Arbrealettres

Poésie

Archive pour mars 2011

Terre intérieure (Andrée Chedid)

Publié par arbrealettres le 26 mars 2011


Terre intérieure

Ma vie, ma blanche vie au revers des images.
Ma vie, mon éprise, ma claire, mon emportée ;
Comme une eau dans l’heure certaine,
Son vertige par coeur.

Ma vie, ma dénudée, mon âpre, mon impatiente,
Brûle, brûle l’aile de soie ;
Brûle les peurs, les mailles, le noeud des barques,
Le fiel, l’encens, l’herbe desséchée.

Ma vie, ma féroce vie, mon cristal et mes monstres ;
Ma vie dans l’éternel combat,
Nouée sous les labours et sous l’écorce ;
Ma vie grave d’enfance-roi.

Ma vie, ma tendre vie, ô mon premier visage,
Ton cri nul ne peut l’apaiser.
Ma vie, ma pierreuse vie, ô ma vie sans atteinte ;
Ma blanche, mon âpre, ma claire, ma dénudée.

(Andrée Chedid)


Illustration: Laszlo Mindszenti

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Au midi des contradictions (Andrée Chedid)

Publié par arbrealettres le 26 mars 2011



Au midi des contradictions

Il n’y a pas de vague plus fatale que la mer ;
pas d’arbre plus illustre que la forêt.

Ni du limon, ni de l’étoile ;
nous tenons de l’un et l’autre à la fois.
Les contraires embroussaillent nos chemins ;
notre avance se réalise à la lente cadence du choix.

Le souffle court, nous ne marchons que par étapes ;
le regard impatient, nous ne savons pas séjourner.
Avancer, reprendre joie, défier l’obstacle,
peut-être le vaincre, puis aller de nouveau : tels sont nos possibles.
Aimons les rayons d’un soleil menacé ;
qu’il nous soit cher l’étang qui retient sa part de ciel.

Incertains de nos sources, qu’aurons-nous à livrer à la nuit ?
Peut-être ces lueurs qui dénoncèrent l’opaque, peut-être
la trace bleue d’un bonheur qui fuit.

«L’amour est toute la vie », Il est vain de prétendre
qu’il y a d’autres équilibres.
Le dénué d’amour trace partout des cercles dont le centre n’est pas.

Ceux qui s’aiment dénouent, en leur saison privilégiée,
toutes les amarres.
Étrange et doux espace.
S’entremêlant, les fleuves chantent déjà la mer.

Le coeur se rit de l’absurde.
Sa vérité est au midi des contradictions.

Regarder, écouter, c’est un peu la même chose :
une attention passionnée à la transparence de l’ami.

(Andrée Chedid)


Illustration: Sylvie Lohmann  ” Pensées Contradictoires”

 

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Terre et Poésie (Andrée Chedid)

Publié par arbrealettres le 26 mars 2011



Terre et Poésie

Vivre en poésie, ce n’est pas renoncer ;
c’est se garder à la lisière de l’apparent et du réel,
sachant qu’on ne pourra jamais réconcilier, ni circonscrire.

L’instant de poésie : fragile, à cause de nous qui ne savons pas séjourner ;
pas à cause d’elle, poésie, qui est égale inlassablement.

La poésie, comme l’amour, charge de tout son contenu,
force à tous ses espaces le visage, le geste, le mot.
Sans elle, à l’instant d’être, ils seraient déjà morts – ou cernés
jamais en leur étroite forme, ce qui est mourir d’une autre façon.

Le poème apparaît souvent comme un éboulis de mots,
dépourvus de sens pour l’oeil non exercé.

La poésie suggère.
En cela, elle est plus proche qu’on ne pense de la vie,
qui est toujours en deçà de l’instant qui frappe.

Nous ne donnons rien au poème qu’il ne nous rende au centuple.
Nous croyons le faire ; c’est lui qui, secrètement, nous fait.

Quand on a pris goût à l’espace sans dimension de la poésie,
on n’accepte que par à-coups
- parfois aussi par égard pour les autres -
le quotidien et les ruelles exactes.

Les habiles, les jongleurs de mots sont plus éloignés de la poésie
que cet homme qui – sans parole aucune -
se défait de sa journée, le regard levé vers un arbre,
ou le coeur attentif à la voix d’un ami.

L’appel du poème est rarement contraignant.
Le plus souvent discret, ne dirait-on pas que son premier désir
est qu’on veuille bien, tout d’abord, écouter.

Si la poésie n’a pas bouleversé notre vie,
c’est qu’elle ne nous est rien.
Apaisante ou traumatisante, elle doit marquer de son signe ;
autrement, nous n’en avons connu que l’imposture.

Tant que nous n’aurons pas résolu le problème des origines
- et i1 semble que la clef translucide ne sera jamais à notre anneau -,
la poésie gardera sa raison d’être.
De la certitude de ne jamais savoir tout à fait,
elle seule et l’amour nous consolent.

Ce qui nous dépasse, et dont nous portons le grain
aussi certainement que nous portons notre corps,
cela s’appelle : Poésie.

Le poème se nourrit de mouvements ;
mouvements de cet être intérieur que certains appelleraient « âme ».
Son rythme est celui de la vague, son dessein est de traverser.

(Andrée Chedid)

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Pour ceux qui s’aiment (Andrée Chedid)

Publié par arbrealettres le 25 mars 2011


Pour ceux qui s’aiment

Qu’entre leurs mains la rivière s’émerveille
Qu’entre leurs lèvres les souffles soient étoilés
Et la brise prodigue à leur accord

Qu’ils parlent le même langage

Qu’ils partent et puis qu’ils veillent
Surtout qu’ils veillent
Les pièges sont tendus
Jusqu’en leur coeur.

(Andrée Chedid)


Illustration: Robert Doisneau

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Salut au poète (Andrée Chedid)

Publié par arbrealettres le 25 mars 2011


Salut au poète

Poète
Qui chantes la naissance téméraire de la rose d’azur
Cette jamais rencontrée

Poète
Au seuil des présages
Malgré tes poings en feu
Nous t’avons rejeté et pourchassé de paroles
Le faisceau de nos discordes éloigne
Le fruit essentiel
Que tu appelais

Poète
Nos villes s’endorment en leur écriture de pierre
Satisfaites de ne songer qu’à l’opiniâtre saison
Oublieuses des merveilles qui dévastent les toits
Qui abolissent les routines

Poète
Tu voles le vent pour nos faces
Le clair pour nos yeux
Le sel pour nos lèvres

Tu risques l’étoile
Tu cries notre raison.

(Andrée Chedid)


Illustration: William Blake

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Air (Andrée Chedid)

Publié par arbrealettres le 25 mars 2011


Air

Pour le jeune homme épris
Des grenades pour parements

Pour la fille égarée
Une langue de mésange

Pour la veuve
L’écorce d’un tremble

La cerise du loriot
Pour ta prunelle mon enfant

Pour le poète
La soif.

(Andrée Chedid)

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Les saisons de passage (Andrée Chedid)

Publié par arbrealettres le 25 mars 2011


Les saisons de passage

La terre a-t-elle un nom de l’autre côté d’ici
Voici enfin le jour où il me faut savoir
Je déserte comme l’oiseau pour ses noces
Que lui importe les toits et sous les toits la vie

L’amour a-t-il un nom de l’autre côté d’ici
Et cette liberté notre risque et notre mesure
La brèche donne-t-elle sur l’aube donne-t-elle
sur la nuit

Mais voilà l’instant où je rejoins les choses
Un appel une blessure ou la rose ont suffi
Et je suis en ta main
Terre ma terre aimée mon enjeu et ma cause.

(Andrée Chedid)


Illustration

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Le temps de ma mort (Andrée Chedid)

Publié par arbrealettres le 25 mars 2011


Le temps de ma mort

Quand viendra le temps de ma mort
Petite fille que pourras-tu
Comme robe au vent
Sèchent les pleurs

Qu’est-ce que j’emporte
Même pas ton cri
Qui bondissait en moi
Comme un jeune chevreau

Petite fille éloigne-toi
Quand je serai de terre
Cette mère d’absence et d’ivoire
Fuis ce n’est plus moi.

(Andrée Chedid)

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L’île (Andrée Chedid)

Publié par arbrealettres le 25 mars 2011


L’île

Pour un coin d’eau de traces et d’herbe verte
Où l’oeil serait nu le coeur de rosée
Les mains feuilles ouvertes

Je vais
Aile au soleil
Marchant pour l’étoile
Son odeur de résine et de rêve d’enfant

C’est la route des fables la route des genêts
Que bordent les noirs sourires d’enracinés

Voici l’île la fleur la découverte

Voici l’oiseau chanteur
Voici les lendemains

Les mensonges aux yeux de mouettes.

(Andrée Chedid)


Illustration

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Ensemble (Andrée Chedid)

Publié par arbrealettres le 25 mars 2011


Ensemble

Je chemine vers les fonds de toi
Où le regard est en repos
Où l’ombre se replie
Où les murs se descellent

Quand j’ai appris
Que ton geste et ton mot
N’étaient que tes saisons
J’ai pris sur moi ce pèlerinage
Pour te franchir porte à porte
Ô toi qui me conteras notre histoire.

(Andrée Chedid)


Illustration: Mustapha Merchaoui

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