Archive pour septembre 2011
Publié par arbrealettres le 17 septembre 2011
“Holà, gardeur de troupeaux,
Là-bas au bord de la route,
Que te dit le vent qui passe?”
“Qu’il est vent, et qu’il passe,
Et qu’il passait déjà auparavant,
Et qu’il passera encore après,
Et à toi que dit-il?”
“Bien plus de choses que cela…
Il me parle de bien d’autres choses…
De mémoires, de ressouvenances
Et de choses qui jamais ne furent.”
“Tu n’as jamais écouté le vent passer.
Le vent ne parle que du vent.
Ce que tu en as écouté fut un mensonge,
Et le mensonge en toi se tient.”
(Fernando Pessoa)
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Publié par arbrealettres le 17 septembre 2011
Je suis un gardeur de troupeaux.
Le troupeau, ce sont mes pensées
Et mes pensées sont toutes sensations.
Je pense avec les yeux et avec les oreilles
Et avec les mains et les pieds
Et avec le nez et la bouche.
Penser une fleur c’est la voir et la respirer
Et manger un fruit c’est en savoir le sens.
C’est pourquoi lorsque par un jour de chaleur
Je me sens triste d’en jouir à ce point,
Et que je m’étends de tout mon long dans l’herbe,
Et que je ferme mes yeux brûlants,
Je sens mon corps entier étendu dans la réalité,
Je connais la vérité et suis heureux.
(Fernando Pessoa)
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Publié par arbrealettres le 17 septembre 2011
Navire en partance vers les lointains,
Pourquoi donc, au contraire des autres,
Est-ce que je ne ressens, une fois que tu as disparu,
aucun manque de toi?
C’est que, dès lors que je ne vois plus,
tu as cessé d’exister.
Et si l’on ressent le manque de ce qui n’existe pas,
Je l’éprouve relativement à rien;
Ce n’est pas du navire, c’est de nous,
que nous sentons le manque.
(Fernando Pessoa)
Illustration: Vladimir Kush
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Publié par arbrealettres le 17 septembre 2011

Une fois j’ai aimé, j’ai cru qu’on m’aimerait,
Mais on ne m’a pas aimé.
Je ne fus pas aimé pour cette unique bonne raison :
Cela ne devait pas être.
Je me suis consolé en retournant sous le soleil et sous la pluie,
Et en m’asseyant à nouveau sur le pas de la porte.
(Fernando Pessoa)
Illustration: Hippolyte Flandrin
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Publié par arbrealettres le 17 septembre 2011

Sous ces arbres-ci ou ces arbres-là
Conduisez la danse.
Conduisez la danse, nymphes ingénues,
Jusqu’au plaisir ample
Que vous prenez à la vie. Conduisez la danse,
Soyez quasi femmes
Par votre plaisir déversé en rythmes,
En solennels rythmes
Rentrant malicieux à la terre antique
Devant notre pauvre
Vie qui ne sait pas sous ces mêmes arbres
Conduire la danse…
(Fernando Pessoa)
Illustration: Marcel Mangin
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Publié par arbrealettres le 17 septembre 2011

Non pas comme devant jouvencelle ou dame vivant
Avec cette chaleur dans leur beauté humaine
Nous devons jeter nos regards
À la beauté immortelle.
Éloignée pour l’éternité, elle se montre,
Et calme, afin d’être adorée des êtres calmes.
C’est là sa seule façon d’être
Immortelle comme les dieux.
Que jamais la joie passagère
passagère
Ni la passion qui recherche parce qu’elle exige
Ne jettent par nos yeux
Regard sur la beauté.
Comme qui voit un Dieu et jamais n’ose
L’aimer plus fort que ce qu’il faut aimer un Dieu,
Devant la beauté
Faisons-nous sobres.
Pour rien d’autre les dieux ne la soumettent
A notre fièvre humaine et vaine de la vie,
Ainsi contemplons-la
Dans la lumière du délaissement.
Et puis de tout extrayons la beauté
En tant que présence humaine et voilée
Et sourire lointain
De qui à la vie assiste.
En ce jour-ci où la campagne est d’Apollon
La verte colonie dominée par les ors,
Telle une Dame au fond de nous
Soit notre sensation de la vie.
(Fernando Pessoa)
Illustration: Theodore Chassériau
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Publié par arbrealettres le 17 septembre 2011

Un vers est à l’image
D’une longue prison.
L’été dans la campagne :
Au soleil souffre plus
L’âtre abandonné.
Ou alors c’est l’hiver, au loin
Les sommets enneigés :
Tous assemblés autour du feu
Des contes dont on se souvient.
Lors un vers me rend libre.
Voilà pourquoi les dieux
Plus de plaisirs accordent
Que ceux-ci, quand ils nous
Accordent de vouloir
Un je ne sais quoi d’imprévu.
(Fernando Pessoa)
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Publié par arbrealettres le 17 septembre 2011

Nous sommes pour moitié ce que nous sommes, et
Pour moitié ce que nous pensons. Dans le torrent
Une moitié parvient
à la rive, l’autre se noie.
(Fernando Pessoa)
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Publié par arbrealettres le 16 septembre 2011

PURIFIEZ
PURIFIEZ ma peine,
Pleurante pluie,
Nuages qui vous envolez
Au loin sur des pays où nul ne sait
Du coeur de qui coulent les larmes du monde.
Purifiez
Ma peine, étincelants rayons
De la lumière du soleil qui voyage à jamais au loin
D’ici et maintenant, où je repose.
Purifiez
La peine du coeur dans la poussière, dans la tombe
Et tracez le sillon où le blé est semé,
Fin et commencement.
Purificatrice je pleure
De tout le souffle des vivants,
Tout haut comme le désespoir, ou tout bas
Comme un soupir, voix
De l’air, des vents
Qui résonnent à jamais dans l’harmonie des étoiles.
***
PURIFY
PURIFY my sorrow,
Weeping rain,
Clouds that blow
Away over countries where none know
From whose heart world’s tears flow.
Purify
My sorrow, bright beams
Of the sun’s light that travels for ever away
From here and now, where I lie.
Purify
Heart’s sorrow in the dust, in the grave
And furrow where the corn is sown,
End and beginning.
Purifier I cry
With the breath of the living,
Loud as despair, or low
As a sigh, voice
Of the air, of the winds
That sound for ever in the harmony of the stars.
(Kathleen Raine)
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Publié par arbrealettres le 16 septembre 2011

Si loin de la joie —
Heureuse cependant, car moi
Qui suis moi-même l’ombre
Sous mes yeux
Dois enfin mourir.
***
How far from joy—
Yet glad, because I
Myself who am the shadow
Before my eye
Must at last die.
(Kathleen Raine)
Illustration
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