Arbrealettres

Poésie

Archive pour octobre 2011

SUR SON PROPRE VISAGE DANS UN MIROIR (Ezra Pound)

Publié par arbrealettres le 21 octobre 2011



SUR SON PROPRE VISAGE DANS UN MIROIR

Ô visage étrange dans le miroir!
Ô compagnie ribaude, hôte saint,
Ô pauvre fou ravagé par le chagrin,
Quelle réponse? O toi myriade
Qui lutte, joue et passe,
Plaisante, défie, dément,
Moi? Moi? Moi?
Et toi?

(Ezra Pound)

 

 

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LITANIE DU SOIR (Ezra Pound)

Publié par arbrealettres le 21 octobre 2011



LITANIE DU SOIR

Ô dieu, purifiez nos coeurs !
Purifiez nos coeurs !
Oui, les vers que vous m’avez soufflés
En d’agréables lieux,
Et cette beauté, la Venise
Que vous m’avez dévoilée,
Jusqu’à ce que sa beauté soit à mes yeux
Sujet de larmes.

Ô Dieu, de quelle grande bonté
Avons-nous témoigné dans le passé
Puis avons oublié,
Pour mériter cette merveille,
O Dieu des eaux?

Ô Dieu de la nuit,
Quel grand chagrin
Que vous nous remboursiez
Avant qu’il ne revienne!

Ô Dieu du silence
Purifiez nos coeurs,
Purifiez nos coeurs,
Nous avons vu
La gloire de l’ombre
De l’image de votre servante,
Nous vient-il
Oui, la gloire de l’ombre
De votre beauté a marché
Sur l’ombre des eaux
Ici dans Venise.
Et devant la sainteté
De l’ombre de votre servante
J’ai voilé mes yeux,
Ô Dieu des eaux.

Ô Dieu du silence,
Purifiez nos coeurs
Purifiez nos coeurs,
Ô Dieu des eaux,
Purifiez nos coeurs,
Car j’ai vu
Cette ombre en Venise,
Flottant sur les eaux,
Et les étoiles

Ont vu cette chose, dans le lointain,
Elles ont vu cette chose,
Ô Dieu des eaux,
Comme les étoiles sont,
Dans le lointain, silencieuses,
De même mon coeur
En moi devient silencieux.

Purifiez nos coeurs
Ô Dieu du silence,
Purifiez nos coeurs
Ô Dieu des eaux.

(Ezra Pound)

Illustration

 

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Vois, je t’ai vue par tes rêves prise (Ezra Pound)

Publié par arbrealettres le 21 octobre 2011



Vois, je t’ai vue par tes rêves prise,
Vois, j’ai connu ton coeur et son désir;
La vie, toute la vie, ma mer et tous les fleuves
Des hommes s’unissent en elle comme les flammes d’un feu d’autel!
Vois! tu n’as pas fait le voyage! Il est mien le vaisseau.

(Ezra Pound)

Illustration: Anita Travadel

 

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LE CERF BLANC (Ezra Pound)

Publié par arbrealettres le 21 octobre 2011



LE CERF BLANC

Je les ai vus, dans les Nuages, sur la lande.
Vois! ils ne s’arrêtent ni pour aimer ni pour-pleurer, pourtant
Leurs yeux sont les yeux de la jeune fille à l’amant,
Quand le cerf blanc sort du bois
Quand le vent blanc sort de l’aurore.

Voici le Blanc Cerf, Renommée, nous te chassons,
Que les meutes du monde se rassemblent au son des trompes!

(Ezra Pound)

Illustration

 

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ELOGE D’ISEULT (Ezra Pound)

Publié par arbrealettres le 21 octobre 2011



ELOGE D’ISEULT

[...]
Mots blancs, flocons de neige qui seraient froids
Mots mousse, mots bouche, mots qui coulent lentement.

En vain ai-je tenté
D’apprendre à mon âme à s’incliner,
En vain ai-je plaidé :
« Âmes plus belles que la tienne existent. »

Car à l’aube de ma vie une femme s’est arrêtée
Comme un appel du clair de lune,
Comme la lune appelle les marées :
« Chante, un chant. »

Alors je l’ai chantée et de moi s’est éloignée
Comme la lune s’éloigne de la mer,
Mais sont arrivés les mots feuilles, petits mots magiques et bruns

Qui disent : « l’âme nous a créés »
« Un chant, un chant! »
En vain leur ai-je dit : « Je n’ai pas de chant
Car celle que j’ai chantée de moi s’est éloignée. »

Pourtant mon âme créa une femme, femme de légende
Femme semblable au feu sur les pinèdes;
Elle implora : « Chante, un chant! »
Comme la flamme implore la sève.
Elle enflamma mon chant, s’éloigna de moi
Comme la flamme quitte la braise, gagna des forêts nouvelles.
Et les mots en moi
Imploraient sans cesse : « Chante, un chant! »

Et je répétai : « Je n’ai pas de chant. »
Puis mon âme un jour créa une femme, soleil vivant,
Oui! soleil sur la semence
Printemps sur une branche,
Voici que vint la mère du chant,
Celle dont les yeux portent ces mots merveilleux,
Les mots, petits mots magiques
Qui sans cesse me supplient :
« Chante, un chant. »

En vain ai-je tenté mon âme
De t’apprendre â t’incliner;
Quelle âme peut s’incliner
Si le coeur est tout plein de Toi?

(Ezra Pound)

Illustration: John William Waterhouse

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VILLONAUDE POUR CE NOËL (Ezra Pound)

Publié par arbrealettres le 21 octobre 2011



VILLONAUDE POUR CE NOËL

Sur le Noël morte saison
(Hommage des bergers si précieux !)
Quand les loups gris qui vont errants
Se vivent de vents froids et laiteux,
Lapent la neige, leur guerredon,
Sur le Noël coeur reprenons,
(Buvons! jusqu’à la lie buvons!)
Mais où sont les fantômes d’antan?

À quels fantômes ai-je rêvé?
(Equipage fleurant bon des mages?)
Fantômes d’amours mortes, errants
Qui font trembler les vents poisants :
Craignent qu’amour au soleil foison
Revienne et tue les chères images,
(Alors je bois à ma façon!)
Mais où sont les fantômes d’antan?

Où sont mon coeur les joies conquises
(Saturne et Mars vers Jupiter!)

Où sont les lèvres sur miennes mises
Où sont regards jolis et clairs
Qui disent amants donnez le prix?
Je bois aux yeux, opales grises
(De qui sont-elles le parangon?)
Mais où sont les fantômes d’antan?

Prince, ne dites rien de mes faits,
De la joie qu’en Dieu trouverai,
Dites-moi où sont partis les vents,
Mais où sont les fantômes d’antan?

(Ezra Pound)

Illustration

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J’ai chanté les femmes dans trois cités (Ezra Pound)

Publié par arbrealettres le 21 octobre 2011




J’ai chanté les femmes dans trois cités
Mais elles ne font qu’un.
Je chante désormais le soleil,
… eh? … Elles avaient presque toutes les yeux gris,
Mais elles ne font qu’un, et chanterai le soleil.
[…}
J’ai chanté les femmes dans trois cités
Mais elles ne font qu’un.

Je chanterai les blancs oiseaux
Dans les eaux bleues des cieux,
La mer sous l’écume des nuages.

(Ezra Pound)

Illustration

 

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LA FRAISNE (Ezra Pound)

Publié par arbrealettres le 21 octobre 2011



LA FRAISNE

[...]
Car ma fiancée
Est cette mare dans le bois,
Et s’ils disent tous que je suis fou,
Je suis heureux, c’est tout,
Très heureux, car l’amour de ma fiancée
Est plus doux que l’amour des femmes,
Celui qui empoisonne, brûle et perd votre âme.

Vrai! Je suis heureux
Vraiment heureux, je n’ai qu’elle ici-bas
Et l’homme ne nous dérange pas.

Jadis, parmi les jeunes hommes
Ils disaient que j’étais très fort, parmi les jeunes hommes.
Jadis il y eut une femme……
……Mais j’oublie…… elle était……
……J’espère qu’elle ne reviendra plus.

…… Je ne me souviens plus……

Je sais, jadis elle m’a blessé……
Dans un lointain, lointain passé.

Je ne veux pas me rappeler.
J’aime ces petits vents qui soufflent ici
Dans les frênes,
Nous sommes parfaitement seuls ici,
Au milieu des frênes.

(Ezra Pound)

Illustration

 

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THRÈNE (Ezra Pound)

Publié par arbrealettres le 21 octobre 2011



THRÈNE

Plus jamais pour nous le bref soupir,
Plus jamais les vents du crépuscule qui inquiètent.

Vois le joli mort!

Plus jamais la flamme qui m’anime.
Plus jamais le froissement des ailes
Qui bruissent dans l’air au-dessus de nos têtes.

Vois le joli mort!

Plus jamais le désir qui m’écorche,
Plus jamais le tremblement
Des mains qui se rencontrent.

Vois le joli mort!

Plus jamais pour nous le vin des lèvres,
Plus jamais pour nous la connaissance.

Vois le joli mort!

Plus jamais le torrent,
Plus jamais pour nous le lieu de rencontre

(Vois le joli mort!)

Tintagel.

(Ezra Pound)

 

 

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L’ARBRE (Ezra Pound)

Publié par arbrealettres le 21 octobre 2011



L’ARBRE

Immobile étais-je, arbre parmi les arbres,
Sachant la vérité des choses jusqu’alors ignorées,
Vérité de Daphné et de son laurier,
De ce vieux couple né pour fêter la divinité,
Devenu orme et chêne au coeur de la forêt.
Mais il fallut aux dieux ces ferventes prières,
Et à leur rencontre ces deux coeurs ouverts,
Pour que la métamorphose puisse être.
Pourtant je suis arbre parmi les arbres
Et maintes choses nouvelles ai comprises
Qui c’étaient alors que folie pure à mon esprit.

(Ezra Pound)

Illustration: Giovanni Battista Tiepolo

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