur
que de jeter quelque chose au vide.

Au surplus, divers degrés d’inexistence
en se rencontrant peuvent éclairer peut-être
un peu d’existence où aller.

(Roberto Juarroz)


Illustration

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Mettre en chaque vide une image (Roberto Juarroz)

Publié par arbrealettres le 27 janvier 2011


Mettre en chaque vide une image:
une aile dissoute dans la lumière
ou un silence vêtu d’un rayon.

En arrivant au dernier vide,
le laisser libre dans le doute.
Il pourrait être la plus belle image.

(Roberto Juarroz)

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Après (Roberto Juarroz)

Publié par arbrealettres le 27 janvier 2011


Je ne peux porter que de vieux souliers.
Le chemin que je suis
me les use dès le premier pas.
Mais seuls les vieux souliers
ne dédaignent pas le chemin
et seuls ils peuvent parvenir
où conduit le chemin.

Après,
il faut continuer nus.

(Roberto Juarroz)


Illustration: Vincent Van Gogh

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