Archive pour mars 2011
Publié par arbrealettres le 24 mars 2011
Et la vierge aux yeux bleus, sur la souple ottomane,
Dans ses bras parfumés te berçait mollement;
De la fille de roi jusqu’à la paysanne
Tu ne méprisais rien, même la courtisane,
A qui tu disputais son misérable amant;
Mineur, qui dans un puits cherchais un diamant.
(Alfred de Musset)
Illustration: Jean-Auguste-Dominique Ingres
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Publié par arbrealettres le 24 mars 2011
A Laure
Si tu ne m’aimais pas, dis-moi, fille insensée,
Que balbutiais-tu dans ces fatales nuits ?
Exerçais-tu ta langue à railler ta pensée ?
Que voulaient donc ces pleurs, cette gorge oppressée,
Ces sanglots et ces cris ?
Ah ! si le plaisir seul t’arrachait ces tendresses,
Si ce n’était que lui qu’en ce triste moment
Sur mes lèvres en feu tu couvrais de caresses
Comme un unique amant ;
Si l’esprit et les sens, les baisers et les larmes,
Se tiennent par la main de ta bouche à ton coeur,
Et s’il te faut ainsi, pour y trouver des charmes,
Sur l’autel du plaisir profaner le bonheur :
Ah ! Laurette ! ah ! Laurette, idole de ma vie,
Si le sombre démon de tes nuits d’insomnie
Sans ce masque de feu ne saurait faire un pas,
Pourquoi l’évoquais-tu, si tu ne m’aimais pas ?
(Alfred de Musset)
Illustration: Alina Maksimenko
Publié dans poésie | Tagué: (Alfred de Musset), aimer, amant, baiser, balbutier, bonheur, bouche, caresse, charmé, exercer, fille, idole, insensée, insomnie, larme, pensée, profaner, railler, unique | Laisser un Commentaire »
Publié par arbrealettres le 24 mars 2011

A Juana
O ciel ! je vous revois, madame,
De tous les amours de mon âme
Vous le plus tendre et le premier.
Vous souvient-il de notre histoire ?
Moi, j’en ai gardé la mémoire :
C’était, je crois, l’été dernier.
Ah ! marquise, quand on y pense,
Ce temps qu’en folie on dépense,
Comme il nous échappe et nous fuit !
Sais-tu bien, ma vieille maîtresse,
Qu’à l’hiver, sans qu’il y paraisse,
J’aurai vingt ans, et toi dix-huit ?
Eh bien ! m’amour, sans flatterie,
Si ma rose est un peu pâlie,
Elle a conservé sa beauté.
Enfant ! jamais tête espagnole
Ne fut si belle, ni si folle.
Te souviens-tu de cet été ?
De nos soirs, de notre querelle ?
Tu me donnas, je me rappelle,
Ton collier d’or pour m’apaiser,
Et pendant trois nuits, que je meure,
Je m’éveillai tous les quarts d’heure,
Pour le voir et pour le baiser.
Et ta duègne, ô duègne damnée !
Et la diabolique journée
Où tu pensas faire mourir,
O ma perle d’Andalousie,
Ton vieux mari de jalousie,
Et ton jeune amant de plaisir !
Ah ! prenez-y garde, marquise,
Cet amour-là, quoi qu’on en dise,
Se retrouvera quelque jour.
Quand un coeur vous a contenue,
Juana, la place est devenue
Trop vaste pour un autre amour.
Mais que dis-je ? ainsi va le monde.
Comment lutterais-je avec l’onde
Dont les flots ne reculent pas ?
Ferme tes yeux, tes bras, ton âme ;
Adieu, ma vie, adieu, madame,
Ainsi va le monde ici-bas.
Le temps emporte sur son aile
Et le printemps et l’hirondelle,
Et la vie et les jours perdus ;
Tout s’en va comme la fumée,
L’espérance et la renommée,
Et moi qui vous ai tant aimée,
Et toi qui ne t’en souviens plus !
(Alfred de Musset)
Illustration: Carlo Carra
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Publié par arbrealettres le 24 mars 2011
Vision
[...]
Dieu tout-puissant ! j’ai vu les sylphides craintives
Qui meurent au soleil !
J’ai vu les beaux pieds nus des nymphes fugitives !
J’ai vu les seins ardents des dryades rétives,
Aux cuisses de vermeil !
Rien, non, rien ne valait ce baiser d’ambroisie,
Plus frais que le matin !
Plus pur que le regard d’un oeil d’Andalousie !
Plus doux que le parler d’une femme d’Asie,
Aux lèvres de satin !
Oh ! qui que vous soyez, sur ma tête abaissées,
Ombres aux corps flottants !
Laissez, oh ! laissez-moi vous tenir enlacées,
Boire dans vos baisers des amours insensées,
Goutte à goutte et longtemps !
Oh ! venez ! nous mettrons dans l’alcôve soyeuse
Une lampe d’argent.
Venez ! la nuit est triste et la lampe joyeuse !
Blonde ou noire, venez ; nonchalante ou rieuse,
Coeur naïf ou changeant !
Venez ! nous verserons des roses dans ma couche ;
Car les parfums sont doux !
Et la sultane, au soir, se parfume la bouche ;
Lorsqu’elle va quitter sa robe et sa babouche
Pour son lit de bambous !
[...]
(Alfred de Musset)
Illustration: Guillaume Seignac
Publié dans poésie | Tagué: (Alfred de Musset), ambroisie, ardent, babouche, baiser, bambou, couché, cuisse, dryade, femme, flottant, lèvres, naïf, nonchalante, nymphes, ombres, robe, rose, satin, sein, soleil, sylphide, triste, vermeil | Laisser un Commentaire »
Publié par arbrealettres le 24 mars 2011
Que j’aime le premier frisson d’hiver ! le chaume,
Sous le pied du chasseur, refusant de ployer !
Quand vient la pie aux champs que le foin vert embaume,
Au fond du vieux château s’éveille le foyer ;
C’est le temps de la ville. – Oh ! lorsque l’an dernier,
J’y revins, que je vis ce bon Louvre et son dôme,
Paris et sa fumée, et tout ce beau royaume
(J’entends encore au vent les postillons crier),
Que j’aimais ce temps gris, ces passants, et la Seine
Sous ses mille falots assise en souveraine !
J’allais revoir l’hiver. – Et toi, ma vie, et toi !
Oh ! dans tes longs regards j’allais tremper mon âme
Je saluais tes murs. – Car, qui m’eût dit, madame,
Que votre coeur sitôt avait changé pour moi ?
(Alfred de Musset)
Illustration: Robert Doisneau
Publié dans poésie | Tagué: (Alfred de Musset), âme, changer, chasseur, chaume, château, coeur, foin, foyer, frisson, gris, hiver, mur, Paris, pie, ployer, postillon, regard, s'éveiller, saluer, tremper, ville | 4 Commentaires »
Publié par arbrealettres le 24 mars 2011
Stances
Que j’aime à voir, dans la vallée
Désolée,
Se lever comme un mausolée
Les quatre ailes d’un noir moutier!
Que j’aime à voir, près de l’austère
Monastère,
Au seuil du baron feudataire,
La croix blanche et le bénitier!
Vous, des antiques Pyrénées
Les aînées,
Vieilles églises décharnées,
Maigres et tristes monuments,
Vous que le temps n’a pu dissoudre,
Ni la foudre,
De quelques grands monts mis en poudre
N’êtes-vous pas les ossements?
J’aime vos tours à tête grise,
Où se brise
L’éclair qui passe avec la brise,
J’aime vos profonds escaliers
Qui, tournoyant dans les entrailles
Des murailles,
A l’hymne éclatant des ouailles
Font répondre tous les piliers!
Oh! lorsque l’ouragan qui gagne
La campagne,
Prend par les cheveux la montagne,
Que le temps d’automne jaunit,
Que j’aime, dans le bois qui crie
Et se plie,
Les vieux clochers de l’abbaye,
Comme deux arbres de granit!
Que j’aime à voir, dans les vesprées
Empourprées,
Jaillir en veines diaprées
Les rosaces d’or des couvents!
Oh! que j’aime, aux voûtes gothiques
Des portiques,
Les vieux saints de pierre athlétiques
Priant tout bas pour les vivants!
(Alfred de Musset)
Publié dans poésie | Tagué: (Alfred de Musset), abbaye, bénitier, brise, désolée, entrailles, grise, jaunir, mausolée, monument, moutier, ossement, pierre, piliers, portique, poudre, saint, vallée, vivant | Laisser un Commentaire »
Publié par arbrealettres le 24 mars 2011
Dans Venise la rouge,
Pas un bateau qui bouge,
Pas un pêcheur dans l’eau,
Pas un falot.
Seul, assis à la grève,
Le grand lion soulève,
Sur l’horizon serein,
Son pied d’airain.
Autour de lui, par groupes,
Navires et chaloupes,
Pareils à des hérons,
Couchés en rond,
Dorment sur l’eau qui fume,
Et croisent dans la brume,
En légers tourbillons,
Leurs pavillons.
La lune qui s’efface
Couvre son front, qui passe
D’un nuage étoilé
Demi-voilé.
Ainsi, la dame abbesse
De Sainte-Croix rabaisse
Sa cape aux larges plis
Sur son surplis.
Et les palais antiques,
Et les graves portiques,
Et les blancs escaliers
Des chevaliers,
Et les ponts, et les rues,
Et les mornes statues
Et le golfe mouvant
Qui tremble au vent,
Tout se tait, fors les gardes
Aux longues hallebardes,
Qui veillent aux créneaux
Des arsenaux.
— Ah! maintenant plus d’une
Attend, au clair de lune,
Quelque jeune muguet,
L’oreille au guet.
Pour le bal qu’on prépare,
Plus d’une qui se pare,
Met devant son miroir
Le masque noir.
Sur sa bouche embaumée
La Vanina pâmée
Presse encore son amant,
En s’endormant.
Et Narcisa, la folle,
Au fond de sa gondole,
S’oublie en un festin
Jusqu’au matin.
Et qui, dans l’Italie,
N’a son grain de folie ?
Qui ne garde aux amours
Ses plus beaux jours ?
Laissons la vieille horloge,
Au palais du vieux doge,
Lui compter de ses nuits
Les longs ennuis.
Comptons plutôt, ma belle,
Sur ta bouche rebelle
Tant de baisers donnés…
Ou pardonnés.
Comptons plutôt tes charmes,
Comptons les douces larmes
Qu’à nos yeux a coûté
La volupté!
(Alfred de Musset)
Publié dans poésie | Tagué: (Alfred de Musset), abbesse, baiser, belle, brume, charmé, chevalier, dormir, ennui, festin, folie, folle, gondole, larme, nuit, pardonner, rebelle, rouge, serein, Venise, volupté | Laisser un Commentaire »
Publié par arbrealettres le 24 mars 2011
CONSEILS À UNE PARISIENNE
Oui, si j’étais femme, aimable et jolie,
Je voudrais, Julie,
Faire comme vous ;
sans peur ni pitié, sans choix ni mystère,
A toute la terre
Faire les yeux doux.
Je voudrais n’avoir de soucis au monde
Que ma taille ronde,
Mes chiffons chéris,
Et de pied en cap être la poupée
La mieux équipée
De Rome à Paris.
Je voudrais garder pour toute science
Cette insouciance
Qui vous va si bien ;
Joindre, comme vous, à l’étourderie
Cette rêverie
Qui ne pense à rien.
Je voudrais pour moi qu’il fût toujours fête,
Et tourner la tête,
Aux plus orgueilleux ;
Être en même temps de glace et de flamme,
La haine dans l’âme,
L’amour dans les yeux.
[...]
Voyez-vous, ma chère, au siècle où nous sommes,
La plupart des hommes
Sont très inconstants.
Sur deux amoureux pleins d’un zèle extrême,
La moitié vous aime
Pour passer le temps.
Quand on est coquette, i1 faut être sage.
L’oiseau de passage
Qui vole à plein coeur
Ne dort pas en l’air comme une hirondelle,
Et peut, d’un coup d’aile,
Briser une fleur.
(Alfred de Musset)
Illustration: Ron di Scenza
Publié dans poésie | Tagué: coeur, flamme, âme, conseil, fleur, doux, mystère, hirondelle, briser, glace, fête, insouciance, pitié, science, (Alfred de Musset), inconstant, parisienne, orgueilleux, étourderie | Laisser un Commentaire »
Publié par arbrealettres le 23 mars 2011
Publié dans poésie | Tagué: (Watanabe Hakusen), couloir, debout, guerre | 2 Commentaires »
Publié par arbrealettres le 23 mars 2011
Combien de monts,
de fleuves
faudra-t-il franchir
Pour ce pays où finit la tristesse?
Aujourd’hui encore, ah, partons
(Wakayama Bokusui)
Illustration: Claude Théberge
Publié dans méditations, poésie | Tagué: (Wakayama Bokusui), encore, finir, fleuves, franchir, monts, partir, pays, tristesse | 2 Commentaires »