Retouche au souvenir
coup de gong
des ombres suivent la fanfare
laissant le friselis d’une eau qui se retire
(Daniel Boulanger)
Publié par arbrealettres le 31 mars 2011
Retouche au souvenir
coup de gong
des ombres suivent la fanfare
laissant le friselis d’une eau qui se retire
(Daniel Boulanger)
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Publié par arbrealettres le 31 mars 2011
Retouche à la vase
d’une encre sympathique
les fleurs mortes rappellent la splendeur du monde
poème obscur
le ciel paraît au noir des mots
(Daniel Boulanger)
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Publié par arbrealettres le 31 mars 2011

Retouche à la veuve
au cimetière où vous alliez en fin de jour
bourgeoise en vos atours qui me rendiez timide
d’un grand désir je désirais vous prendre nue
je restais seul à filer l’avenue
cyprès quenouilles de l’amour
(Daniel Boulanger)
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Publié par arbrealettres le 31 mars 2011
Cap au printemps les mouettes de la fin du voyage
Las! se sont éloignées en flottant dans le vent
(Miyoshi Tatsuji)
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Publié par arbrealettres le 31 mars 2011
Triste joie d’un cheval efflanqué
A la verticale de l’automne
(Murakami Kijô)
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Publié par arbrealettres le 31 mars 2011
Sur la blancheur brodée de la manche des adieux
la rosée est tombée
Dans la couleur d’un vent d’automne
qui nous glace le coeur
(Fujiwara Sadaie)
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Publié par arbrealettres le 30 mars 2011
LE REGRET DES JOUJOUX
Toujours je garde en moi la tristesse profonde
Qu’y grava l’amitié d’une adorable enfant,
Pour qui la mort sonna le fatal olifant,
Parce qu’elle était belle et gracieuse et blonde.
Or, depuis je me sens muré contre le monde,
Tel un prince du Nord que son Kremlin défend,
Et, navré du regret dont je suis étouffant,
L’Amour comme à sept ans ne verse plus son onde.
Où donc a fui le jour des joujoux enfantins,
Lorsque Lucile et moi nous jouions aux pantins
Et courions tous les deux dans nos robes fripées ?
La petite est montée au fond des cieux latents,
Et j’ai perdu l’orgueil d’habiller ses poupées…
Ah ! de franchir si tôt le portail des vingt ans!
(Emile Nelligan)
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Publié par arbrealettres le 30 mars 2011
LA SORELLA DELL’ AMORE
Mort, que fais-tu, dis-nous, de tous ces beaux trophées
De vierges que nos feux brûlent sur tes autels ?
Réponds, quand serons-nous pour jamais immortels
Aux lumineux séjours des célestes Riphées ?
J’eus vécu l’Idéal. Au paradis des Fées
Elle était !… Je ne sais, mais elle avait de tels
Yeux que j’y voyais poindre, aux soirs, de grands castels
Massifs d’orgueil parmi des parcs et des nymphées…
Ma chère, il est vesprée, allons par bois, vie ns-t’en,
Nous suivrons tous les deux le chemin brut et rude
Que tu sais adjoignant la chapelle d’Antan.
Ma voix t’appelle, ô soeur! mais ta voix d’or m’élude,
Lucile est morte hier, et je sanglote, étant
Comme une cloche vaine en une solitude.
(Emile Nelligan)
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Publié par arbrealettres le 30 mars 2011
CLAVIER D’ANTAN
Clavier vibrant de remembrance,
J’évoque un peu des jours anciens,
Et l’Éden d’or de mon enfance
Se dresse avec les printemps siens,
Souriant de vierge espérance
Et de rêves musiciens…
Vous êtes morte tristement,
Ma muse des choses dorées,
Et c’est de vous qu’est mon tourment;
Et c’est pour vous que sont pleurées
Au luth âpre de votre amant
Tant de musiques éplorées.
(Emile Nelligan)
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Publié par arbrealettres le 30 mars 2011
LA CHANSON DE L’OUVRIÈRE
Les heurs crèvent comme une bombe ;
À l’espoir notre jour qui tombe
Se mêle avec le confiant.
Pique aiguille! assez piqué, piquant!
Les heurs crèvent comme une bombe.
Ici-bas tout geint, casse ou pleure ;
Rien de possible ne demeure
À ce qui demeurait avant.
Pique aiguille ! assez piqué, piquant !
Ici-bas tout geint, casse ou pleure.
Je suis lasse de cette vie,
Je veux dormir, ô bonne amie,
Laisse-moi reposer, assez !
Non, pique aiguille ! assez piquant, piqué !
Je suis lasse de cette vie.
Hâve par ma forte journée
Je blasphème ma destinée,
Feuille livide au mauvais vent;
Un peu de sang sur mes doigts coule,
L’heure râle, pleure et s’écoule.
Ah ! mon pain me rend suffocant.
N’importe, pique aiguille! piqué, piquant !
L’heure râle, pleure et s’écoule.
Pourquoi donc Dieu me rend-il malheureuse?
Je suis très pauvre et je vis presque en gueuse.
Hélas ! la peine est un fardeau pesant.
N’importe, pique aiguille ! piqué, piquant !
Pourquoi donc Dieu me rend-il malheureuse?
Tout dans l’abandon je le passe
Mon gagne-pain passe et repasse
Dans un seul même tournement.
N’importe, pique aiguille ! piqué, piquant !
Tout dans l’abandon je le passe.
(Emile Nelligan)
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