Arbrealettres

Poésie

Archive pour mai 2011

PRÉLUDE (Pablo Neruda)

Publié par arbrealettres le 31 mai 2011



PRÉLUDE

Le jour n’est pas une heure suivant l’autre,
il est douleurs se succédant :
le temps ne se ride jamais,
jamais il ne se détériore :
mer, ressasse la mer,
terre,
dit et redit la terre :
l’homme attend.
Seule
sa cloche
se tient là au milieu des autres,
elle garde en son vide
un silence implacable
qui se répandra quand de vague en vague
se lèvera sa langue de métal.

Après avoir possédé tant de choses,
en marchant à genoux de par le monde,
me voici, nu,
je n’ai plus que le dur midi
de la mer, et une cloche.

Ils m’offrent leurs voix pour souffrir
et leur monition pour me retenir.
Nul n’y échappe:
l’espace continue.
Et la mer ne cesse de vivre.
Les cloches d’exister.

(Pablo Neruda)

Illustration

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CHANSON DE L’AMOUR (Pablo Neruda)

Publié par arbrealettres le 31 mai 2011



CHANSON DE L’AMOUR

Je chante : « Je t’aime, je t’aime »,
et commence la déraison.

Je t’aime, je t’aime, ô mon souffle!
Je t’aime, je t’aime, ô ma treille!
Et si l’amour au vin ressemble,
tu es, toi, ma prédilection,
des mains à la plante des pieds :
tu es la coupe de l’après
et la bouteille du destin.

Je t’aime à l’endroit, à l’envers,
et je n’ai ni ton ni mesure
pour te susurrer ma chanson,
ma chanson qui n’a pas de fin.

Sur mon violon qui extravague
mon violon, lui, te le déclare :
je t’aime et t’aime, ma violone,

mon petit jupon sombre et clair,
mon coeur, les dents de mes gencives,
ma clarté et ma loucherette,
le sel de ma semaine obscure,
ma lune de fenêtre,claire.

(Pablo Neruda)

Illustration: Eugène Blaas

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Le coeur des choses (Jean-Paul Sartre)

Publié par arbrealettres le 31 mai 2011



Il faut inventer le coeur des choses
si l’on veut un jour le découvrir.

(Jean-Paul Sartre)

 

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Les phalènes de tes doigts (Jean Orizet)

Publié par arbrealettres le 31 mai 2011



Les phalènes de tes doigts
venaient mourir à ma paume
chair en lisière de la nuit
tes yeux masquant toutes forêts

Quand l’imparfait barrage de nos lèvres
fit dévier vers quelle étrange source ? —
ce que nous avions nommé : ligne de partage des joies

Nous reprîmes alors la descente,
silencieux mais plus attentifs,
et je crus entrevoir mi autre visage de nous-mêmes
au front de sable à midi,
mitraillé de lumière
immuable sous sa propre usure
Beau.

(Jean Orizet)

 

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Merveille pour merveille (Jean Orizet)

Publié par arbrealettres le 31 mai 2011



A tes yeux de surprise matinale
je veux m’étonner le premier

A tes lèvres de verveine
je veux boire encore ce rire ailé de gazelle

A tes cheveux de poivre blond
je veux renouveler ma soif

A ton ventre de jeune pêche
je veux attendre l’été mûrissant

Oreille contre coeur
Merveille pour merveille.

(Jean Orizet)

Illustration: Francine Van Hove

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Sois humble (Jean Orizet)

Publié par arbrealettres le 31 mai 2011



Sois humble
mince passant
Aies l’exigence
de l’arbre.

(Jean Orizet)

 

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Tu es l’ivresse de la brume (Jean Orizet)

Publié par arbrealettres le 31 mai 2011



Tu es l’ivresse de la brume
cette buveuse de soleil
mon oeuvre inéluctable

A l’aube tu surgis de la pâleur givrante
et la terre écrasée sous toi
ne peut plus rien

La vie semble figée
les grands monstres sommeillent
ta délivrante ubiquité fait merveille.

(Jean Orizet)

 

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Ce soir-là (Jean Orizet)

Publié par arbrealettres le 31 mai 2011



Ce soir-là, il n’y eut pas d’enchères;
la bougie brûla librement;
nulle autre transaction
qu’entre sa flamme et nos souffles
pour un commun vacillement.

(Jean Orizet)

 

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Le silencieux herbier des joies (Jean Orizet)

Publié par arbrealettres le 31 mai 2011



Pour nous
le florilège sans profil
des amants,

satin fané de la bruyère
et quelques autres fleurs
à devoir préserver;

le silencieux herbier des joies,
jardin secret d’entre les pages,
recueil aux gestes de pénombre
et chambre forte de tes yeux.

(Jean Orizet)

Illustration: Gustav klimt

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Deux corps face à face (Octavio Paz)

Publié par arbrealettres le 31 mai 2011



Deux corps face à face
sont parfois racines
enlacées dans la nuit.

Deux corps face à face
sont parfois des couteaux,
et la nuit, étincelle.

Deux corps face à face
sont deux astres
qui chutent en un ciel vide.

Deux corps face à face
sont parfois deux vagues,
et la nuit est océan.

Deux corps face à face
sont parfois deux pierres,
et la nuit, un désert.

(Octavio Paz)

Illustration: Chakir Alla

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