Arbrealettres

Poésie

Archive pour septembre 2011

Le coeur (Jacques Ancet)

Publié par arbrealettres le 20 septembre 2011

oiseaux-coeur

 

Tout ce qui revient dans la beauté:
la montagne, l’air et la clôture,
le cri du coq et cette blessure
infime de ne pas être là
mais à côté, juste. Et c’est alors
que tu passes et que tout se rassemble.
Le bleu du désespoir, le silence
font une boule où plus rien ne bouge.
Sauf peut-être, quelque part, le coeur.

(Jacques Ancet)

 

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Où t’es-tu caché (Jacques Ancet)

Publié par arbrealettres le 20 septembre 2011

vache

 

Où t’es-tu caché. Je te poursuis,
je traverse la boue des marais,
j’entre dans l’hésitation des bois,
je cherche. Le vent secoue les feuilles,
me rapporte une odeur de brûlé,
frotte mon visage de lumière.
Je n’y vois plus et c’est un pré vide
avec au centre une seule vache.
Elle cesse de brouter. C’est là.

(Jacques Ancet)

 

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La cour, les platanes (Jacques Ancet)

Publié par arbrealettres le 20 septembre 2011

platanes

 

Le bruit du ballon par la fenêtre.
La chaleur. Avec des voix qui tournent.
Que disent-elles? Le soleil autour.
Soudain la façade s’illumine
et je crois te voir briller. Il semble
que rien ne reste que cet éclat
où tout s’abîme. Très vite tu
es le centre vide des images.
Ensuite rien. La cour, les platanes.

(Jacques Ancet)

Illustration

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Tu me regardes (Jacques Ancet)

Publié par arbrealettres le 20 septembre 2011

oeil-de-dieu

 

Tu passes toujours et tu reviens.
D’autres t’ont donné un nom. Pourtant
tu n’en as aucun, tu les as tous.
Je dis cendrier, purée, pollen,
je dis visage, herbe, bol, silex.
Tu sors de l’un pour entrer dans l’autre.
Tu tisses des fils qu’on ne voit pas
mais qu’on sent partout. J’ouvre la porte,
je suis sur le seuil: tu me regardes.

(Jacques Ancet)

 

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Ca ne viendra pas, mais on guette (Jacques Ancet)

Publié par arbrealettres le 20 septembre 2011

ciel

 

Au matin, pourtant, tout ressemblerait au bonheur.
Si on savait ce qu’est le bonheur.
La lumière et la chaleur pourraient donner une idée
sans cette sorte d’ombre qui glisse entre objet et regard.
C’est peut-être pour ça qu’on est perdu.
Parce qu’on ne coïncide pas.
Ou si peu.
Et c’est ce peu qu’on cherche.
Entre deux gestes, deux mots,
au milieu de la foule,
dans une pièce vide.
Faute de mieux on dit: c’est un souffle, c’est de l’air.
Comme celui, léger, qui entre par la fenêtre entr’ouverte.
L’embrasure, oui, mais sans la beauté du mot.
Alors on guette.
Ca ne viendra pas,
mais on guette.

(Jacques Ancet)

 

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Pour aller dans l’intime des pierres (Jean-Louis Giovannoni)

Publié par arbrealettres le 20 septembre 2011

Pour aller dans l’intime des pierres
si c’était soi
qu’il fallait ouvrir

(Jean-Louis Giovannoni)

Illustration

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Lorsqu’est souveraine et haute la pensée (Fernando Pessoa)

Publié par arbrealettres le 19 septembre 2011



J’impose à mon esprit altier l’exigence assidue
De la hauteur, et au hasard je laisse,
Et, à ses lois, le vers;
Car, lorsqu’est souveraine et haute la pensée,
Soumise la phrase la cherche,
Et le rythme esclave la sert.

(Fernando Pessoa)

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C’est peut-être le dernier jour de ma vie (Fernando Pessoa)

Publié par arbrealettres le 19 septembre 2011



C’est peut-être le dernier jour de ma vie.
J’ai salué le soleil, en levant la main droite,
Mais je ne l’ai pas salué pour lui dire adieu,
J’ai fait que j’aimais bien le voir encore: rien d’autre.

(Fernando Pessoa)

 

 

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Je crois que sous peu je mourrai (Fernando Pessoa)

Publié par arbrealettres le 19 septembre 2011



Je crois que sous peu je mourrai.
Mais le sens de mourir ne m’émeut pas,
Je m’avise que mourir ne doit pas avoir de sens.
Ces mots de vivre et mourir sont des classifications comme celles des plantes.
Quelles feuilles ou quelles fleurs ont-elles une classification ?
Quelle vie contient la vie ou quelle mort la mort ?
Tout cela n’est que termes par quoi on définit.
Et une bonne définition est : je continue.

(Fernando Pessoa)

Illustration

 

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De loin je vois passer sur le fleuve un navire… (Fernando Pessoa)

Publié par arbrealettres le 19 septembre 2011



De loin je vois passer sur le fleuve un navire…
Il descend le Tage avec indifférence.
Mais ce n’est pas avec indifférence parce qu’il ne se soucie pas de moi
Et je n’exprime en cela aucune désolation.
C’est avec indifférence parce qu’il n’a aucun sens
Extérieur au fait de s’en aller navire en exil
En descendant le fleuve sans mouchoir de métaphysique,
En descendant le fleuve jusqu’à la réalité de la mer.

(Fernando Pessoa)

 

 

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