Arbrealettres

Poésie

Archive pour avril 2011

Je suis debout sur la falaise nue (Friedrich Nietsche)

Publié par arbrealettres le 30 avril 2011

Je suis debout sur la falaise nue,
Enveloppé d’un manteau de nuit.
Depuis ces hauteurs désolées mon regard
Descend jusqu’à un pays couvert de fleurs.
Je vois s’envoler un aigle
Qui avec le courage de la jeunesse
S’élance à la poursuite des rayons dorés,
Et montant s’enfonce dans le brasier éternel.

(Friedrich Nietsche)

Illustration: Caspar David Friedrich

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Cette soif que tu avais (Friedrich Nietsche)

Publié par arbrealettres le 30 avril 2011

Tu as laissé derrière toi
cette soif que tu avais naguère de pleurs célestes

(Friedrich Nietsche)

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La clef de l’énigme est un sourire (Lao Wang)

Publié par arbrealettres le 30 avril 2011

La clef de l’énigme est un sourire.
Mais quelle porte cette clef ouvre-t-elle donc?

(Lao Wang)

Illustration: Léonard de Vinci

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Son fils et lui (Norge)

Publié par arbrealettres le 30 avril 2011


Son fils et lui

Non, lui, je ne l’ai pas connu,

Mais son fils était un bel homme
Doux qui avait débuté comme
Charpentier, puis, vers les trente ans,
S’était mis à prêcher les gens.

Non, lui, je ne l’ai pas connu,

Mais son fils, je le vois encore
Raisonnant, redressant les torts,
Et suivi de quelques nomades,
Guérissant partout les malades.

Non, lui, je ne l’ai pas connu,

Mais son fils acquit un prestige
Merveilleux dû à ses prodiges
De tendresse et de vérité.
On l’aimait, rien qu’à l’écouter.

Non, lui, je ne l’ai pas connu.

D’ailleurs, il s’intéressait peu
A ce fils assez malchanceux
Qui se rendit antipathique
A tous les pouvoirs politiques.

Non, lui, je ne l’ai pas connu,

Et pourtant, son fils l’adorait.
I1 disait : moi, ce que j’espère
Et qu’à tous je souhaiterais
C’est d’aller vivre chez mon père.

Non, lui, je ne l’ai pas connu.

I1 ne fit absolument rien
Pour sauver ce fils, un vrai saint
Qui fut jugé par injustice
Et mourut dans d’affreux supplices.

Mais lui, je ne l’ai pas connu.

(Norge)

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Encore un fils (Norge)

Publié par arbrealettres le 30 avril 2011


Encore un fils

N’aurais-tu pas un second fils, Seigneur ?
La terre attend un nouveau labourage,
L’argile est sourde et l’homme est oublieur ;
Ta vieille voix n’a plus le même orage.

Un jeune fils après mille et mille ans
Pour nous éclore une jeune espérance.
L’homme assoiffé guette un jeune printemps,
Ta vieille croix a perdu sa jouvence.

Ce fils cadet viendrait nous enseigner
Les feux, les vins de nouvelles aurores
Et sur son cri saurait beaucoup saigner
Car l’homme croit ce que le sang colore.

Amour viendrait avec ton second fils,
Comme Jésus, longtemps nous jubiler
Et nous, Seigneur, pour changer le supplice,
Nous saurons bien le pendre ou le brûler.

(Norge)

Illustration: Salvador Dali

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Autre vague (Norge)

Publié par arbrealettres le 30 avril 2011


Autre vague

Cette vague mourut
Comme toutes les vagues.
Nulle odeur de lilas
Ne courut sur la mer,
Nul adieu ne lui vint
D’une île ou d’un nuage.
Elle mourut gaiement
Et d’un coup d’éventail
Et d’un saut plein d’oiselles.
Mais je verrai toujours
Ses bras, ses jeunes bras,
Ses bras désespérés
Qui hurlaient vers le ciel.

(Norge)

Illustration

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Le suave (Norge)

Publié par arbrealettres le 30 avril 2011


Le suave

J’ai faim, dit-il. — O, Suave,
Pourquoi ne manges-tu pas ?
— J’ai faim, dit-il, et suis las
De croquer ce pain d’esclave.

— Le froment que tu mangeas
Plut à l’ange, plut au rat !
— Les rats, les anges ne savent
La fureur de mon repas.

Tous ces mâchefers, ces laves
Laissent ma gueule en tracas.
Et je meurs, moi le suave,
D’un pain qui n’existe pas.

(Norge)

Illustration: Old Trout Puppet Workshop

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Jolimont (Norge)

Publié par arbrealettres le 30 avril 2011

Jolimont

A l’ombre du gazomètre,
Vénus marchait dans l’ortie.
Une odeur de pleine mer
Coulait de sa chevelure
Où l’algue brouillait les mèches.
La sirène de la mine
Appelait éperdument
A ses tempêtes profondes
Mille marins maquillés
Qui tenaient d’une main rêche
La lampe des vierges folles.
Quelque nuage frileux
Rentrait dormir à la niche,
L’oreille basse et la langue
Pendante jusqu’au pavé.
Vénus, lumineuse et chaude,
Marchait dans l’ortie en fleur.
Elle s’appelait Minouche.
Au Minouche, que j’aimais
Tes jeunes cris dévêtus
Et les taches de rousseur
De tes cuisses de brugnon
Dans les blés de Jolimont.

(Norge)

Illustration: Theodore Chassériau

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Girouette (Norge)

Publié par arbrealettres le 30 avril 2011

Girouette

Beaucoup d’amour, peu d’espoir,
Le vent tourne mal, Gustave.
Mieux vaut glisser dans ton noir,
Dans ta mine, dans ta cave.

Mieux vaut glisser dans ta mine,
La fille a le coeur pourri
Et l’espoir que tu rumines
S’enfuit comme une souris.

Mais le vent tourne, Gustave
Et ce bel épi fauché,
C’est la fille au coeur suave
Qui, près de toi, vient coucher.

— Trop tard ; le vent a viré,
L’amour est mort, dit Gustave,
Est mort de faim dans la cave !
I1 est mort et enterré.

(Norge)

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Beaucoup de fièvre (Norge)

Publié par arbrealettres le 30 avril 2011

Beaucoup de fièvre

Maman, maman, je vois des diables
Qui dansent sur le paravent.
— Chut, c’est une bergère aimable
Qui paît ses agneaux simplement.

Maman, maman, quelle tempête !
Le vent retourne ma barquette.
— Mais non, bébé, c’est ton berceau
Qui tremble tant tu fais de sauts !

0, maman, de méchants garçons
Viennent s’asseoir sur mes poumons.
— Dodo, chéri, c’est ton délire.
Le docteur dit qu’il faut dormir

Maman, je suis au bout du monde ;
Si tu lâches ma main, je tombe.
— Meurs, mon petit, meurs gentiment,
Mon ventre est lourd d’un autre enfant.

(Norge)

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