Archive pour mai 2011
Publié par arbrealettres le 30 mai 2011

Un matin, alors que dans l’aube sereine,
tintinnabulaient les clarines des troupeaux
et que, dans les brouillards naissants,
les feux des lucioles s’éteignaient
dans le parfum des asphodèles,
ma femme, en mettant le lit dehors,
me dit:
c’est fou comme tu transpires quand tu dors!
(Jean L’Anselme)
Illustration
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Publié par arbrealettres le 30 mai 2011

Gravité
du chant
Dans la percée
des abeilles
comme
au premier jour
du monde
l’homme
s’invente une histoire
qui le conduira
du coeur du tout
au coeur
du rien
(Yves Broussard)
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Publié par arbrealettres le 29 mai 2011

Dans le poème
ce n’est pas moi qui vous parle
dans le poème
ce n’est pas ma voix que vous entendez
mais ce qui me traverse et me maintient:
l’ombre désespérée de la beauté
cette absence infinie au coeur des choses.
(Bernard Mazo)
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Publié par arbrealettres le 29 mai 2011

Les vaches sont parties. Le champ
est tout triste au soleil couchant.
Le coeur lourd, je marche
dans les prés sans vaches.
Pour ne pas broyer du vert,
je veux dire du noir, je rumine des vers.
(Henri-Frédéric Blanc)
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Publié par arbrealettres le 29 mai 2011

Ils ont emporté tout ce que j’avais en
double et je me suis retrouvée
sur le parking
avec le strict minimum: une seule
chaussure, une seule chaussette,
un seul
pied, une seule jambe, un seul
bras, une
seule oreille, un seul regard, une
seule
larme,
Avant de filer, ils ont crié: “T’as
encore de
la chance qu’on te laisse le
coeur!”
Alors j’ai eu l’idée de fouiller
dedans avec
la seule main qu’il me restait et
j’ai tout
retrouvé.
(Isabelle Pinçon)
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Publié par arbrealettres le 29 mai 2011

Le mourir: dernière émotion que la mort
transmue instantanément en intensité
infinie du silence
L’attente ou l’approche de la mort
réveille en nous l’immémoriable mémoire
du silence
Faut-il dire que mourir signifie reverdir
Que dire de la verdeur de la mort
Inimaginable ignorance du silence du coeur
(Michel Camus)
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Publié par arbrealettres le 29 mai 2011

Si les eaux de la mer, un matin, se retirent,
Nous dévisagerons tous les siècles éteints.
Le temps sera fini des larmes et du rire.
Si les eaux de la mer se retirent, un matin,
Nous irons ramasser des rames de galère
Pour y sculpter la forme exacte d’un violon
Qui chantera pour nous les hymnes de naguère
Comme les galériens vers les quatre horizons…
Les étoiles de mer fleuriront à miracle
En d’étranges jardins que nul n’a jamais vus.
L’océan garde en lui la magie du spectacle
Que les plus vieux poissons des grands fonds ont connu.
Jardins du fond des mers, où les noyés reposent
Avec leurs yeux ouverts qui ne pourront plus voir,
Regards éteints tournés vers le secret des choses,
Inconnus sommeillant sur un lit d’algues noires.
Les étoiles de mer sont vivantes et cruelles,
Qu’elles se ferment donc en silence sur eux,
Que la tête et le coeur nourrissent les plus belles:
Aucun matin du monde a-t-il désiré mieux?
(Bernard Dimey)
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Publié par arbrealettres le 29 mai 2011

Je suis enfant de Dieu mais d’une autre nature.
Ma force est souveraine et je ne parle pas,
Ma narine est sensible et mon oreille est sûre.
Si grand que vous soyez, vous ne me voyez d’en bas.
Je suis enfant de Dieu, mais je suis d’un autre âge.
Je vous ai vus jadis vous manger entre vous,
Et puis jour après jour perdre votre pelage
Et grelotter de froid tout au fond de vos trous.
Pauvres humains parleurs, du haut de mes futaies
Je vous ai vus trembler de peur et dépérir,
Allumer de grands feux pour mieux sécher vos plaies
Et j’ai battu des mains en vous voyant partir.
Moi j’ai su préserver ma vie calme et sereine,
Mes enfants sont des princes au coeur de la forêt,
Nous ne connaissons pas la folie ni la haine.
Vous, vous n’êtes plus rien, vous avez trop duré.
Au fond de mon oeil noir une étincelle brille.
Vous n’allez pas tarder à tomber à genoux,
Car je vois arriver le règne des gorilles…
Je suis enfant de Dieu, je suis plus beau que vous.
(Bernard Dimey)
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Publié par arbrealettres le 29 mai 2011

Intimité plus grande avec les astres
Et dans la nuit sondée plus profond
Dans la nuit rapprochée la terre
Débouche sur le soleil cette étoile agrandie
Au coeur de la nuit le jour
Nuit de la nuit connaît
Une étoile plus brillante
(Michel Deguy)
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Publié par arbrealettres le 29 mai 2011

Nul ne sait combien ce qu’il refuse,
l’Invisible, nous domine, quand
notre vie à l’invisible ruse
cède, invisiblement.
Lentement, au gré des attirances
notre centre se déplace pour
que le coeur s’y rende à son tour:
lui, enfin Grand-Maître des absences.
(Rilke)
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