Arbrealettres

Poésie

Archive pour octobre 2011

Mourir peut-être ne sera que cela (José Àngel Valente)

Publié par arbrealettres le 31 octobre 2011



Mourir peut-être ne sera que cela

tourner doucement, corps

le profil de ton visage dans les miroirs

du côté le plus pur de l’ombre

(José Àngel Valente)

Illustration

 

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LENTES LES LUNES (José Àngel Valente)

Publié par arbrealettres le 31 octobre 2011



LENTES LES LUNES suivent les lunes,
comme à la lumière cède la lumière,
et aux jours les jours,
la paupière tenace au même rêve.

Vivre est facile.

Difficile survivre à ce qu’on a vécu.

(José Àngel Valente)

 

 

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À PRÉSENT tu n’as plus, mon coeur, ce vol (José Àngel Valente)

Publié par arbrealettres le 31 octobre 2011



À PRÉSENT tu n’as plus, mon coeur, ce vol
qui t’emportait vers les plus hautes cimes.

Tu bats, rampant, parmi les feuilles sèches
du jaune automne.

Et jusqu’à quand dans ta secrète larve ?

Renaîtras-tu dans le matin
pour respirer le froid de l’air
où il y a un oiseau ?
L’entends-tu ?

Il chante tout en haut, sur les cimes
comme toi, comme alors.

Tu n’es qu’un battement réfugié dans l’obscur.

À cet oiseau que tu as été tu dédies ce chant.

***

AHORA no tienes, corazôn, el vuelo
que te llevaba a las màs altas cumbres.

Lates, reptante, entre las hojas secas
del amarillo otono.

Y hasta cuàndo en la secreta larva de ti ?

Volveràs a nacer en la maniana,
a respirar la frialdad del aire
donde hay un pàjaro ?
Lo oyes ?

Canta arriba, en las cimas,
como tù, como entonces.

Tù eres solo latir cobijado en lo oscuro.

Al pàjaro que fuiste dedicas este canto.

(José Àngel Valente)

 

 

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Le temps passe et ne laisse rien (José Àngel Valente)

Publié par arbrealettres le 31 octobre 2011



Le temps passe et ne laisse rien.
Il emporte, il entraîne beaucoup de choses avec lui.

Le vide, il laisse le vide.
Se laisser vider par le temps
comme les petits crustacés et les mollusques
se laissent vider par la mer.

Le temps est comme la mer.
Il nous use jusqu’à être transparents.
Il nous donne la transparence
pour que le monde puisse se voir à travers nous
ou puisse s’entendre

comme nous entendons la sempiternelle rumeur de la mer
dans le creux d’un coquillage.

(José Àngel Valente)

Illustration

 

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ET TA SOEUR (Jacques Prévert)

Publié par arbrealettres le 31 octobre 2011



ET TA SOEUR

C’est la beauté,
dit la détresse,

la volupté,
dit la douleur,

la cruauté,
dit la tendresse,

l’indifférence,
dit le désespoir,

la mort,
dit le malheur.

Ma soeur
c’est l’amour,
dit l’heur
le bon heur.

(Jacques Prévert)

Illustration: James Tissot

 

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J’ai tressé l’obscure guirlandes des lettres (José Àngel Valente)

Publié par arbrealettres le 31 octobre 2011



J’ai tressé l’obscure
guirlandes des lettres
j’ai fait une porte
pour pouvoir fermer et ouvrir
comme pupille ou paupières, les mondes

(José Àngel Valente)

Illustration

 

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Seule une étoile, tout là-haut (Jacques Rabemananjara)

Publié par arbrealettres le 31 octobre 2011



De son museau mobile et rose
et l’oeil pétillant de mystère
La petite souris renifle
l’odeur de cadavre du temps
qui glisse
dans l’insatiable caveau

Les barreaux noirs ont clos les paupières
de tous les astres du firmament.
Seule une étoile, tout là-haut, pétille
sémillante
comme une goutte de champagne et de sang frais
dans l’immense coupe invisible de la nuit :
une seule étoile !..

Prison civile Tananarive,
31 décembre 1947.

(Jacques Rabemananjara)

Illustration

 

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Le chaste aepyornis (Jacques Rabemananjara)

Publié par arbrealettres le 31 octobre 2011



Le chaste aepyornis picore dans l’anthère entr’ouverte des lys
s’en va courant la plume au vent pour l’ultime buvée
vers l’estuaire du ponant que surveillent pensifs
les gavials des eaux lointaines.

(Jacques Rabemananjara)

Illustration

 

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Ohé (Jacques Rabemananjara)

Publié par arbrealettres le 31 octobre 2011



Ohé pour le futur appel des conques d’or !
Ohé pour l’arabesque du printemps,
pour le portique du midi
et pour la paix du bel humus tout palpitant d’espoir
sous les rafales du couchant !

L’autre incantation affleure de dessous ta robe,
tes aisselles, tes ongles, tes paupières
lève de toute part
comme le blé précoce étoilé de rosée,
brouille l’air et la face immobile de l’onde et l’herbe de la plaine
et le roc des sommets
comme une brume verte d’incendie au-dessus de l’étang.

(Jacques Rabemananjara)

Illustration

 

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Non loin de Manamar (Jacques Rabemananjara)

Publié par arbrealettres le 31 octobre 2011



Non loin de Manamar, face aux échalas de l’aurore,
dans ce champ d’aloès où s’ébrouait jadis le phacochère de lunes mortes
un cocotier géant protège de son ombre embaumée aux ylangs
le bleu de mon enfance où se mêlait déjà la nuance de ton haleine.

(Jacques Rabemananjara)

Illustration

 

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