Arbrealettres

Poésie

Archive pour octobre 2011

LE PLONGEON (Ezra Pound)

Publié par arbrealettres le 23 octobre 2011



LE PLONGEON

J’aimerais plonger dans l’Inconnu!
Tous ces conforts m’écrasent, m’étouffent!
Je brûle, je bous de trouver du Nouveau!
Nouveaux amis, visages nouveaux,
Lieux nouveaux!
Oh être loin
Ici j’ai tout ce que je veux
— sauf du Nouveau.
Et toi,
Mon amour, très désirée, toujours plus désirée!
Tous les murs, les rues, les pierres me dégoûtent,
La boue, la brume, le brouillard,
Toute cette circulation!
J’aurais voulu me baigner de ta présence
Mais loin d’ici!
Dans l’herbe et les champs et les collines,
Au soleil,
Oh, surtout au soleil,
Loin d’ici, parmi
des étrangers!

(Ezra Pound)

Illustration: Josephine Wall

 

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SUB MARE (Ezra Pound)

Publié par arbrealettres le 23 octobre 2011



SUB MARE

Cela est et cela n’est pas,
Je suis assez sage pour le savoir,
Depuis ta venue, ce lieu me hante,
Bâti avec des roses d’automne,
Aux couleurs dorées, changeantes.

Et il faut aller à tâtons parmi ces choses
Que des algues délicates submergent
Sous les pâles houles vertes des abysses,
Parmi ces choses plus anciennes que leurs noms,
Ces choses familières aux dieux.

(Ezra Pound)

Illustration: Josephine Wall

 

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L’AIGUILLE (Ezra Pound)

Publié par arbrealettres le 23 octobre 2011



L’AIGUILLE

Viens, ou la marée stellaire s’évanouira.
A l’est, fuis l’heure de son déclin,
Dès maintenant, car l’aiguille tremble dans mon âme!

N’avons-nous pas eu notre bonne-heure ici?
N’avons-nous pas eu notre jour, le tien et le mien?
Viens dès maintenant, avant que le pouvoir
Qui nous a portés ne se détourne de nous.
Ne ris pas de l’influence des étoiles,
de la chose à être.
Mon amour, viens dès maintenant, cette terre
devient funeste.
Les vagues approchent avant de fuir à nouveau.

Le trésor est nôtre, emportons-le.
Vite, profitons des faveurs de la marée,
Perdurons
Sous quelque force neutre
Jusqu’à ce que notre route change.

(Ezra Pound)

Illustration

 

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APPARUIT (Ezra Pound)

Publié par arbrealettres le 22 octobre 2011



APPARUIT

Maison rose et or, je t’ai vue à travers le portail,
Merveille taillée dans l’indicible, un
Prodige. La vie, dans la lampe, a vacillé,
mourant éblouie.

Pourpres, gelées de rosée, les roses se sont couchées
Tandis qu’au loin, dans le soleil ensorceleur,
Tu buvais l’air, la terre, la vie : l’étoffe
dorée de tes murs.

Les chemins verts, la brise des champs sont tiens
Et la terre ouverte – pourtant tu as osé
Te tenir là et l’éther redouté de tous
a fui devant toi.

Vive et courageuse dans ta coquille d’or,
Larguant le manteau de ton corps, tu as
Dénudé ta fenêtre et la lumière stupéfaite
a fui devant toi.

L’épaule à moitié gravée, la gorge foudroyée
Par des zones de lumière entremêlées,
Frêle et belle albâtre, j’ai
fui devant toi!

Vêtue d’une trame d’or, délicatement parfaite,
Un vent! Un habit sorti de mains magiques!
Ô légère, ô habile, as-tu vraiment
assumé tout cela?

(Ezra Pound)

Illustration: Sandro Botticelli

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Δωρια (Ezra Pound)

Publié par arbrealettres le 22 octobre 2011



Δωρια

Sois en moi comme la plainte éternelle
du vent glacial, et non
Comme les choses éphémères,
éclats de fleurs.
Prends-moi dans la puissante solitude
des falaises sans soleil
Et des eaux sombres.
Que les dieux nous disent doucement
Dans l’autre monde,
Les fleurs d’Hadès dans leur ombre
Se souviennent de toi.

(Ezra Pound)

Illustration: Gaston Bussiere

 

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LE MANTEAU (Ezra Pound)

Publié par arbrealettres le 22 octobre 2011



LE MANTEAU

Garderas-tu ta peau de rose
Plus longtemps que ne durent les roses,
Penses-tu que la Mort ne viendra pas l’embrasser?
Penses-tu que la Noire Demeure
Te donnera un meilleur amant
Que moi? Ne vas-tu pas regretter la rose nouvelle?

Choisis mon manteau plutôt que celui
Qui cache la dernière de tes années,
Crois en mes yeux plutôt
Qu’en ceux du Temps.

(Ezra Pound)

Illustration: Lucien Lévy Dhurmer

 

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UNE FILLE (Ezra Pound)

Publié par arbrealettres le 22 octobre 2011


UNE FILLE

L’arbre a entaillé mes mains,
La sève a coulé dans mes bras,
L’arbre a poussé dans ma poitrine -
Et de moi
Sortent des branches, bras supplémentaires.

Tu es arbre,
Tu es mousse,
Tu es le vent sur les violettes.
Une enfant – si grande!
Et tout ceci est folie aux yeux des hommes.

(Ezra Pound)

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Dans ce lent flot de lumière (Ezra Pound)

Publié par arbrealettres le 22 octobre 2011



Dans ce lent flot de lumière et de profondeurs variées,
Non! il n’y a rien! Rien de rien et de tout.
Rien qui soit vraiment à toi.
Pourtant ce rien, c’est toi.

(Ezra Pound)

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AKR CAAR (Ezra Pound)

Publié par arbrealettres le 22 octobre 2011



AKR CAAR

« Je suis ton âme, Nikoptis. J’ai veillé
Cinq millénaires durant, mais tes yeux morts
Ne bougeaient pas, ne répondaient pas à mon appel,
Et tes membres légers, où je bondissais, flamme de vie,
Ne brûlent pas avec moi ni avec le safran.

Vois, l’herbe tendre avait fleuri pour soutenir
Ta tête et l’embrasser d’une myriade de langues;
C’est aussi ce que j’attendais de toi.
J’ai lu tout l’or du mur
Et usé ma pensée sur ses signes.
Et rien de nouveau n’a jamais surgi.

J’ai été bonne. Vois, j’ai laissé les jarres scellées,
Te lèveras-tu pour réclamer ton vin?
Et j’ai gardé intactes tes tuniques.

Oh ingrat! Comment oublier?
- La rivière, voici longtemps…
La rivière? Tu étais jeune alors.
Et trois âmes vinrent à ta rencontre…
Et je vins.
Et je coulai en toi, pour les défaire
Ah j’ai été ton intime, j’ai connu tes secrets.
N’ai-je pas touché tes paumes et tes doigts,
Coulé en eux et à travers toi jusqu’aux talons?
Comment? N’étais-je pas toi et Toi?

Et nul soleil ne vient me secourir
Et je suis déchiqueté par l’ombre,
Et nulle lumière ne bat contre moi et tu ne dis
Pas un mot, jour après jour.
Oh je pourrais m’enfuir, malgré les signes
Et leur art subtil sur la porte, m’enfuir
À travers les champs trop verts…

Non, tout est plus calme ici :
Je ne pars pas. »

(Ezra Pound)

 

 

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L’AUTEL (Ezra Pound)

Publié par arbrealettres le 22 octobre 2011



L’AUTEL

Édifions ici une amitié exquise,
La flamme, l’automne et la verte rose d’amour
Luttent ici jusqu’au bout : c’est le lieu de la métamorphose.
Là où ils ont été, se sont rencontrés, le sol est sacré.

(Ezra Pound)

 

 

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