Arbrealettres

Poésie

Archive pour septembre 2011

Sara la baigneuse (Victor Hugo)

Publié par arbrealettres le 19 septembre 2011


Sara, belle d’indolence,
Se balance
Dans un hamac, au-dessus
Du bassin d’une fontaine
Toute pleine
D’eau puisée à l’Ilyssus ;

Et la frêle escarpolette
Se reflète
Dans le transparent miroir,
Avec la baigneuse blanche
Qui se penche,
Qui se penche pour se voir.

Chaque fois que la nacelle,
Qui chancelle,
Passe à fleur d’eau dans son vol,
On voit sur l’eau qui s’agite
Sortir vite
Son beau pied et son beau col.

Elle bat d’un pied timide
L’onde humide
Où tremble un mouvant tableau,
Fait rougir son pied d’albâtre,
Et, folâtre,
Rit de la fraîcheur de l’eau.

Reste ici caché : demeure!
Dans une heure,
D’un oeil ardent tu verras
Sortir du bain l’ingénue,
Toute nue,
Croisant ses mains sur ses bras.

Car c’est un astre qui brille
Qu’une fille
Qui sort d’un bain au flot clair,
Cherche s’il ne vient personne,
Et frissonne,
Toute mouillée au grand air.

Elle est là, sous la feuillée,
Eveillée
Au moindre bruit de malheur ;
Et rouge, pour une mouche
Qui la touche,
Comme une grenade en fleur.

On voit tout ce que dérobe
Voile ou robe ;
Dans ses yeux d’azur en feu,
Son regard que rien ne voile
Est l’étoile
Qui brille au fond d’un ciel bleu.

L’eau sur son corps qu’elle essuie
Roule en pluie,
Comme sur un peuplier ;
Comme si, gouttes à gouttes,
Tombaient toutes
Les perles de son collier.

Mais Sara la nonchalante
Est bien lente
A finir ses doux ébats ;
Toujours elle se balance
En silence,
Et va murmurant tout bas :

“Oh! si j’étais capitane,
“Ou sultane,
“Je prendrais des bains ambrés,
“Dans un bain de marbre jaune,
“Prés d’un trône,
“Entre deux griffons dorés!

“J’aurais le hamac de soie
“Qui se ploie
“Sous le corps prêt à pâmer ;
“J’aurais la molle ottomane
“Dont émane
“Un parfum qui fait aimer.

“Je pourrais folâtrer nue,
“Sous la nue,
“Dans le ruisseau du jardin,
“Sans craindre de voir dans l’ombre
“Du bois sombre
“Deux yeux s’allumer soudain.

“Il faudrait risquer sa tète
“Inquiète,
“Et tout braver pour me voir,
“Le sabre nu de l’heiduque,
“Et l’eunuque
“Aux dents blanches, au front noir!

“Puis, je pourrais, sans qu’on presse
“Ma paresse,
“Laisser avec mes habits
“Traîner sur les larges dalles
“Mes sandales
“De drap brodé de rubis.”

Ainsi se parle en princesse,
Et sans cesse
Se balance avec amour,
La jeune fille rieuse,
Oublieuse
Des promptes ailes du jour.

L’eau, du pied de la baigneuse
Peu soigneuse,
Rejaillit sur le gazon,
Sur sa chemise plissée,
Balancée
Aux branches d’un vert buisson.

Et cependant des campagnes
Ses compagnes
Prennent toutes le chemin.
Voici leur troupe frivole
Qui s’envole
En se tenant par la main.

Chacune, en chantant comme elle,
Passe, et mêle
Ce reproche à sa chanson :
- Oh! la paresseuse fille
Qui s’habille
Si tard un jour de moisson!

(Victor Hugo)

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Elle était déchaussée, elle était décoiffée… (Victor Hugo)

Publié par arbrealettres le 19 septembre 2011


Elle était déchaussée, elle était décoiffée,
Assise, les pieds nus, parmi les joncs penchants;
Moi qui passais par là, je crus voir une fée,
Et je lui dis : Veux-tu t’en venir dans les champs?

Elle me regarda de ce regard suprême
Qui reste à la beauté quand nous en triomphons,
Et je lui dis : Veux-tu, c’est le mois où l’on aime,
Veux-tu nous en aller sous les arbres profonds?

Elle essuya ses pieds à l’herbe de la rive;
Elle me regarda pour la seconde fois,
Et la belle folâtre alors devint pensive.
Oh! comme les oiseaux chantaient au fond des bois!

Comme l’eau caressait doucement le rivage!
Je vis venir à moi, dans les grands roseaux verts,
La belle fille heureuse, effarée et sauvage,
Ses cheveux dans ses yeux, et riant au travers.

(Victor Hugo)

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Tu me regardais (Victor Hugo)

Publié par arbrealettres le 19 septembre 2011


Mon bras pressait la taille frêle
Et souple comme le roseau;
Ton sein palpitait comme l’aile
D’un jeune oiseau.

Longtemps muets, nous contemplâmes
Le ciel où s’éteignait le jour.
Que se passait-il dans nos âmes?
Amour! amour!

Comme un ange qui se dévoile,
Tu me regardais, dans ma nuit,
Avec ton beau regard d’étoile,
Qui m’éblouit.

(Victor Hugo)

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Si mes vers avaient des ailes (Victor Hugo)

Publié par arbrealettres le 19 septembre 2011


Mes vers fuiraient, doux et frêles,
Vers votre jardin si beau,
Si mes vers avaient des ailes,
Des ailes comme l’oiseau.

Il voleraient, étincelles,
Vers votre foyer qui rit,
Si mes vers avaient des ailes,
Des ailes comme l’esprit.

Près de vous, purs et fidèles,
Ils accourraient nuit et jour,
Si mes vers avaient des ailes,
Des ailes comme l’amour.

(Victor Hugo)

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Elle a rejoint le choeur des autres astres (Alexandre Blok)

Publié par arbrealettres le 19 septembre 2011


Elle a grandi par-delà les montagnes,
Née dans la solitude des vallées.
Aucun de nous n’a pu jeter sur elle
Un regard de désir. Elle était seule.
L’astre immortel regardait chaque jour
Resplendir son aurore pure.
Elle montait vers lui comme une fleur,
Gardait en elle une trace secrète.
Dans le désir et l’angoisse elle est morte;
Aucun de nous n’a contemplé sa cendre…
Elle a fleuri soudain parmi l’azur,
Triomphante, dans un ailleurs, sur d’autres cimes.
Elle vit maintenant parmi la neige.
Insensés! Qui de vous as visité son temple?
Elle a fleuri par-delà les montagnes,
Elle a rejoint le choeur des autres astres.

(Alexandre Blok)

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Parmi les hautes branches d’épaisses frondaisons (Fernando Pessoa)

Publié par arbrealettres le 19 septembre 2011


Parmi les hautes branches d’épaisses frondaisons
Le vent suscite, froide et haute, une rumeur,
Dans cette forêt, dedans ce bruit je me perds
Et je médite solitaire.
Dans ce monde, ainsi, bien plus haut que mes sensations,
Un vent suscite la vie, et la laisse, et la prend,
Et plus rien n’a de sens – pas même l’âme
En qui solitaire je pense.

(Fernando Pessoa)

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Les bulles de savon (Fernando Pessoa)

Publié par arbrealettres le 19 septembre 2011


Les bulles de savon que cet enfant
S’amuse à tirer d’une paille
Sont translucidement toute une philosophie
Claires, inutiles, et passagères comme la Nature.
Amies des yeux comme les choses,
Elles sont ce qu’elles sont
Selon une précision bien rondelette et aérienne,
Et personne, pas même l’enfant qui les abandonne,
Ne prétend qu’elles sont plus que ce qu’elles semblent être.

Quelques unes se voient à peine dans l’air lucide…
Elles sont comme la brise qui passe et touche à peine les fleurs
Et dont nous savons qu’elle passe pour la seule raison
Que quelque chose en nous se fait plus léger
Et accepte tout avec plus de netteté.

(Fernando Pessoa)

Illustration

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Que vouloir de plus? (Fernando Pessoa)

Publié par arbrealettres le 19 septembre 2011


Les dieux, et les Messies qui sont des dieux,
Passent, et les songes vains qui sont d’autres Messies.
Muette la terre perdure.
Ni dieux, ni Messies, ni idées ne me prodiguent
Des roses. Miennes, ces roses, si je les tiens.
Et si je les tiens, que vouloir de plus?

(Fernando Pessoa)

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Amour sur amour, livre sur livre (Fernando Pessoa)

Publié par arbrealettres le 19 septembre 2011


Ce que nous percevons, non ce qui est perçu,
Voilà notre seul bien. En sa clarté, l’hiver
Astreint. Comme le sort accueillons-le.
Vienne l’hiver sur terre, et non point sur l’esprit.
Lors, amour sur amour, livre sur livre, aimons
Ce foyer bref qui est le nôtre.

(Fernando Pessoa)

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Au monde, seul avec moi-même (Fernando Pessoa)

Publié par arbrealettres le 19 septembre 2011


Au monde, seul avec moi-même, m’ont laissé
Les dieux qui disposent.
Je ne puis rien contre eux, et ce qu’ils m’ont donné,
Je l’accepte et ne demande plus rien.
Ainsi le blé s’incline sous le vent, qui se dresse
Dès lors que le vent cesse.

(Fernando Pessoa)

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