Arbrealettres

Poésie

Archive pour octobre 2011

Dans dix ans d’ici seulement (Alfred de Musset)

Publié par arbrealettres le 25 octobre 2011



Dans dix ans d’ici seulement,
Vous serez un peu moins cruelle.
C’est long, à parler franchement.
L’amour viendra probablement
Donner à l’horloge un coup d’aile.

Votre beauté nous ensorcelle,
Prenez-y garde cependant :
On apprend plus d’une nouvelle
En dix ans.

Quand ce temps viendra, d’un amant
Je serai le parfait modèle,
Trop bête pour être inconstant,
Et trop laid pour être infidèle.
Mais vous serez encor trop belle
Dans dix ans.

(Alfred de Musset)

Illustration

 

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Fut-il jamais douceur de coeur pareille (Alfred de Musset)

Publié par arbrealettres le 25 octobre 2011



Fut-il jamais douceur de coeur pareille

Fut-il jamais douceur de coeur pareille
À voir Manon dans mes bras sommeiller ?
Son front coquet parfume l’oreiller ;
Dans son beau sein j’entends son coeur qui veille.
Un songe passe, et s’en vient l’égayer.

Ainsi s’endort une fleur d’églantier,
Dans son calice enfermant une abeille.
Moi, je la berce ; un plus charmant métier
Fut-il jamais ?

Mais le jour vient, et l’Aurore vermeille
Effeuille au vent son bouquet printanier.
Le peigne en main et la perle à l’oreille,
À son miroir Manon court m’oublier.
Hélas ! l’amour sans lendemain ni veille
Fut-il jamais ?

(Alfred de Musset)

Illustration: Edouard Manet

 

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Aux Feuillantines (Victor Hugo)

Publié par arbrealettres le 25 octobre 2011



Aux Feuillantines

Mes deux frères et moi, nous étions tout enfants.
Notre mère disait: jouez, mais je défends
Qu’on marche dans les fleurs et qu’on monte aux échelles.

Abel était l’aîné, j’étais le plus petit.
Nous mangions notre pain de si bon appétit,
Que les femmes riaient quand nous passions près d’elles.

Nous montions pour jouer au grenier du couvent.
Et là, tout en jouant, nous regardions souvent
Sur le haut d’une armoire un livre inaccessible.

Nous grimpâmes un jour jusqu’à ce livre noir ;
Je ne sais pas comment nous fimes pour l’avoir,
Mais je me souviens bien que c’était une Bible.

Ce vieux livre sentait une odeur d’encensoir.
Nous allâmes ravis dans un coin nous asseoir.
Des estampes partout ! quel bonheur ! quel délire!

Nous l’ouvrîmes alors tout grand sur nos genoux,
Et dès le premier mot il nous parut si doux
Qu’oubliant de jouer, nous nous mîmes à lire.

Nous lûmes tous les trois ainsi, tout le matin,
Joseph, Ruth et Booz, le bon Samaritain,
Et, toujours plus charmés, le soir nous le relûmes.

Tels des enfants, s’ils ont pris un oiseau des cieux,
S’appellent en riant et s’étonnent, joyeux,
De sentir dans leur main la douceur de ses plumes.

(Victor Hugo)

Illustration: Gustave Doré

 

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Tableau de Paris à cinq heures du matin (Marc-Antoine Désaugiers)

Publié par arbrealettres le 25 octobre 2011



Tableau de Paris à cinq heures du matin
(1802)

L’ombre s’évapore
Et déjà l’aurore
De ses rayons dore
Les toits alentours
Les lampes pâlissent,
Les maisons blanchissent
Les marchés s’emplissent :
On a vu le jour.

De la Villette
Dans sa charrette,
Suzon brouette
Ses fleurs sur le quai,
Et de Vincennes,
Gros-Pierre amène
Ses fruits que traîne
Un âne efflanqué.

Déjà l’épicière,
Déjà la fruitière,
Déjà l’écaillère
Sautent au bas du lit.

L’ouvrier travaille,
L’écrivain rimaille,
Le fainéant baille,
Et le savant lit.
J’entends Javotte,
Portant sa hotte,
Crier : Carotte,
Panais et chou-fleur !
Perçant et grêle,
Son cri se mêle
A la voix frêle
Du noir ramoneur.

L’huissier carillonne,
Attend, jure, sonne,
Resonne, et la bonne,
Qui l’entend trop bien,
Maudissant le traître,
Du lit de son maître
Prompte à disparaître,
Regagne le sien.

Gentille, accorte
Devant ma porte
Perrette apporte
Son lait encor chaud ;
Et la portière,
Sous la gouttière,
Pend la volière
De Dame Margot.

Le joueur avide,
La mine livide,
et la bourse vide,
Rentre en fulminant ;
Et sur son passage,
L’ivrogne, plus sage,
Rêvant son breuvage,
Ronfle en fredonnant.

Tout, chez Hortense,
Est en cadence ;
On chante, on danse,
Joue, et cætera…
Et sur la pierre
Un pauvre hère,
La nuit entière,
Souffrit et pleura.

Le malade sonne,
Afin qu’on lui donne
La drogue qu’ordonne
Son vieux médecin ;
Tandis que sa belle,
Que l’amour appelle,
Au plaisir fidèle,
Feint d’aller au bain.

Quand vers Cythère,
La solitaire,
Avec mystère,
Dirige ses pas,
La diligence
Part pour Mayence,
Bordeaux, Florence,
Ou les Pays-Bas.

« Adieu donc, mon père,
Adieu donc, mon frère,
Adieu donc, ma mère,
- Adieu, mes petits. »
Les chevaux hennissent,
Les fouets retentissent,
Les vitres frémissent :
Les voilà partis.

Dans chaque rue,
Plus parcourue,
La foule accrue
Grossit tout à coup :
Grands, valetaille,
Vieillards, marmaille,
Bourgeois, canaille,
Abondent partout.

Ah ! quelle cohue !
Ma tête est perdue,
Moulue et fendue,
Où donc me cacher !
Jamais mon oreille
N’eut frayeur pareille…
Tout Paris s’éveille…
Allons nous coucher.

(Marc-Antoine Désaugiers)

Illustration: Gustave Caillebotte

 

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Plaisir d’amour (Jean-Pierre Claris de Florian)

Publié par arbrealettres le 25 octobre 2011



Plaisir d’amour ne dure qu’un moment,
Chagrin d’amour dure toute la vie.

J’ai tout quitté pour l’ingrate Sylvie.
Elle me quitte et prend un autre amant.

Plaisir d’amour ne dure qu’un moment,
Chagrin d’amour dure toute la vie.

Tant que cette eau coulera doucement
Vers ce ruisseau qui borde la prairie,
Je t’aimerai, me répétait Sylvie,
L’eau coule encore, elle a changé pourtant.

Plaisir d’amour ne dure qu’un moment,
Chagrin d’amour dure toute la vie.

(Jean-Pierre Claris de Florian)

 

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Il dort (Henri Bosco)

Publié par arbrealettres le 24 octobre 2011



Il dort,
son âme dans ses bras,
Tous deux
ne font qu’un même rêve.

(Henri Bosco)

Illustration: Giuseppe Antonio Petrini

 

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J’ai enfermé cette âme (Henri Bosco)

Publié par arbrealettres le 24 octobre 2011



J’ai enfermé
cette âme

dans un arbre.

On le croyait
mort
et il a fleuri.

(Henri Bosco)

 

 

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La Source (Henri Bosco)

Publié par arbrealettres le 24 octobre 2011



La Source monte
du fond de la terre.
Son eau
oserai-je la boire?

(Henri Bosco)

Illustration

 

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Offre une colombe au sommeil (Henri Bosco)

Publié par arbrealettres le 24 octobre 2011



Offre une colombe
au sommeil
pour qu’une colombe
entende tes songes.

(Henri Bosco)

Illustration: Philippe de Champaigne

 

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Un vieil homme couleur carton (Anne Tardy)

Publié par arbrealettres le 24 octobre 2011



Un vieil homme
couleur carton
attend.

(Anne Tardy)

Illustration

 

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