Arbrealettres

Poésie

Archive pour août 2011

L’EMPAILLEUR D’OISEAUX (Jean Follain)

Publié par arbrealettres le 27 août 2011



L’EMPAILLEUR D’OISEAUX

L’empailleur s’était assis
devant les gorges roses
les ailes vertes ou mauves
de ses passereaux
rêvant à son amante
au corps si différent
parfois si près aussi
de celui des oiseaux
qu’il lui paraissait
très étrange
dans ses courbes et ses volumes
dans ses couleurs et ses parures
et dans ses ombres.

(Jean Follain)

Illustration: James LeGros

 

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AUX CHOSES LENTES (Jean Follain)

Publié par arbrealettres le 27 août 2011



AUX CHOSES LENTES

Blasons, prenons le temps de vous bien déchiffrer
prenons le temps de tout compter
et de lire l’écriture fine
que modela la belle inconnue
un jour qu’elle était pâle et nue.
Dans un monde touffu se mêlent
les frissons de la maladie
les armes de la médisance
le visage du laboureur
l’éclat de l’amour inconnu
et les yeux bleus du travailleur
celui au front couvert de signes
s’appuyant au bras de sa fille
portant le poids de sa beauté
traquée à l’abri du corset
femme au regard rejoignant
la douceur d’une feuille qui tremble.

(Jean Follain)

Illustration

 

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L’HISTOIRE (Jean Follain)

Publié par arbrealettres le 27 août 2011



L’HISTOIRE

Comme l’histoire au monde
par moments apparaît triste
le dîner lourd refroidit
le tribun ne revient pas
sa maîtresse suit ses rêves
plus tard
c’est l’arrachement
la fusillade étouffée
les cloches d’un grand congrès
sur lequel la nuit tombe
alors que dans les champs
de son enfance éternelle
le poète se promène
qui ne veut rien oublier.

(Jean Follain)

 

 

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LA PYRAMIDE (Jean Follain)

Publié par arbrealettres le 27 août 2011



LA PYRAMIDE

Rue Saint-Honoré, en hommage
les indigents élevèrent au roi Louis Seize
une pyramide de neige
et pour la voir il traversa la foule
où se cachaient des frappes et des goules
la nuit allait tomber
le soir tissait ses givres
une sombre beauté
apparaissait chez quelques filles soumises.
Le roi Louis marchant à l’échafaud
dans son habit blanc
gardait le souvenir des ombres d’un hiver.

(Jean Follain)

Illustration: Charles Benazech

 

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LE THEATRE DES TABLEAUX VIVANTS (Jean Follain)

Publié par arbrealettres le 27 août 2011



LE THEATRE DES TABLEAUX VIVANTS

Un homme s’arrêta voir les tableaux vivants
dans un théâtre aujourd’hui mort
ô mains, ô coeurs, ô veines fines
des femmes exposées en silence !
les dorures du plafond
les cariatides énormes
encadraient leurs chairs de mères ;
le décor était un faux printemps ;
pas un seul cri d’enfant
ne remuait l’assemblée
et dehors tous les toits s’étaient couverts de neige.

(Jean Follain)

Illustration

 

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PRES DE L’EAU (Jean Follain)

Publié par arbrealettres le 27 août 2011



PRES DE L’EAU

Avant que l’eau ne bouille tristement
elle tressaille en son étendue
dans le soir de couleur

et mains et vêtements
de celle qui la surveille
et timbre de sa voix

sont juste ceux des pauvres
tels qu’en image on les figure
dans les paysages de neige.

Derrière le papier de tenture
l’insecte pourtant meurt réfugié
la terre tourne et reverdit

dehors à la clarté dernière
on démolit de vieilles murailles
qu’entourent ronces et ciguës

de lourds chapelets de pierres tombent
des chevaux se cabrent et hennissent
pour peupler de bruits l’univers.

(Jean Follain)

 

 

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RUE VERTE (Jean Follain)

Publié par arbrealettres le 27 août 2011



RUE VERTE

Rue verte beaucoup qui te longeaient
se payaient de mots et d’espoirs :
jeunes ménages entrant dans la vie
la dame en chapeau à plumes
et l’homme en chapeau de soie
et moustaches de campagne
rentraient dans tes boyaux, rue verte
aux pissenlits touffus
aux chats massifs ;
d’immenses tartines d’enfants
sur qui le beurre fraîchissait
sur qui la confiture glaçait
étaient parfois pendant le jeu
posées sur une borne grise
jusqu’à l’oubli.

(Jean Follain)

Illustration

 

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LA FILLE CONTRE LE MUR (Jean Follain)

Publié par arbrealettres le 27 août 2011



LA FILLE CONTRE LE MUR

La fille regardait les reprises à ses bas
le bruit des métiers se perdait,
les roseaux se frôlaient ;
le teint mat et les genoux croisés
elle rassemblait ses os.
Ciel qui fut bleu à tuer tous les courages
ciel appris, ciel vivant,
le premier dépliement de ses doigts se fit
quand monta la faible musique de derrière le mur
pétri d’argile mêlée à la paille hachée ;
ce mur avait séché au temps des guerres
les soldats avaient alors posé la main sur lui,
l’un au large pouce l’autre à l’index long;
depuis le mur avait fleuri,
l’éclat d’un jupon blanc le rendait roide et merveilleux
sous un ciel qu’une cloche ébranla.

(Jean Follain)

Illustration: Leon Levinstein

 

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APERCEPTION DE LA MORT (Jean Follain)

Publié par arbrealettres le 27 août 2011



APERCEPTION DE LA MORT

Quand les maisons se penchent un peu
des filles aux fenêtres se montrent
tandis qu’au fond d’une pièce noire
luit le peu d’or d’une montre
suspendue au clou rouillé
et les vengeances au faubourg
font jaser ;
la marâtre arrive
et sourit tenant des lilas
chacun a fortement prédit
que bientôt enfin elle sera
prête pour la fosse commune.
Savates à la crasse cirée
vous serez sur le carreau rouge
dépossédées de ses pieds noirs,
prises de l’hirsute chiffonnier
ou jeu de quelque chat sauvage,
savates vous irez rejoindre
un amas de vieux étendards
tandis qu’elle ne sera plus là
cachant des lettres en son corsage
dans le quartier qu’an reconstruit
épiant les démolitions
dans le quartier qu’on reconstruit
et criant un pain sous son bras
à l’entour des mortiers fumants.

(Jean Follain)

Illustration: Salvadore Dali

 

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Cède au feu qui te désespère (Paul Eluard)

Publié par arbrealettres le 27 août 2011

A toutes brides toi dont le fantôme
Piaffe la nuit sur un violon
Viens régner dans les bois

Les verges de l’ouragan
Cherchent leur chemin par chez toi
Tu n’es pas de celles
Dont on invente les désirs

Tes soifs sont plus contradictoires
Que des noyées

Viens boire un baiser par ici
Cède au feu qui te désespère.

(Paul Eluard)

Illustration: Vladimir Kush

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