Archive pour octobre 2011
Publié par arbrealettres le 21 octobre 2011
Une mésange tellement bleue
Qu’on la dirait peinte de ciel.
Du noir tout autour de ses yeux,
De l’azur jusqu’au bout des ailes,
Elle vient parfois quémander
Quelques graines et des miettes;
Son jabot jaune est tout gonflé
Sous les angles vifs de sa tête.
Quelquefois elle zinzinule
Au fond du jardin endormi.
Une cigale qui stridule
Chantant en do, en ré, en mi
Lui fait écho. Duo bizarre
Qui met en joie notre maison;
Et c’est bientôt un vrai bazar
Car tout, alentour, lui répond:
Une grenouille, des criquets,
Et le vieux chien de la voisine,
Bébé Pierre qui baragouine
Et le mistral dans les cyprès …
(Vette de Fonclare)
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Publié par arbrealettres le 21 octobre 2011

DÉSOLATION
LE SUPPLICE
Depuis vingt ans je porte planté dans ma chair
— poignard brûlant — un chant énorme, un chant aux crêtes
de haute mer.
Je l’abrite et sers, et sa majesté
lasse mes entrailles.
De ces pauvres lèvres qui ont menti
faut-il le chanter ?
La langue de l’homme et ses mots caducs
n’ont pas la chaleur
de ses langues de feu, de son ardeur
au frémissement.
C’est comme un enfant, de mon sang caillé
qu’il se nourrit, lui,
mais jamais enfant n’a bu plus de sang
au sein d’une femme.
Ô terrible don ! Long roussissement
qui me fait hurler !
Que celui qui en moi l’aura planté
ait pitié !
***
DESOLACIÔN
EL SUPLICIO
Tengo ha veinte años en la carne hundido
- y es caliente el puñal -
un verso enorme, un verso con cimeras
de pleamar.
De albergarlo sumisa, las entrañas
cansa su majestad.
¿Con esta pobre boca que ha mentido
se ha de cantar?
Las palabras caducas de los hombres
no han el calor
de sus lenguas de fuego, de su viva
tremolacion.
Como un hijo, con cuajo de mi sangre
se sustenta él,
y un hijo no bebio mas sangre en seno
de una mujer.
¡Terrible don! Socarradura larga
que hace aullar
El que vino a clavarlo en mis entrañas
¡tenga piedad!
(Gabriela Mistral)
Illustration: Alexandre Séon
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Publié par arbrealettres le 21 octobre 2011
BALLADE
Lui, avec une autre,
je l’ai vu passer.
Le vent restait doux,
le chemin en paix.
Mais ces tristes yeux
l’ont vu qui passait !
Il en aime une autre
sur la terre en fleur.
L’aubépine s’ouvre ;
une chanson court.
Mais une autre il aime
sur la terre en fleur !
A embrassé l’autre
au bord de la mer ;
glissait sur les vagues
la lune-oranger.
Mais mon sang n’a teint
toute cette mer !
Ira avec l’autre
dans l’éternité.
Les cieux seront doux.
(Dieu ne veut parler.)
Mais lui, avec l’autre
pour l’éternité !
(Gabriela Mistral)
Illustration: Alexandre Séon
Publié dans poésie | Tagué: (Gabriela Mistral), aimer, aubépine, éternité, ballade, chemin, Dieu, doux, embrasser, fleur, lui, lune, oranger, paix, parler, triste, vent | 1 commentaire »
Publié par arbrealettres le 21 octobre 2011

L’AMOUR MAITRE
Il court en liberté dans le sillon, agite ses ailes au vent,
palpite vivant au soleil, se pose sur les pins.
Ne cherche pas à l’oublier comme une mauvaise pensée :
tu devras l’écouter !
Il parle la langue du bronze et celle de l’oiseau,
Il te supplie timide et comme la mer te commande.
Ne cherche pas à le regarder défiante ou sourcil froncé :
tu devras l’héberger !
Ses gestes sont d’un maitre que l’excuse n’attendrit.
Il fêle les vases de fleurs, fend le glacier profond.
Ne cherche pas en lui parlant à refuser de l’abriter :
tu devras l’héberger !
Subtil il te réplique avec d’ingénieuses raisons,
arguties d’un savant empruntant une voix de femme.
Ta science humaine sera vaine, plus encor celle du ciel :
et tu devras le croire !
D’un bandeau de lin il t’aveugle et tu supportes le bandeau.
Il t’offre son bras chaud et tu ne sais le refuser.
Il se met à marcher et tu le suis, ensorcelée, sachant
qu’il t’emmène à la mort !
***
AMO AMOR
Anda libre en el surco, bate el ala en el viento,
late vivo en el sol y se prende al pinar.
No te vale olvidarlo como al mal pensamiento :
¡tendrás que escuchar!
Habla lengua de bronce y habla lengua de ave,
ruegos timidos, imperativos de mar.
No te vale ponerle gesto audaz, ceño grave:
¡lo tendres que hospedar!
Gasta trazas de dueño; no le ablandan excusas.
Rasga vasos de flor, hiende el hondo glaciar.
No te vale el decirle que albergarlo rehúsas:
¡lo tendrás que hospedar!
Tiene argucias sutiles en la réplica fina,
argumentos de sabio, pero en voz de mujer.
Ciencia humana te salva, menos ciencia divina:
¡le tendrás que creer!
Te echa venda de lino; tú la venda toleras.
Te ofrece el brazo cálido, no lek sabes huir.
Echa a andar, tú le sigues hechizada aunque vieras
¡que eso para en morir!
(Gabriela Mistral)
Illustration: René Magritte
Publié dans méditations, poésie | Tagué: (Gabriela Mistral), abriter, aile, amour, bandeau, bronze, chaud, courir, croire, emmener, ensorcelée, héberger, langue, liberté, maître, mort, pensée, pin, répliquer, refuser, sillon, soleil, sourcil, subtil, vase | Laisser un Commentaire »
Publié par arbrealettres le 21 octobre 2011
Nocturne
Notre Père qui es aux cieux,
pourquoi m’as-tu donc oubliée ?
Tu t’es souvenu du fruit de l’été
quand tu as blessé sa chair de rubis.
Moi je porte aussi blessure à mon flanc,
mais tu ne veux pas regarder vers moi !
Tu t’es souvenu de la grappe noire
et tu l’as donnée au pressoir carmin ;
du peuplier as dispersé les feuilles
avec ton haleine, dans l’air subtil.
Mais dans le vaste pressoir de la mort
tu ne veux encor fouler ma poitrine !
En marchant, j’ai vu s’ouvrir les violettes
mes lèvres ont bu du vent le falerne
et j’ai abaissé, jaunes, mes paupières,
ne voulant plus voir Janvier ni Avril.
J’ai crispé la bouche et j’ai refoulé
la strophe et son flux qui ne doit couler.
Tu as blessé le nuage de l’Automne,
mais tu ne veux pas te tourner vers moi !
Celui qui baisa ma joue m’a trahie ;
i1 m’a reniée pour ma robe de pauvre.
Mon visage en sang lui avais offert
dans ma poésie, comme Toi au linge.
Pour ma nuit au Jardin des Oliviers
Jean a été lâche et l’Ange, ennemi.
L’infinie fatigue est venue enfin,
jusque dans mes yeux elle s’est fichée :
fatigue du jour en train de mourir
et de l’aube qui doit lui succéder ;
fatigue du ciel quand il est étain
et fatigue aussi du ciel indigo !
Je délace ma sandale martyre
et, tresses dénouées, demande à dormir.
Perdue dans la nuit, j’élève vers Toi
cette clameur-1à que tu m’as apprise :
Notre Père qui es aux cieux,
pourquoi m’as-tu donc oubliée !
(Gabriela Mistral)
Publié dans poésie | Tagué: (Gabriela Mistral), étain, été, baiser, blessure, bouche, cieux, clameur, fatigue, grappe, laché, martyre, mort, nocturne, nuage, oublier, père, peuplier, poésie, poitrine, pressoir, regarder, sandale, se souvenir, trahir | 2 Commentaires »
Publié par arbrealettres le 21 octobre 2011
Interrogations
Comment dorment-ils donc, Seigneur, les suicidés ?
Un caillot sur la bouche et les deux tempes vides,
les lunes de leurs yeux blanches, écarquillées,
et les mains orientées vers une ancre invisible ?
Ou arrives-Tu quand les hommes sont partis
pour fermer leurs paupières sur leurs yeux aveugles,
pour sans douleur ni bruit disposer leurs viscères
et pour croiser leurs mains sur leur poitrine muette ?
Le rosier que sur eux arrosent les vivants,
ne donne-t-il à ses fleurs formes de blessures ?
Son parfum n’est-il âcre et sombre sa beauté ?
Des serpents tressent-ils son feuillage chétif ?
Réponds, réponds, Seigneur : Quand leur âme s’enfuit
par la porte mouillée des longues déchirures,
entre-t-elle en tes lieux fendant l’air avec calme
ou entend-on claquer des ailes affolées ?
Livide, un cercle étroit se ferme-t-il sur eux ?
L’éther est-il un champ où fleurissent les monstres ?
Dans leur effroi retrouvent-ils pourtant ton nom ?
Ou crient-ils sans espoir sur ton cour endormi ?
Un rayon de soleil les atteint-il un jour ?
Est-il une eau qui lave leurs stigmates rouges ?
Pour eux seuls tes entrailles restent-elles froides,
sourds tes tympans parfaits, à jamais clos tes yeux ?
C’est ce que l’homme affirme, égaré ou pervers ;
mais moi qui t’ai goûté comme du vin, Seigneur,
laissant les autres t’appeler sans fin Justice,
je ne te donnerai jamais qu’un nom : Amour !
L’homme a toujours été, je le sais, griffe dure ;
vertige, la cascade ; âpreté, la sierra.
Mais Toi tu es la coupe où mêlent leur douceur
les nectars de tous les jardins de cette Terre !
(Gabriela Mistral)
Illustration:John Everett Millais
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Publié par arbrealettres le 21 octobre 2011
Le jet d’eau
Je suis semblable à un jet d’eau abandonné
qui continue, tari, d’écouter sa rumeur.
sur ses lèvres de pierre, le bouillonnement
s’est figé, tout comme le mien dans mes entrailles.
Je crois que le destin n’est pas venu encore
fendre par le milieu ses terribles paroles ;
et que rien n’est fauché et que rien n’est perdu,
que si je tends mes bras je devrai te trouver.
Je suis semblable à un jet d’eau devenu muet.
Un autre dans le parc élève maintenant
sa chanson ; mais comme follement assoiffé,
il rêve que le chant s’abrite dans son coeur !
Il rêve qu’il projette en trilles vers le ciel
des bouclettes d’écume. Et sa voix s’est éteinte !
il rêve que l’eau, de ses beaux diamants vivants
dilate sa poitrine. Et Dieu l’a asséché !
(Gabriela Mistral)
Illustration
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Publié par arbrealettres le 21 octobre 2011
Les os des morts
Les os des morts
savent poudrer d’une glace subtile
les bouches de ceux qui aimèrent.
A tout jamais ils les empêchent d’embrasser !
Les os des morts
jettent leur blancheur à 1a pelle
sur la flamme brûlante de la vie.
Ils lui tuent toute ardeur!
Les os des morts
ont un pouvoir plus grand que la chair des vivants.
Car bien qu’épars ils sont de durs chaînons
qui nous retiennent, soumis et captifs!
***
Los huesos de los muertos
Los huesos de los muertos
hielo sutil saben espolvorear
sobre las bocas de los que quisieron.
¡Y éstas no pueden nunca más besar!
Los huesos de los muertos
en paletadas echan su blancor
sobre la llama intensa de la vida.
¡Le matan todo ardor!
Los huesos de los muertos
pueden más que la carne de los vivos.
¡Aun desgajados hacen eslabones
fuertes, donde nos tienen sumisos y cautivos!
(Gabriela Mistral)
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Publié par arbrealettres le 21 octobre 2011
Quand je mourrai, ne pleure pas :
colle, mon enfant, ta poitrine
la sienne et retiens ton souffle
comme si étais tout ou rien :
tu entendras monter son bras
qui me tenait et qui me livre,
et cette maman en lambeaux
reviendra entière à tes yeux.
***
Cuando muera, no llores, hijo:
pecho a pecho ponte con ella,
y si sujetas los alientos
como que todo o nada fueras,
tú escucharás subir su brazo
que me tenía y que me entrega,
y la madre que estaba rota
tú la verás volver entera.
(Gabriela Mistral)
Illustration
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Publié par arbrealettres le 21 octobre 2011

LA PLUIE LENTE
Cette eau craintive et triste
comme un enfant qui souffre,
avant de toucher terre
défaille.
Calmes, l’arbre et le vent,
mais dans le pur silence
tombent ces larmes fines
amères !
Le ciel est un immense
coeur qui se fend, amer.
La pluie ? Long saignement
très lent !
Cette amertume, l’homme,
chez lui, ne la surprend,
cette eau triste qu’envoient
les hauteurs !
Cette longue et lassante
descente d’eaux vaincues,
vers la Terre qui gît
transie !
il pleut… Chacal tragique,
la nuit, dans la sierra.
Que va-t-il donc surgir
de la Terre ?
Dormirez-vous, si tombe
cette eau qui souffre, inerte,
cette eau létale, soeur
de la mort ?
***
LA LLUVIA LENTA
Esta agua medrosa y triste,
como un niño que padece,
antes de tocar la tierra
desfallece.
Quieto el árbol, quieto el viento,
¡y en el silencio estupendo,
este fino llanto amargo
cayendo!
El cielo es como un inmenso
corazón que se abre, amargo.
No llueve: es un sangrar lento
y largo.
Dentro del hogar, los hombres
no sienten esta amargura,
¡este envío de agua triste
de la altura!
Este largo y fatigante
descender de aguas vencidas,
¡hacia la Tierra yacente
y transida!
Llueve…, y como un chacal trágico
la noche acecha en la sierra.
¿Qué va a surgir, en la sombra,
de la Tierra?
¿Dormiréis, mientras afuera
cae, sufriendo, esta agua inerte,
esta agua letal, hermana
de la Muerte?
(Gabriela Mistral)
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Publié dans poésie | Tagué: (Gabriela Mistral), amère, amertume, arbre, chacal, ciel, craintive, dormir, eau, enfant, inerte, larme, lassante, mort, pluie, silence, soeur, souffrir, transie, triste | Laisser un Commentaire »