Archive pour septembre 2011
Publié par arbrealettres le 18 septembre 2011

C’est le printemps; la main
est une branche
couverte de mots et de bourgeons
elle ouvre le recueil
des papillons s’envolent.
la cascade descend
de page en page
le sonnet
de rocher en rocher
les rimes sont les traces du cercle.
le livre a deux ailes,
il lui arrive de voler
en haut le livre scintille.
les paysans, les outils, la maison,
l’âne
font clair de lune.
cette apparition de l’aube
cette disparition de l’aube
s’accompagnent d’échafaudages,
de mâts, de voiles, d’échelles de corde,
de marins
invisibles.
les courbes, les brisures des branches
indiquent que l’arbre est secoué
et qu’il tourne.
le poème est toujours un balcon
dans la forêt
sur la mer
— voire dans le ciel.
(Pierre Garnier)
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Publié par arbrealettres le 18 septembre 2011

Et à la lecture de mes vers puissent-ils penser
Que je suis une chose, une chose naturelle,
Par exemple, l’arbre ancien
À l’ombre duquel encore enfants
Ils s’asseyaient dans un grand bruit, fatigués de jouer,
Pour y essuyer la sueur de leur front brûlant
Sur la manche de leur tablier à rayures.
(Fernando Pessoa)
Illustration
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Publié par arbrealettres le 18 septembre 2011
A la tombée de la nuit nous jouons aux osselets
Sur le seuil de la porte d’entrée.
Graves comme il sied à un dieu et à un poète,
Et comme si chaque osselet
Etait tout un univers
Et que pour cela ce soit un grand danger pour lui
Que de le laisser tomber par terre.
(Fernando Pessoa)
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Publié par arbrealettres le 18 septembre 2011

Quand viendra le printemps,
Si je suis déjà mort,
Les fleurs fleuriront de la même manière
Et les arbres n’en seront pas moins verts qu’au printemps dernier.
La réalité n’a pas besoin de moi.
Je sens une joie énorme
A la pensée que ma mort n’a aucune importance.
(Fernando Pessoa)
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Publié par arbrealettres le 18 septembre 2011
Il ne suffit pas d’ouvrir la fenêtre
Pour voir les champs et la rivière.
Il n’est pas suffisant de ne pas être aveugle
Pour voir les arbres et les fleurs.
Il faut n’avoir aucune philosophie.
Quand il y a philosophie, il n’y a pas d’arbres: il y a des idées sans plus.
Il n’y a que chacun de nous, à la manière d’une cave.
Il n’y a qu’une fenêtre fermée, avec le monde entier au-dehors;
Ainsi qu’un rêve de ce qui pourrait être vu si la fenêtre s’ouvrait,
et qui n’est jamais ce qui est vu lorsque s’ouvre la fenêtre.
(Fernando Pessoa)
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Publié par arbrealettres le 18 septembre 2011
Tous les jours à présent je me réveille
empli de joie et de peine.
Autrefois je me réveillais sans aucune sensation;
je me réveillais.
Je suis empli de joie et de peine
parce que je perds ce que je rêve
Et que je peux être dans la réalité
où se trouve ce que je rêve.
Je ne sais pas ce que je dois faire de mes sensations.
Je ne sais pas ce que je dois être tout seul
avec moi-même.
Je veux qu’elle me dise quelque chose
pour me réveiller à nouveau.
(Fernando Pessoa)
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Publié par arbrealettres le 18 septembre 2011
J’ai passé la nuit entière,
sans dormir,
à voir, privée d’espace,
son apparence.
(Fernando Pessoa)
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Publié par arbrealettres le 18 septembre 2011
Si je savais que demain je vais mourir
Et que le printemps est pour après-demain,
Je mourrais content, de ce qu’il soit pour après-demain.
Si tel est son temps, quand devrait-il venir sinon en son temps?
J’aime que tout soit réel et que tout soit exact;
Et j’aime ça parce qu’il en serait ainsi, même si je n’aimais pas ça.
C’est pourquoi, si je meurs à présent, je meurs content,
Parce que tout est réel, parce que tout est exact.
Vous pouvez prier en latin sur mon cercueil si ça vous chante.
Si ça vous chante, vous pouvez danser et chanter tout autour.
Je n’ai pas de préférences pour le moment
où je ne pourrai plus avoir de préférences.
Ce qui sera, quand ce sera, voilà dès lors ce qui est.
(Fernando Pessoa)
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Publié par arbrealettres le 18 septembre 2011
Déjà sur mon front vain une cendre grisaille
Les cheveux du jeune homme, hélas, que j’ai perdu.
Mes yeux brillent d’un moindre éclat.
Déjà de tout baiser mes lèvres sont forcloses.
Si encore tu m’aimes, d’amour ne m’aime pas:
Tu me trahirais avec moi.
(Fernando Pessoa)
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Publié par arbrealettres le 17 septembre 2011
La diligence est passée sur la route, puis s’en est allée;
Et la route n’en est pas restée plus belle,
ni même plus laide.
Il en est ainsi de l’action humaine
tout autour du monde.
Nous n’enlevons rien,
nous n’ajoutons rien;
nous passons et l’on nous oublie;
Et le soleil est toujours ponctuel chaque jour.
(Fernando Pessoa)
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