Arbrealettres

Poésie

Archive pour août 2011

QUINCAILLERIE (Jean Follain)

Publié par arbrealettres le 25 août 2011



QUINCAILLERIE

Dans une quincaillerie de détail en province
des hommes vont choisir
des vis et des écrous
et leurs cheveux sont gris et leurs cheveux sont roux
ou roides ou rebelles.
La large boutique s’emplit d’un air bleuté
dans son odeur de fer
de jeunes femmes laissent fuir
leur parfum corporel.
Ilsuffit de toucher verrous et croix de grilles
qu’on vend là virginales
pour sentir le poids du monde inéluctable.

Ainsi la quincaillerie vogue vers l’éternel
et vend à satiété
les grands clous qui fulgurent.

(Jean Follain)

Illustration

 

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L’ENFANT CONDUIT AU CIRQUE (Jean Follain)

Publié par arbrealettres le 25 août 2011



L’ENFANT CONDUIT AU CIRQUE

A la voisine venue pour mener son enfant
au cirque dont roulaient les tambours
il ne faut pas disait la mère ardente
qu’il soit mis comme un va-nu-pieds
elle tendait donc les plis
du tablier noir
y grattant d’un ongle brisé
des larmes de boue.
Un soir de beauté descendait
qui s’épanouirait
la fin du cirque
en grande nuit glacée.

(Jean Follain)

Illustration: Jean Follain

 

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MORT DU FURET (Jean Follain)

Publié par arbrealettres le 25 août 2011



MORT DU FURET

Entré dans un terrier, il pénétra jusqu’au lapin hagard
suça son sang
s’en saoula, s’endormit;
la fumée des feux de brandes
allumés par les paysans chiches
qui parlent par monosyllabes
ne le réveilla pas
d’une mortelle torpeur.
Sur le chemin s’en revenaient ces petites filles
aux cours à nervures aussi nettes
que celles des feuilles du lilas.
Le lapin saigné demeura sans odeur
mais les furets dès qu’irrités
dégagent une morne puanteur
qui survit tristement après leur mort crépusculaire.

(Jean Follain)

 

 

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PAYSAGE DE L’ENFANT ALLANT CHEZ LES REGENTS (Jean Follain)

Publié par arbrealettres le 25 août 2011



PAYSAGE DE L’ENFANT ALLANT CHEZ LES REGENTS

Ce grand silence liquide
habitant les tonneaux,
ces minuscules insectes
s’essayant en vain à dévorer la peau des vierges,
les charrons buvant près du chardon bleu,
les frelons fabriquant leur miel blanc,
l’abeille distillant son miel blond,
les chaudrons fulgurants
que l’on frotte de cendre mouillée,
les bruits de fin d’orage,
l’âcre fumée
de la mauvaise herbe brûlée
en tas dans les jardins à buis
et le portrait d’un roi
au mur de la cuisine
et l’argile et le plâtre
dans les royaumes humides,
tout est Courrier d’une impossible aurore ;
voilà qu’elle est déjà tout en haut de la côte
la veuve
qui conduit par la main jusqu’au lointain collège
l’enfant à tignasse rouge.

(Jean Follain)

Illustration: Georges Paul François Laurent Laugée

 

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L’EPICIER (Jean Follain)

Publié par arbrealettres le 25 août 2011



L’EPICIER

L’épicier époux de l’épicière,
avec sa serpillière
et ses doigts de crabe laineux
vend des pois chiches
à la saison pluvieuse
et puis ces grains de riz des Carolines
dents d’Andalouse,
et puis la pipe en sucre rouge,
qui dans la ville où la bâtisse croît,
transfigure
l’enfant à capuchon du crépuscule.

(Jean Follain)

Illustration

 

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MUTILATION VOLONTAIRE (Jean Follain)

Publié par arbrealettres le 25 août 2011



MUTILATION VOLONTAIRE

Pour s’éviter de servir
aux armées de l’empereur,
un beau soir avec la hache,
le maître se mutila
de deux grands doigts de sa main ;
sa jeune et blonde épouse
pansa la plaie tendrement
et les pensées à coeur jaune
tremblèrent dans le parterre,
les deux chiens du maitre hurlèrent
quand on le porta au lit,
alors charbonnaient les lampes
entourées de papillons;
mais les femmes assemblées
sur la place du village
devant la rougeur des nuages
disaient que ce qu’elles voyaient
était le sang des soldats.

(Jean Follain)

Illustration

 

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Abandonnés aux vautours (Jean Follain)

Publié par arbrealettres le 25 août 2011



Abandonnés aux vautours
les cadavres de parsis
restent étendus
sur la Tour de Silence à Bombay
les femmes imposent à leurs ombres
des formes de guitare
entre les dalles l’herbe croit
dans l’angle sombre
quelqu’un attend
à la vaste lumière revoici les pierres blanches
le rayon de miel parfait.

(Jean Follain)

 

 

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Sur une place sans arbres (Jean Follain)

Publié par arbrealettres le 25 août 2011



sur une place sans arbres
fouettant par devoir
sa toupie de buis
un enfant reste bien réel
sans temps morts.

(Jean Follain)

Illustration

 

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Pourquoi tant de pouvoir (Guillevic)

Publié par arbrealettres le 25 août 2011

 

Pourquoi tant de pouvoir
Au rouge de ce toit?

(Guillevic)

 

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Il y a un arbre devant le ciel (Guillevic)

Publié par arbrealettres le 25 août 2011

 

Il y a un arbre
Devant le ciel.

C’est à qui des deux
Ne sera pas mangé.

(Guillevic)

 

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