
Dans l’Uruguay sur l’Atlantique
l’air était si liant, facile,
que les couleurs de l’horizon
s’approchaient pour voir les maisons
(Jules Supervielle)
Publié par arbrealettres le 27 juin 2011

Dans l’Uruguay sur l’Atlantique
l’air était si liant, facile,
que les couleurs de l’horizon
s’approchaient pour voir les maisons
(Jules Supervielle)
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Publié par arbrealettres le 26 juin 2011

Je crois qu’il n’y a rien de plus beau
que de vivre à la campagne,
dans son village natal
entouré d’amis.
(Pier Paolo Pasolini)
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Publié par arbrealettres le 26 juin 2011

Je vis constamment projeté vers le futur:
si je bois un verre de vin,
si je ris haut et fort avec mes amis,
je me regarde rire,
et je m’entends crier
avec un immense désespoir.
(Pier Paolo Pasolini)
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Publié par arbrealettres le 26 juin 2011

Je vois maintenant un enfant qui revient de la fontaine
avec deux brocs d’eau pleins:
il marche dans l’air clair du pays,
qui est pour moi un pays inconnu.
Pourtant, lui, l’enfant, est pour moi un visage familier,
avec le ciel qui pâlit dans une funèbre douceur
et les maisons qui s’abandonnent peu à peu à l’ombre
tandis que sur la placette tout est écrasé
par un son de trompette accablant.
C’est le déclin du jour,
et je me souviens du nombre infini de jours
que j’ai vu mourir ainsi…
(Pier Paolo Pasolini)
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Publié par arbrealettres le 26 juin 2011

L’ANGE
Que signifie ce rêve étrange
Où j’étais une Reine Vierge
Placée sous la garde d’un ange?
Malheur naïf, Dieu le protège.
Jour et nuit, je versai des pleurs
Qu’il essuyait avec amour,
je versai des pleurs nuit et jour
Lui cachant la joie de mon coeur.
Puis il ouvrit ses ailes saintes.
L’aube rougit. L’ange s’élance.
Séchant mes yeux, j’armai mes craintes
De mille boucliers et lances.
Mon Ange avant longtemps revint.
Mais à quoi bon mes armes sûres ?
Ma jeunesse avait fui au loin
Et grise était ma chevelure.
(William Blake)
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Publié par arbrealettres le 26 juin 2011

LONDRES
Je traîne à travers les rues à putains
Prés de la Tamise, cette drôlesse.
Sur chaque visage, je vois le coin
De la douleur ou bien de la faiblesse.
Dans chaque cri de l’homme ou de l’enfant,
Dans chaque plainte, dans toutes les voix
Qui gémissent ou maudissent, j’entends
Tinter les chaînes que l’esprit forgea.
Et le cri du ramoneur guenilleux
Qui fait trembler les obscures églises,
Et le soupir du soldat malheureux,
Aux murs du Palais, c’est du sang qui glisse.
Surtout, dans les rues de minuit, j’entends
Comment la jeune putain qui blasphème
Etouffe les pleurs de l’enfant naissant
Et souille le corbillard de l’hymen.
(William Blake)
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Publié par arbrealettres le 26 juin 2011

JEUDI SAINT
Est-ce une chose sainte, la misère
Qu’un pays riche et prospère, pourtant,
Fait supporter à ses petits enfants
Nourris d’une main froide et usurière ?
Ceci est-il un chant ? Non, c’est un cri !
Lorsque l’on voit la foule si nombreuse
De ces pauvrets, la joie est odieuse
Pays de misère est ce pays-ci…
Et jamais sur eux leur soleil ne brille!
Et leurs prés toujours sont nus et glacés !
Et tous leurs chemins sont pleins de ronciers.
L’hiver éternel, voilà leur famille.
(William Blake)
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Publié par arbrealettres le 26 juin 2011

LE RAMONEUR
Une petite chose noire sur la neige
Crie d’une voix plaintive: « amoneur ! amoneur ! »
- Oû est ton père ? Oû est ta mère ? demandé-je.
- A l’église tous deux, pour prier le Seigneur.
Parce qu’ils me voyaient heureux sur cette lande,
Parce que dans la neige et l’hiver je souris,
Ils m’ont fait mettre en deuil, et puis ils m’ont appris
A chanter d’une voix geignarde et qui quémande.
Puisque joyeux je chante et danse dans le froid,
Ils pensent qu’ils n’ont fait nul tort à leur petit
Et s’en vont louer Dieu, et le prêtre et son roi
Qui ont construit, sur la misère, un paradis.
(William Blake)
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Publié par arbrealettres le 26 juin 2011

LE PETIT NEGRE
Ma mère m’a mis au monde en un coin du Sud cruel
Et je suis noir. Mais mon âme, elle est blanche, vous savez !
Le petit Anglais est blanc. Blanc comme un ange du ciel.
Moi, je suis noir. Comme si la lumière avait manqué.
Au pied d’un arbre accroupie, ma mère m’a enseigné
En guettant à l’horizon la chaleureuse clarté.
Elle m’ouvrait ses genoux, me serrait et m’embrassait
Puis, le doigt vers l’orient, soudain elle me disait:
Vois s’élever le soleil! Dieu est la-bas. Et c’est lui
Qui sur le monde répand la chaleur et la lumière.
Et les arbres et les fleurs, et les hommes et les bêtes
Reçoivent l’espoir de l’aube et la joie du plein midi.
Si nous avons, ici-bas, pour quelque temps vu le jour,
C’est pour apprendre â subir les chauds rayons de l’Amour.
Nous ne sommes rien de plus, corps bronzés, visages sombres
Que nuages dans le ciel ou, dans les bois, un peu d’ombre.
Lorsque nos âmes sauront supporter cette chaleur,
Les nuages auront fui et nous entendrons Sa voix:
“Mon bien aimé, sors du bois des ombres ; réjouis-toi
Près de ma tente dorée, comme les agneaux sans peur”.
Oui, voila ce que ma mère en m’embrassant me disait
Et je me disais ceci, en pensant au jeune Anglais :
Moi noir, lui blanc, le nuage est le même pour nous deux,
Et tous deux jouerons de même autour des tentes de Dieu.
Moi je l’ombragerai, pour que la chaleur ne l’accable
Jusqu’à ce qu’en Notre Père il prenne un repos joyeux.
Debout, je caresserai l’argent fin de ses cheveux
Et i1 voudra bien m’aimer car je serai son semblable.
(William Blake)
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Publié par arbrealettres le 26 juin 2011

Y mourir ô belle flammèche y mourir
voir les nuages fondre comme la neige et l’écho
origines du soleil et du blanc pauvres comme Job
ne pas mourir encore et voir durer l’ombre
naître avec le feu et ne pas mourir
étreindre et embrasser amour fugace le ciel mat
gagner les hauteurs abandonner le bord
et qui sait découvrir ce que j’aime
omettre de transmettre mon nom aux années
rire aux heures orageuses dormir au pied d’un pin
grâce aux étoiles semblables à un numéro
et mourir ce que j’aime au bord des flammes.
(Robert Desnos)
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