Ce corps noueux
ce regard brisé
ce visage érodé
ce feu aux cheveux
ces mots dehors
c’est toi, toi et toi
et la blessure
inlassable des rêves
dans tes pas futurs
(Gaston Miron)
Publié par arbrealettres le 10 février 2011
Ce corps noueux
ce regard brisé
ce visage érodé
ce feu aux cheveux
ces mots dehors
c’est toi, toi et toi
et la blessure
inlassable des rêves
dans tes pas futurs
(Gaston Miron)
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Publié par arbrealettres le 10 février 2011
Soir tourmente
La pluie bafouille aux vitres
et soudain ça te prend
de courir dans tes pas plus loin
pour fuir la main sur nous
tu perds tes yeux dans les autres
ton corps est une idée fixe
ton âme est un caillot au centre du front
ta vie refoule dans son amphore
et tu meurs
tu meurs à petites lampées sous tes semelles
ton sang
ton sang rouge parmi les miroirs brisés
(Gaston Miron)
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Publié par arbrealettres le 10 février 2011
Mon bel amour
Mon bel amour navigateur
mains ouvertes sur les songes
tu sais la carte de mon coeur
les jeux qui te prolongent
et la lumière chantée de ton âme
qui ne devine ensemble
tout le silence les yeux poreux
ce qu’il nous faut traverser le pied secret
ce qu’il nous faut écouter
l’oreille comme un coquillage
dans quel pays du son bleu
amour émoi dans l’octave du don
sur la jetée de la nuit
je saurai ma présente
d’un voeu à l’azur ton mystère
déchiré d’un espace rouge-gorge
(Gaston Miron)
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Publié par arbrealettres le 10 février 2011
C’est du Lourd
Je m’souviens,
maman qui nous a élevés toute seule,
nous réveillait pour l’école quand on était gamins,
elle écoutait la radio en pleurant notre pain,
et puis après elle allait au travail dans le froid,
la nuit,
ça c’est du lourd.
Ou le père de Majid
qui a travaillé toutes ces années de ses mains,
dehors, qu’il neige, qu’il vente, qu’il fasse soleil,
sans jamais se plaindre,
ça c’est du lourd.
Et puis t’as tous ces gens
qui sont venus en France parce qu’ils avaient un rêve
et même si leur quotidien après
il a plus ressemblé à un cauchemar,
ils ont toujours su rester dignes,
ils n’ont jamais basculé dans le ressentiment,
ça c’est du lourd,
c’est violent.
Et puis t’as tous les autres
qui se lèvent comme ça,
tard dans la journée,
qui se grattent les bourses,
je parle des deux,
celles qui font référence aux thunes,
du genre “la fin justifie les moyens”
et celles qui font référence aux filles,
celles avec lesquelles ils essaient de voir si y’a moyen,
ça c’est pas du lourd.
Les mecs qui jouent les choses zerma devant les blocs deal,
un peu de cock, de temps en temps un peu de ke-cra (crack)
et disent « je connais la vie moi monsieur ! »,
alors qu’ils connaissent rien,
ça c’est pas du lourd.
Moi je pense à celui qui se bat pour faire le bien,
qu’a mis sa meuf enceinte,
qui lui dit j’t'aime,
je vais assumer, c’est rien,
c’est bien,
qui va taffer des fois même pour un salaire de misère,
mais le loyer qu’il va payer,
la bouffe qu’il va ramener à la baraque,
frère, ça sera avec de l’argent honnête,
avec de l’argent propre,
ça c’est du lourd.
Je pense aussi à ces filles
qu’on a regardé de travers
parce qu’elles venaient de cités,
qu’ont montré à coup de ténacité,
de force, d’intelligence, d’indépendance,
qu’elles pouvaient faire quelque chose de leur vie,
qu’elles pouvaient faire ce qu’elles voulaient de leur vie,
ça c’est du lourd.
Mais t’as le bourgeois aussi,
genre emprunté,
mais attention je n’généralise pas,
je dis pas que tous les bourgeois sont condescendants,
paternalistes ou totalement imbus de leur personne,
je veux juste dire qu’il y a des gens qui comprennent pas,
qui croient qu’être français c’est une religion,
une couleur de peau,
ou l’épaisseur d’un portefeuille en croco,
ça c’est bête,
c’est pas du lourd, c’est…
La France elle est belle,
tu le sais en vrai,
la France on l’aime,
y’a qu’à voir quand on retourne au bled,
la France elle est belle,
regarde tous ces beaux visages qui s’entremêlent.
Et quand t’insultes ce pays,
quand t’insultes ton pays,
en fait tu t’insultes toi-même,
il faut qu’on se lève,
faut qu’on se batte dans l’ensemble,
rien à faire de ces mecs
qui disent “vous jouez un rôle ou vous rêvez”,
ces haineux qui disent “vous allez vous réveiller”,
parce que si on est arrivé,
si on est arrivé à faire front
avec nos différences,
sous une seule bannière,
comme un seul peuple,
comme un seul homme,
ils diront quoi tous ?
C’est du lourd,
du lourd,
un truc de malade…..
(Abd Al Malik)
Publié dans poésie | Tagué: (Abd Al Malik), bannière, belle, bled, crack, digne, faire front, homme, honnête, insulter, lourd, maman, mec, misère, pain, père, peuple, pleurer, propre, quotidien, rêve, ressentiment, se plaindre, seule, souvenir, travail, violent | Laisser un Commentaire »
Publié par arbrealettres le 10 février 2011
S’il n’y avait
Qu’à creuser dans le noir.
S’il n’y avait
Qu’à perforer
Pour arriver
Où tout peut se lire,
Où la lumière elle-même
Se raconte.
Parle
De son avenir.
Un avenir auquel
Nous serions associés.
(Guillevic)
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Publié par arbrealettres le 9 février 2011
Mer jours
et de harpes sans oiseaux
pour de secrètes marées disparues
dans l’anfractuosité des silences
tu retisses à rebours
les souffles à mon coeur capiteux
pour un mystère qui t’ensemence
dans le multiple dense des étreintes
tu auscultes toujours
d’une sonde à l’étoile
ta longue désespérance
(Gaston Miron)
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Publié par arbrealettres le 9 février 2011
LE GENOU
Un genou se balade tout seul par le monde.
Ce n’est qu’un genou et rien de plus.
Ce n’est pas un arbre, ce n’est pas une maison
Ce n’est qu’un genou et rien d’autre !
Une fois à la guerre un homme
fut tué et retué.
Seul son genou s’en tira indemne —
comme par miracle.
C’est depuis qu’il se balade seul par le monde
Ce n’est qu’un genou et rien de plus.
Ce n’est pas un arbre ni même une maison.
Ce n’est qu’un genou et rien d’autre.
***
DAS KNIE
Ein Knie geht einsam durch die Welt.
Es ist ein Knie, sonst nichts !
Es ist kein Baum ! Es ist kein Zelt !
Es ist ein Knie, sonst nichts.
Im Kriege ward einmal em Mann
erschossen um und um.
Das Knie allein blieb unverletzt –
als wärs ein Heiligtum.
Seitdem gehts einsam durch die Welt.
Es ist ein Knie, sonst nichts.
Es ist kein Baum, es ist kein Zelt.
Es ist ein Knie, sonst nichts.
(Christian Morgenstern)
Publié dans humour, poésie | Tagué: (Christian Morgenstern), arbre, genou, guerre, homme, indemne, maison, miracle, se balader, seul, tue | 3 Commentaires »
Publié par arbrealettres le 9 février 2011
LES ENTONNOIRS
Deux entonnoirs nuitamment déambulent
et par l’étranglé goulot filtre
un pâle rayon de lune
qui leur éclaire
le sentier
ainsi
soit
il
***
DIE TRICHTER
Zwei Trichter wandeln durch die Nacht.
Durch ihres Rulpfs verengten Schacht
fließt weißes Mondlicht
still ihren
Waldweg
u. s.
w.
(Christian Morgenstern)
Publié dans poésie | Tagué: (Christian Morgenstern), ainsi-soit-il, étranglé, déambuler, entonnoir, goulot, lune, nuitamment, sentier | 2 Commentaires »
Publié par arbrealettres le 9 février 2011
Laisse les molécules se déchaîner,
et jouer le sort du monde aux dés!
Laisse aussi sophistication et emphase,
ne préserve que l’extase!
***
Laß die Moleküle rasen,
was sie auch zusammenknobeln!
Laß das Tüfteln, laß das Hobeln,
heilig halte die Ekstasen!
(Christian Morgenstern)
Publié dans poésie | Tagué: monde, jouer, laisser, extase, dé, molécule, (Christian Morgenstern), préserver, se déchaîner, sort, emphase, sophistication | 2 Commentaires »
Publié par arbrealettres le 9 février 2011
Quand l’air s’est assombri
L’odeur de la giroflée s’est dispersée
(Abbas Kiarostami)
Publié dans poésie | Tagué: (Abbas Kiarostami), air, assombri, dispersée, giroflée, odeur | 2 Commentaires »