Archive pour février 2011
Publié par arbrealettres le 27 février 2011
MEMOIRE DU FUTUR
J’apprends des morts
dit l’enfant
je ne les savais pas
Trop de livres me séparaient d’eux
trop de drapeaux trop de médailles
trop de mots
maintenant la fraternité me les livre
et leur barque glisse en moi
sur l’eau brûlante de ma mémoire
J’apprends mes morts
dit l’enfant
car i1 est mien ce troupeau d’anonymes
Leur agonie ne m’est plus comptine
que je débobinais autrefois en pensant
à autre chose
maintenant ils ont un visage
ils ont tous le même visage
et ils me ressemblent tant
que leurs yeux voient mes rêves
Je sais mes morts
dit l’enfant
et je les sais par coeur
mais aucun mot pour les nommer tous à la fois
sinon présence
car maintenant ils vivent
où c’est déjà déjà demain en moi
Je sais mes morts
je les apprends
je les révise
dit l’enfant
et je sais déjà compter
jusqu’à l’avenir
(Laurent Nadaus)
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Publié par arbrealettres le 27 février 2011

HONTE
Me regardes-tu et je deviens belle
comme l’herbe que couvre la rosée,
et les grands roseaux, près de la rivière,
ne reconnaîtront mon air triomphant.
J’ai honte d’avoir la bouche si triste
et la voix cassée et les genoux rudes.
Depuis qu’es venu et m’as regardée,
je palpe mon corps et je me sens pauvre.
Tu n’auras trouvé de pierre en chemin
plus nue de clarté dans le jour naissant
que cette femme sur qui as levé
les yeux quand tu l’as entendue chanter.
Je ne dirai mot pour que ceux qui passent
dans la plaine, oui, ne voient mon bonheur
dans l’éclat qu’il donne à mon front grossier,
dans le tremblement agitant ma main…
I1 fait nuit, la rosée descend sur l’herbe ;
couve-moi des yeux, dis-moi des mots tendres,
car demain ce que tu as embrassé
sera la beauté descendant vers l’eau !
***
VERGUENZA
Si tú me miras, yo me vuelvo hermosa
como la hierba a que bajó el rocio,
y desconocercin Ti faz gloriosa
las alias cañas cuando baje al río.
Tengo vergüenza de mi boca triste,
de mi voz rota y mis rodillas rudas.
Ahora que me miraste y que viniste,
me encontré pobre y me palpé desnuda.
Ninguna piedra en el camino hallaste
más desnuda de luz en la alborada
que esta mujer a la que levantaste,
porque oíste su canto, la mirada.
Yo callaré para que no conozcan
mi dicha los que pasan por el llano,
en el fulgor que da a mi frente tosca
y en la tremolación que hay en mi mano…
Es noche y baja a 1a hierba el rocío;
mírame largo y habla con ternura,
¡que ya manaña al descender al río
lo que besaste llevará hermosura!
(Gabriela Mistral)
Illustration: Alexandre Séon
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Publié par arbrealettres le 27 février 2011
Le vent souffle et ma peau se ride
puits de l’oeil et de l’étoile aveugle
ma parole est regard et rire
je me nourris de silence.
Dis-moi où vit le silence
non ce que l’homme nomme
quand il dit silence ou le silence
mais ce qu’il regarde
avant de se jeter bras ouvert dans l’abîme
du haut d’une tour en flammes
dans la rupture de tous les mots
là où l’horizon pèse dans sa balance désarmée
la dernière goutte d’homme
qui tombe dans le vide.
(Luis Mizón)
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Publié par arbrealettres le 27 février 2011
Viens
à ta fragile forteresse
de papier et de brise
papillon de mer et de chemin.
Sel de lumière
ombre dorée
feu de poussière
pollen vivant.
Ceci est ta maison.
(Luis Mizón)
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Publié par arbrealettres le 27 février 2011
Qui nous attache?
qui nous menace?
nous protège une jeune danseuse
nue
les bras levés
dans ses mains
brillent
castagnettes de coquillages
secret de cigale.
(Luis Mizón)
Illustration: Claude Prévost
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Publié par arbrealettres le 27 février 2011
Et le papillon
s’arrêta sur mon doigt
et me montra
un instant
un coucher de soleil à midi
par la porte entrouverte
de ses ailes.
(Luis Mizón)
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Publié par arbrealettres le 27 février 2011
Aujourd’hui
j’ai tout raconté à l’eucalyptus
il m’a écouté en silence
a ridé son front
et a coupé pensif
des petits morceaux de ciel
avec un couteau vert.
Tes yeux
sont des bracelets d’eau
qui m’attachent
à la terre sèche.
(Luis Mizón)
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Publié par arbrealettres le 27 février 2011
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Publié par arbrealettres le 27 février 2011

Dans la fête d’ombre
parfumée d’orangerie
brilla la flamme d’un papillon
vert
et couleur framboise
et un autre
plus blanc encore
que la menthe
sur les draps blessés
de l’aube
laissa la brûlure
de sa tache.
Arrive jusqu’ici
la rumeur de la mer et des îles
d’eau et de lait
le soleil épie le rêve des couvents
et la vache légère des nuages
approche du clocher
ses cornes étoilées
son lait te lavera la bouche.
(Luis Mizón)
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Publié par arbrealettres le 27 février 2011
Maison de papier
découpée par des ciseaux de feu
donne-moi ta table
ton assise
et ton lit
laisse-moi vivre
sur ta racine de pierre.
Donne-moi ta poussière de lumière
des fleurs et des jours
le temps
dans son mortier
transparent
figuier
donne-moi ton jardin sonore
cachette des enfants
persécutés
par des anges
et par des chats.
(Luis Mizón)
Illustration
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