Archive pour février 2011
Publié par arbrealettres le 12 février 2011
ÉLÉGIE
Ne bouge pas.
Si tu bouges tu le brises.
Comme une grande bulle de cristal mince
ce soir, est le monde :
il gonfle il gonfle i1 monte.
Qui d’entre nous
croyait en épier le rythme et le souffle ?
Mieux vaut ne pas bouger.
C’est un bleu d’eau profonde
qui nous enveloppe,
en lui
pullulent formes images arabesques.
Ici pas de lune pour nous :
c’est plus loin qu’elle doit s’arrêter :
les confins du visible en écument.
Fleurs d’ombre
jamais vues, imaginées,
vergers emprisonnés
par deux murs,
parfums entre les doigts des potagers !
Nuit sombre, crées-tu des fantômes ou berces-tu
dans tes bras un monde ?
Ne bouge pas.
Comme une bulle immense,
tout gonfle, tout monte.
Et toute cette fausse réalité
explosera
peut-être.
Nous, nous resterons peut-être.
Nous peut-être.
Ne bouge pas.
Si tu bouges tu le brises.
Tu pleures ?
(Eugenio Montale)
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Publié par arbrealettres le 12 février 2011
… dômes de feuillage d’où jaillit
polyphonie de citrons et d’oranges
et voile évanescent d’écume,
d’une mer poudrée qu’aucun pied
d’homme n’a effleurée, semble-t-il,
mais déjà le train accélère…
(Eugenio Montale)
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Publié par arbrealettres le 12 février 2011
POUR UNE FLEUR FAUCHÉE
Peut-on dire, jeune morte,
que tu aies changé le monde ?
J’en ai la certitude sans pouvoir
la transmettre à d’autres. Nous ne sommes jamais sûrs
de nous-mêmes bien qu’ayant des yeux
et des mains pour nous voir, nous toucher.
Une trace invisible n’en est-elle pas moins
marquée ? Je te l’ai dit un jour
et toi : ce fait ne me regarde pas.
Je suis la fauvette qui lance un trille
et parfois le répète mais on ne sait
c’est elle ou une autre. Tu en serais bien incapable
toi-même qui as de l’oreille.
(Eugenio Montale)
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Publié par arbrealettres le 12 février 2011
APRES-PLUIE
Sur le sable mouillé apparaissent des idéogrammes,
pattes de mouche ou pattes d’oie. Je regarde en arrière
mais ne vois ni refuges ni asiles pour volatiles.
Sans doute est passé fatigué un canard, estropié peut-être.
Je ne saurais décrypter ce langage
même si j’étais chinois. Un coup de vent va suffire
à l’effacer. I1 n’est pas vrai que la Nature
soit muette. Elle parle à tort et à travers
et notre seul espoir : qu’elle s’occupe
de nous le moins possible.
(Eugenio Montale)
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Publié par arbrealettres le 12 février 2011
LINDAU
L’hirondelle y apporte
des brins d’herbe, elle ne veut pas que la vie cesse.
Mais entre les digues, la nuit, l’eau morte use les galets.
Sous les torches fumeuses toujours vacillent
quelques ombres sur la rive déserte.
Dans le cercle de la place une sarabande
se déchaîne au grondement des bateaux à aubes.
(Eugenio Montale)
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Publié par arbrealettres le 11 février 2011
La poulie du puits grince,
l’eau monte à la lumière où elle se fond.
Un souvenir tremble dans le seau plein,
dans le cercle pur une image rit.
J’approche le visage de lèvres évanescentes :
le passé se déforme, se fait vieux,
appartient à un autre…
Ah déjà crie
la roue, elle te rend au fond noir,
vision, une distance nous sépare.
(Eugenio Montale)
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Publié par arbrealettres le 11 février 2011

La braise et l’humus
Rien n’est changé de mon destin ma mère mes camarades
le chagrin luit toujours d’une mouche à feu à l’autre
je suis taché de mon amour comme on est taché de sang
mon amour mon errance fait mes murs à perpétuité
un goût d’années d’humus aborde à mes lèvres
je suis malheureux plein ma carrure, je saccage
la rage que je suis, l’amertume que je suis
avec ce boeuf de douleurs qui souffle dans mes côtes
c’est moi maintenant mes yeux gris dans la braise
c’est mon coeur obus dans les champs de tourmente
c’est ma langue dans les étages des nuits de ruche
c’est moi cet homme au galop d’âme et de poitrine
je vais mourir comme je n’ai pas voulu finir
mourir seul comme les eaux mortes au loin
dans les têtes flambées de ma tête, à la bouche
les mots corbeaux de poème qui croassent
je vais mourir vivant dans notre empois de mort
(Gaston Miron)
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Publié par arbrealettres le 11 février 2011
Deux feuilles d’automne
Se sont cachées
Dans la manche de ma chemise
Sur la corde à linge
(Abbas Kiarostami)
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Publié par arbrealettres le 11 février 2011
Je rêve
Je suis enterré
Sous des feuilles d’automne
Mon corps germe
(Abbas Kiarostami)
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Publié par arbrealettres le 11 février 2011
A la première attaque du vent d’automne
Une horde de feuilles
A pris refuge dans ma chambre
(Abbas Kiarostami)
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