Archive pour septembre 2011
Publié par arbrealettres le 19 septembre 2011
Aimons-nous tranquillement, en pensant que nous pourrions,
Si nous le voulions, échanger baisers, étreintes et caresses,
Mais qu’il vaut mieux rester assis l’un près de l’autre
A écouter le cours du fleuve et à le voir.
Cueillons des fleurs, et toi prends-les puis garde-les
Entre tes bras, que le parfum rende ce moment doux -
Ce moment-ci où en toute quiétude nous ne croyons en rien,
Païens innocents de la décadence.
Au moins, si avant toi je suis une ombre, lors tu te souviendras de moi
Sans que mon souvenir te brûle ou te blesse ou t’émeuve,
Pour ce que nous n’avons jamais uni nos mains, ni joint nos lèvres,
N’ayant jamais été que des enfants.
Que si me devançant tu apportes l’obole au passeur ténébreux,
A nulle douleur ton souvenir ne me vouera. Douce,
Tu seras douce en ma mémoire, évoquée ainsi – au bord du fleuve,
Païenne triste et des fleurs sur le sein.
(Fernando Pessoa)
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Publié par arbrealettres le 19 septembre 2011
Ténue, comme oubliée d’Eole,
La brise matinale câline les champs
Et le soleil commence à poindre.
N’allons pas désirer en cette heure, Lydia,
Plus de soleil que l’heure, ni plus de forte brise
Que celle-là, légère, qui existe.
(Fernando Pessoa)
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Publié par arbrealettres le 19 septembre 2011
Qui dit au jour: Perdure! à la ténèbre: Cesse!
Ne dit pas à lui-même: Ne dis rien!
Sentinelles absurdes, nous veillons, ignorant
Tous des assaillants. Les uns en plein froid,
Les autres dans la douceur de l’air, tous sont fidèles
Au poste et à leur ignorance.
(Fernando Pessoa)
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Publié par arbrealettres le 19 septembre 2011
Ah les pauvres fleurs dans les parterres des jardins ordonnés.
On dirait qu’elles ont peur de la police…
Mais si vraies qu’elles fleurissent de la même façon
Et ont le même coloris ancien
Qu’elles eurent en liberté sous le premier regard du premier homme
Qui les vit déjà écloses et les effleura délicatement
Pour les voir avec les doigts également.
(Fernando Pessoa)
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Publié par arbrealettres le 19 septembre 2011
Inglorieuse est la vie, inglorieux la connaître.
Combien, s’ils pensent, ne se reconnaissent plus
Tels qu’ils s’étaient connus.
A toute heure pour nous change non l’heure seule
Mais ce que nous croyons à cette heure, et la vie
Passe entre vivre et être.
(Fernando Pessoa)
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Publié par arbrealettres le 18 septembre 2011
Là-bas, la blanche voile sombre, offerte
A quelque brise immatérielle,
Saura conduire notre vie-sommeil
Jusqu’aux lieux où les eaux se mêlent
Aux rives bordées d’arbres noirs,
Où les forêts inconnues s’accordent
Aux élans du lac vers plus d’être,
Afin de rendre le rêve complet.
Là-bas nous saurons bien nous cacher, disparaître,
Engloutis dans le vide liséré de la lune,
Ressentant que cela qui fait notre substance
En d’autres temps était musique.
(Fernando Pessoa)
Illustration
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Publié par arbrealettres le 18 septembre 2011

Qu’il serait bon d’être la poussière de la route
Et que les pieds des pauvres viennent me fouler…
Qu’il serait bon d’être les fleuves qui s’écoulent
Et que les lavandières viennent sur mes berges…
Qu’il serait bon d’être les peupliers sur la rive du fleuve
Et d’avoir le ciel seul en contre-haut et l’eau en contre-bas…
Qu’il serait bon d’être l’âne du meunier
Et qu’il me batte et me câline…
Plutôt cela que d’être celui qui traverse la vie
En regardant derrière lui et sujet au chagrin…
(Fernando Pessoa)
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Publié par arbrealettres le 18 septembre 2011
Si je pouvais croquer la terre entière
Et lui trouver du goût,
Et si la terre était une chose à croquer,
J’en serais plus heureux pour un moment…
Mais moi ce n’est pas toujours que je veux être heureux.
Il faut bien être de temps à autre malheureux
Afin de pouvoir être naturel…
Ce n’est pas tous les jours qu’il fait soleil,
Et la pluie, quand elle manque terriblement, on la demande.
C’est pourquoi je prends le malheur avec le bonheur
Naturellement, comme qui ne s’étonne point
Qu’il y ait montagnes et plaines
Ainsi qu’herbes et rochers…
Ce qu’il faut c’est être naturel et calme
Dans le bonheur comme dans le malheur,
Sentir comme l’on voit,
Penser comme l’on marche,
Et lorsqu’on va mourir, se rappeler que le jour meurt,
Et que le couchant est beau et belle la nuit qui se fait…
Et que si ainsi sont les choses, c’est que les choses sont ainsi.
(Fernando Pessoa)
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Publié par arbrealettres le 18 septembre 2011
Le nom
Je vous aime vous et votre nom séparément
personnes séparées
Je vous aime vous et votre nom pour
des raisons différentes
Je ferme les yeux et je suis avec votre
nom Je les ouvre et je vous trouve
Je ferme les yeux et
je suis avec vous je les ouvre et je trouve votre nom
Ah c’est
une longue histoire dont je ne puis raconter qu’un petit bout
Il était une fois votre nom et une route
Votre nom était tout seul sur la route Il savait que j’allais
passer par là et il m’attendait
C’est arrivé comme ça Je suis passée
Vraiment par hasard Nous nous sommes dit bonjour
Et sommes restés côte à côte Nous n’avons pas dit pour toujours
comme les amants d’autrefois mais nous avons écrit au fond de
la mer ou dans le repaire de l’arbre qui nous abrita jusqu’à
l’aube quelque chose d’autre
qui voulait dire la même
chose
Nous sommes partis nous perdant de vue Mais
inespérément un jour votre nom vient de nouveau
à ma rencontre Il me monte de nouveau aux lèvres
je savoure de nouveau toutes ses syllabes ses consonnes et
ses voyelles une à une je reconnais leurs sons
leurs contours
dans ma gorge dans ma peau dans mon sang
Puis
nous sommes partis chacun de notre côté sans plus nous voir
jusqu’au jour où de nouveau
à un autre virage du temps
votre nom
Là toujours vivants
les arêtes
le stylet des semi-voyelles
Et par-dessus le pic de la plus
escarpée de la plus seule
la petite goutte de sang jamais
coagulé avec laquelle au-delà de la mort tu m’assistes
adolescent tu me souris
et quelque peu impatient
tu m’attends
Toi
le véritable détenteur
du nom
***
O nome
Gosto de si e do seu nome separadamente
pessoas separadas
Gosto de si e do seu nome por
razôes diferentes
Fecho os olhos e estou corn o seu
nome Abro-os e encontro-o a si
Fecho os olhos e
estou consigo abro-os e encontro o seu nome
Ah é
uma historia comprida de que so posso contar um
bocadinho
Era uma vez o seu nome e uma estrada
O seu nome estava sozinho na estrada Sabia que eu
ia passar por ele e esperava-me
Assim foi passei
Tâo por acaso Dissemos bom dia um ao outro
E ficâmos lado a lado Nâo dissemos para sempre como
os amantes de antigamente mas escrevemos no fundo
do mar ou na toca da ârvore que nos deu abrigo até de
madrugada qualquer coisa outra
que queria dizer
a mesma coisa
Partimos e perdemo-nos de vista Mas
inesperadamente um dia o seu nome vem de novo
ao meu encontro Sobe-me de novo aos lâbios
Saboreio-lhe de novo todas as sîlabas as consoantes e
as vogais uma por uma reconheço-lhes o som
os contornos
na garganta na pele no sangue
Depois
fomos à vida cada um à sua e deixàmos de nos ver
Até que um dia de novo
a outra esquina do tempo
o seu nome
Là estâo elas sempre vivas
as arestas
o estilete das semi-vogais
E por cima do pico da mais
ingreme da mais sô
a gotinha de sangue nunca
coagulada corn que para além da morte me assistes
adolescente me sorris
e um tanto impaciente
me esperas
Tu
o verdadeiro detentor
do nome
(Teresa Rita Lopes)
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Publié par arbrealettres le 18 septembre 2011
Comprendre m’est incompréhensible et je ne sais pas
Si je serai, n’étant rien, ce que je vais être.
(Fernando Pessoa)
Illustration: Gilbert Garcin
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