Arbrealettres

Poésie

Archive pour septembre 2011

Fleurs (Fernando Pessoa)

Publié par arbrealettres le 21 septembre 2011



Fleurs que je cueille, fleurs que je laisse,
Identique est votre destin.

Chemin que je fraie, tu t’achèves
Où je m’achèverai, je ne sais où.

Nous ne sommes rien qui vaille -
Et ce rien est moins que rien.

(Fernando Pessoa)

 

 

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Vis entouré de roses (Fernando Pessoa)

Publié par arbrealettres le 21 septembre 2011



Si tôt s’en va tout ce qui s’en va!
Si jeune meurt devant les dieux tout ce qui
Meurt! Tout est si peu!
Rien n’est savoir! Tout est fiction!
Vis entouré de roses, aime, bois
Et tais-toi. Le reste n’est rien.

(Fernando Pessoa)

Illustration

 

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Je ne veux point me souvenir ni me connaître (Fernando Pessoa)

Publié par arbrealettres le 20 septembre 2011



Je ne veux point me souvenir ni me connaître.
Nous sommes en trop quand nous voyons en qui nous sommes.
Ignorer que nous vivons
Remplit assez notre vie.

Tout autant que nous vivons, vit l’heure en laquelle
Nous vivons, et qui meurt, de la même façon,
Quand elle passe avec nous
Qui passons avec elle.

Si pour le savoir rien ne sert de le savoir
(Car sans pouvoir que nous vaut de connaître ?)
La meilleure des vies est celle
Qui dure sans que nous la mesurions.

(Fernando Pessoa)

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Les ondes empressées l’une après l’autre roulent (Fernando Pessoa)

Publié par arbrealettres le 20 septembre 2011



Les ondes empressées l’une après l’autre roulent,
Déroulent leur glauque remous, tout en
Crissant leur blanche écume
Sur le sable bistre des plages.

Les nuées alanguies l’une après l’autre entrouvrent
En déchirant leurs remous de rondeur
Et le soleil vient réchauffer l’espace
D’air ouvert par les nuées raréfiées.

Indifférente à moi, autant que moi à elle,
La nature de ce jour calme enlève
Peu à la notion que j’ai
Que le temps s’évanouit.

Seul un vague chagrin sans cohérence
S’arrête un instant au seuil de mon âme !
Et, m’ayant à peine fixé,
Il passe, souriant de rien.

(Fernando Pessoa)

Illustration: Georges Lacombe

 

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Couronnez-moi de roses (Fernando Pessoa)

Publié par arbrealettres le 20 septembre 2011



Couronnez-moi de roses.
En vérité couronnez-moi
De roses -
De roses qui s’éteignent
Sur un front s’éteignant
Si tôt!
Couronnez-moi de roses
Et de feuillages brefs.
C’est tout.

(Fernando Pessoa)

Illustration: Jules Scalbert

 

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La fleur que tu es je veux, non la fleur que tu me donnes (Fernando Pessoa)

Publié par arbrealettres le 20 septembre 2011



La fleur que tu es je veux, non la fleur que tu me donnes.
Pourquoi donc me refuser ce que je n’exige point ?
Tu auras tout le temps de refuser
Après que tu auras donné.
Fleur, sois cette fleur ! Si te cueille avaricieux
La main de l’omineuse sphinge, alors toi, ombre
Pérenne, absurde tu devras errer,
En quête de la fleur que tu as déniée.

(Fernando Pessoa)

Illustration

 

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Heureux, seul l’animal, par les verts pâturages (Fernando Pessoa)

Publié par arbrealettres le 20 septembre 2011



Tant de tristesse et d’amertume noie
Dans quel trouble cette étroite vie ! Tant
De mesquine infortune,
Suprême, nous opprime !
Heureux, seul l’animal, par les verts pâturages
Paissant, à lui-même anonyme, et entrant dans
La mort comme dans sa maison ;
Ou le sage qui, égaré
Dans la science, dresse sa futile vie austère
Au-delà de la nôtre, ainsi que la fumée
Lève des bras vite défaits
Vers un ciel inexistant.

(Fernando Pessoa)

Illustration: Claudia Pettis

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Rien, tes mains n’implorent rien (Fernando Pessoa)

Publié par arbrealettres le 20 septembre 2011



Rien, tes mains n’implorent rien, tes mains désormais choses ;
Tes lèvres désormais figées n’émeuvent rien,
Dans l’enlacement souterrain
De l’humide terre imposée.
Seul peut-être le sourire dont tu aimais
T’embaume, la lointaine, et au fond des mémoires
Telle que tu étais te dresse,
Aujourd’hui ruche putréfiée.
Et l’inutile nom dont feu ton corps
Usa, vivant, sur terre, à la façon d’une âme,
N’évoque plus rien. L’ode grave,
Anonyme, un sourire.

(Fernando Pessoa)

Illustration

 

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Avant nous à travers les mêmes arbres (Fernando Pessoa)

Publié par arbrealettres le 20 septembre 2011



Avant nous à travers les mêmes arbres
Le vent soufflait, quand il faisait du vent,
Et les feuilles ne bougeaient pas
D’une autre façon qu’aujourd’hui.

Nous passons, nous nous agitons, en pure perte.
Nous ne faisons pas plus de bruit dans tout ce qui existe
Que les feuilles des arbres
Et le souffle des vents.

Lors par délaissement assidu essayons
De confier tous nos efforts à la Nature
Et de ne pas vouloir vivre plus fort
Que ne vivent les arbres verts.

Inutiles, les grands airs que nous nous donnons.
À part nous-mêmes, rien de par le vaste monde
Ne salue notre grandeur, rien
N’est enclin à sur nous se régler.

Si sur ce rivage, ici, mes empreintes,
Sur le sable, la mer en trois vagues, trois, les efface,
Qu’en sera-t-il sur la haute plage
Où la mer est le Temps ?

(Fernando Pessoa)

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Serai-je dans ma mort (Jean-Louis Giovannoni)

Publié par arbrealettres le 20 septembre 2011

Serai-je dans ma mort
quand j’entendrai le nom
qu’autour de moi
les choses me donnaient

(Jean-Louis Giovannoni)

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