Arbrealettres

Poésie

Archive pour août 2011

Chanson de Barberine (Alfred de Musset)

Publié par arbrealettres le 31 août 2011


Chanson de Barberine

Beau chevalier qui partez pour la guerre,
Qu’allez-vous faire
Si loin d’ici ?
Voyez-vous pas que la nuit est profonde
Et que le monde
N’est que souci ?
Vous qui croyez qu’une amour délaissée
De la pensée
S’enfuit ainsi,
Hélas ! hélas ! chercheurs de renommée,
Votre fumée
S’envole aussi.
Beau chevalier qui partez pour la guerre,
Qu’allez-vous faire
Si loin de nous ?
J’en vais pleurer, moi qui me laissais dire
Que mon sourire
Etait si doux.

(Alfred de Musset)

Illustration: Evelyn de Morgan

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Le Soir (Alphonse de Lamartine)

Publié par arbrealettres le 31 août 2011



Le Soir

Le soir ramène le silence.
Assis sur ces rochers déserts,
Je suis dans le vague des airs,
Le char de la nuit qui s’avance.

Vénus se lève à l’horizon ;
A mes pieds l’étoile amoureuse
De sa lueur mystérieuse
Blanchit les tapis de gazon.

De ce hêtre au feuillage sombre
J’entends frissonner les rameaux :
On dirait autour des tombeaux
Qu’on entend voltiger une ombre.

Tout à coup, détaché des cieux,
Un rayon de l’astre nocturne,
Glissant sur mon front taciturne,
Vient mollement toucher mes yeux.

Doux reflet d’un globe de flamme,
Charmant rayon, que me veux-tu ?
Viens-tu dans mon sein abattu
Porter la lumière à mon âme ?

Descends-tu pour me révéler
Des mondes le divin mystère,
Ces secrets cachés dans la sphère
Où le jour va te rappeler ?

Une secrète intelligence
T’adresse-t-elle aux malheureux ?
Viens-tu, la nuit, briller sur eux
Comme un rayon de l’espérance ?

Viens-tu dévoiler l’avenir
Au coeur fatigué qui l’implore ?
Rayon divin, es-tu l’aurore
Du jour qui ne doit pas venir ?

Mon coeur à ta clarté s’enflamme,
Je sens des transports inconnus,
Je songe à ceux qui ne sont plus,
Douce lumière, es-tu leur âme ?

Peut-être ces mânes heureux
Glissent ainsi sur le bocage.
Enveloppé de leur image,
Je crois me sentir plus près d’eux !

Ah ! si c’est vous, ombres chéries,
Loin de la foule et loin du bruit,
Revenez ainsi chaque nuit
Vous mêler à mes rêveries.

Ramenez la paix et l’amour
Au sein de mon âme épuisée,
Comme la nocturne rosée
Qui tombe après les feux du jour.

(Alphonse de Lamartine)

Illustration: Pierre-Narcisse Guérin

 

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Les Cydalises (Gérard de Nerval)

Publié par arbrealettres le 31 août 2011



Les Cydalises

Où sont nos amoureuses ?
Elles sont au tombeau !
Elles sont plus heureuses
Dans un séjour plus beau.
Elles sont près des anges
Dans le fond du ciel bleu,
Et chantent les louanges
De la mère de Dieu.
O pâle fiancée !
O jeune vierge en fleur !
Amante délaissée
Que flétrit la douleur !…
L’Eternité profonde
Souriait dans vos yeux :
Flambeaux éteints du monde,
Rallumez-vous aux cieux !

(Gérard de Nerval)

Illustration: Jean-Jacques Henner

 

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Fantaisie (Gérard de Nerval)

Publié par arbrealettres le 31 août 2011



Fantaisie

Il est un air pour qui je donnerais
Tout Rossini, tout Mozart et tout Weber.
Un air très vieux, languissant et funèbre,
Qui pour moi seul a des charmes secrets.

Or, chaque fois que je viens à l’entendre,
De deux cents ans mon âme rajeunit :
C’est sous Louis Treize. Et je crois voir s’étendre
Un coteau vert que le couchant jaunit ;
Puis un château de brique à coins de pierre,
Aux vitraux teints de rougeâtres couleurs,
Ceint de grands parcs, avec une rivière
Baignant ses pieds, qui coule entre des fleurs ;

Puis une dame, à sa haute fenêtre,
Blonde aux yeux noirs, en ses habits anciens,
Que dans une autre existence, peut-être,
J’ai déjà vue, – et dont je me souviens.

(Gérard de Nerval)

Illustration

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La Forêt (François-René de Châteaubriand)

Publié par arbrealettres le 31 août 2011



La Forêt

Forêt silencieuse, aimable solitude,
Que j’aime à parcourir votre ombrage ignoré !
Dans vos sombres détours, en rêvant égaré,
J’éprouve un sentiment libre d’inquiétude !
Prestige de mon coeur ! je crois voir s’exhaler
Des arbres, des gazons, une douce tristesse.
Cette onde que j’entends murmure avec mollesse,
Et dans le fonds des bois semble encor m’appeler.
Oh ! que ne puis-je, heureux, passer ma vie entière
Ici, loin des humains !… Au bruit de ces ruisseaux,
Sur un tapis de fleurs, dans ce lieu solitaire,
Qu’ignoré, je sommeille à l’ombre des ormeaux !
Forêts ! agitez-vous doucement dans les airs !
A quel amant jamais serez-vous aussi chères ?
D’autres vous confieront des amours étrangères ;
Moi, de vos charmes seuls j’entretiens les déserts.

(François-René de Châteaubriand)

 

 

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Les Moutons (Madame Deshouliéres)

Publié par arbrealettres le 31 août 2011



Les Moutons

Hélas ! petits moutons que vous êtes heureux,
Vous paissez dans nos champs sans soucis, sans alarmes
Aussitôt aimés qu’amoureux,
On ne vous force point à répandre des larmes ;
Vous ne formez jamais d’inutiles désirs ;
Dans vos tranquilles corps l’amour suit la nature ;
Sans ressentir ses maux vous avez ses plaisirs.
L’ambition, l’honneur, l’intérêt, l’imposture,
Qui font tant de maux parmi nous,
Ne se rencontrent point chez vous,
Cependant nous avons la raison pour partage,
Et vous en ignorez l’usage.
Innocents animaux, n’en soyez point jaloux,
Ce n’est pas un grand avantage.
Cette fière raison dont on fait tant de bruit,
Contre les passions n’est pas un sûr remède ;
Un peu de vin la trouble, un enfant la séduit ;
Et déchirer un coeur qui l’appelle à son aide
Est tout l’effet qu’elle produit ;
Toujours impuissante et sévère,
Elle s’oppose à tout et ne surmonte rien.
Sous la garde de votre chien
Vous devez beaucoup moins redouter la colère
Des loups cruels et ravissants,
Que, sous l’autorité d’une telle chimère,
Nous ne devons craindre nos sens.
Ne vaudrait-il pas mieux vivre comme vous faites
Dans une douce oisiveté ?
songe,
Ces prétendus trésors, dont on fait vanité,
Valent moins que votre indolence :
Ils nous livrent sans cesse à des soins criminels ;
Par eux plus d’un remords nous ronge ;
Nous voulons les rendre éternels,
Sans songer qu’eux et nous passerons comme un
Il n’est, dans ce vaste univers,
Rien d’assuré, rien de solide ;
Des choses ici-bas la fortune décide
Selon ses caprices divers.
Tout l’effort de notre prudence
Ne peut nous dérober au moindre de tes coups.

(Madame Deshouliéres)

 

 

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Plaintes d’un Chrétien (Jean Racine)

Publié par arbrealettres le 31 août 2011



Plaintes d’un Chrétien

Mon Dieu ! quelle guerre cruelle !
Je trouve deux hommes en moi :
L’un veut que, plein d’amour pour toi,
Mon coeur te soit toujours fidèle ;
L’autre, à tes volontés rebelle,
Me révolte contre ta loi.

L’un, tout esprit et tout céleste,
Veut qu’au Ciel sans cesse attaché,
Et des biens éternels touché,
Je compte pour rien tout le reste ;
Et l’autre, par son poids funeste,
Me tient vers la terre penché.

Hélas ! en guerre avec moi-même,
Où pourrai-je trouver la paix ?
Je veux, et n’accomplis jamais,
Je veux, mais (ô misère extrême !)
Je ne fais pas le bien que j’aime
Et je fais le mal que je hais !

O Grâce, rayon salutaire !
Viens me mettre avec moi d’accord ;
Et, domptant par un doux effort
Cet homme, qui t’es si contraire,
Fais ton esclave volontaire
De cet esclave de la Mort.

(Jean Racine)

Illustration: William Blake

 

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A un Rossignol (François Maynard)

Publié par arbrealettres le 31 août 2011



A un Rossignol

Charmant rossignol dont la voix
Interrompt le profond silence
De ces rochers et de ces bois,
Où l’été perd sa violence :
Si la bergère que je sers
Revient jamais dans ces déserts,
Apprends à cette âme cruelle
Que l’eau qui coule entre ces fleurs
Est un petit reste de pleurs
Que j’ai versés pour l’amour d’elle.

(François Maynard)

 

 

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Dizain (Marguerite de Navarre)

Publié par arbrealettres le 31 août 2011



Dizain

j’aime une amie entièrement parfaite
Tant que j’en sens satisfait mon désir
Nature l’a, quant à la beauté, faite
Pour à tout oeil donner parfait plaisir ;
Grâce y a fait son chef-d’oeuvre à loisir,
Et les vertus y ont mis leur pouvoir,
Tant que l’ouïr , la hanter et la voir
Sont sûrs témoins de sa perfection :
Un mal y a, c’est qu’elle peut avoir
En corps parfait coeur sans affection.

(Marguerite de Navarre)

Illustration: Marie-Paule Deville-Chabrolle

 

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Le Mal (Pär Lagerkvist)

Publié par arbrealettres le 31 août 2011



Peut-être le Mal a-t-il une demeure éternelle,

Une aire lointaine, désolée, inaccessible

Où l’on aspire en vain à la rédemption,

Quelque chose d’impérissable comme la lumière même

(Pär Lagerkvist)

Illustration

découvert chez Lara – lien ici

 

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