Arbrealettres

Poésie

Archive pour novembre 2011

Zeus, Taureau, sur son cou berce comme une enfant le corps nu d’Europé (Arthur Rimbaud)

Publié par arbrealettres le 25 novembre 2011


Zeus, Taureau, sur son cou berce comme une enfant
Le corps nu d’Europé, qui jette son bras blanc
Au cou nerveux du Dieu frissonnant dans la vague,
Il tourne lentement vers elle son oeil vague ;
Elle, laisse traîner sa pâle joue en fleur
Au front de Zeus ; ses yeux sont fermés ; elle meurt
Dans un divin baiser, et le flot qui murmure
De son écume d’or fleurit sa chevelure.
- Entre le laurier-rose et le lotus jaseur
Glisse amoureusement le grand Cygne rêveur
Embrassant la Léda des blancheurs de son aile ;
- Et tandis que Cypris passe, étrangement belle,
Et, cambrant les rondeurs splendides de ses reins,
Étale fièrement l’or de ses larges seins
Et son ventre neigeux brodé de mousse noire,
- Héraclès, le Dompteur, qui, comme d’une gloire,
Fort, ceint son vaste corps de la peau du lion,
S’avance, front terrible et doux, à l’horizon !

(Arthur Rimbaud)

Illustration: Gustave Moreau

 

Gustave Moreau

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Tranquille comme un sage et doux comme un maudit (Charles Baudelaire)

Publié par arbrealettres le 25 novembre 2011



Tranquille comme un sage et doux comme un maudit,
…j’ai dit:
Je t’aime, ô ma très belle, ô ma charmante…
Que de fois…
Tes débauches sans soif et tes amours sans âme,
Ton goût de l’infini
Qui partout, dans le mal lui-même, se proclame,

Tes bombes, tes poignards, tes victoires, tes fêtes,
Tes faubourgs mélancoliques,
Tes hôtels garnis,
Tes jardins pleins de soupirs et d’intrigues,
Tes temples vomissant la prière en musique,
Tes désespoirs d’enfant, tes jeux de vieille folle,
Tes découragements;

Et tes jeux d’artifice, éruptions de joie,
Qui font rire le Ciel, muet et ténébreux.

Ton vice vénérable étalé dans la soie,
Et ta vertu risible, au regard malheureux,
Douce, s’extasiant au luxe qu’il déploie…

Tes principes sauvés et tes lois conspuées,
Tes monuments hautains où s’accrochent les brumes.
Tes dômes de métal qu’enflamme le soleil,
Tes reines de théâtre aux voix enchanteresses,
Tes tocsins, tes canons, orchestre assourdissant,
Tes magiques pavés dressés en forteresses,

Tes petits orateurs, aux enflures baroques,
Prêchant l’amour, et puis tes égouts pleins de sang,
S’engouffrant dans l’Enfer comme des Orénoques,
Tes anges, tes bouffons neufs aux vieilles défroques
Anges revêtus d’or, de pourpre et d’hyacinthe,
Ô vous, soyez témoins que j’ai fait mon devoir
Comme un parfait chimiste et comme une âme sainte.

Car j’ai de chaque chose extrait la quintessence,

Tu m’as donné ta boue et j’en ai fait de l’or.

(Charles Baudelaire)

Illustration: Eugène de Blaas

 

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Souvenirs d’avril (Charles Cros)

Publié par arbrealettres le 24 novembre 2011


Souvenirs d’avril

Le rhythme argentin de ta voix
Dans mes rêves gazouille et tinte.
Chant d’oiseau, bruit de source au bois,
Qui réveillent ma joie éteinte.

Mais les bois n’ont pas de frissons,
Ni les harpes éoliennes.
Qui soient si doux que tes chansons,
Que tes chansons tyroliennes.

Parfois le vent m’apporte encor
L’odeur de ta blonde crinière.
Et je revois tout le décor
D’une folle nuit, printanière ;

D’une des nuits, où tes baisers
S’entremêlaient d’historiettes,
Pendant que de tes doigts rosés
Tu te roulais des cigarettes ;

Où ton babil, tes mouvements
Prenaient l’étrange caractère
D’inquiétants miaulements,
De mordillements de panthère.

*

Puis tu livrais tes trésors blancs
Avec des poses languissantes…
Le frisson emperlait tes flancs
Émus des voluptés récentes.

*

Ainsi ton image me suit,
Réconfort aux heures glacées,
Sereine étoile de la nuit
Où dorment mes splendeurs passées.

Ainsi, dans les pays fictifs
Où mon âme erre vagabonde,
Les fonds noirs de cyprès et d’ifs,
S’égayent de ta beauté blonde.

*

Et, dans l’écrin du souvenir
Précieusement enfermée,
Perle que rien ne peut ternir,
Tu demeures la plus aimée.

(Charles Cros)

Illustration: Stéphane Cuny

 

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L’heure verte (Charles Cros)

Publié par arbrealettres le 24 novembre 2011


L’heure verte

Comme bercée en un hamac
La pensée oscille et tournoie,
A cette heure où tout estomac
Dans un flot d’absinthe se noie.

Et l’absinthe pénètre l’air,
Car cette heure est toute émeraude.
L’appétit aiguise le flair
De plus d’un nez rose qui rôde.

Promenant le regard savant
De ses grands yeux d’aigues-marines,
Circé cherche d’où vient le vent
Qui lui caresse les narines.

Et, vers des dîners inconnus,
Elle court à travers l’opale
De la brume du soir. Vénus
S’allume dans le ciel vert-pâle.

(Charles Cros)

Illustration: Giovanni de Lutero

 

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SONNET D’OARISTYS (Charles Cros)

Publié par arbrealettres le 24 novembre 2011


SONNET D’OARISTYS

Tu me fis d’imprévus et fantasques aveux
Un soir que tu t’étais royalement parée,
Haut coiffée, et ruban ponceau dans tes cheveux
Qui couronnaient ton front de leur flamme dorée.

Tu m’avais dit ” je suis à toi si tu me veux ” ;
Et, frémissante, à mes baisers tu t’es livrée.
Sur ta gorge glacée et sur tes flancs nerveux
Les frissons de Vénus perlaient ta peau nacrée.

L’odeur de tes cheveux, la blancheur de tes dents,
Tes souples soubresauts et tes soupirs grondants,
Tes baisers inquiets de lionne joueuse

M’ont, à la fois, donné la peur et le désir
De voir finir, après l’éblouissant plaisir,
Par l’éternelle mort, la nuit tumultueuse.

(Charles Cros)

Illustration: Boris Dejoa

 

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Les Quatre saisons (Charles Cros)

Publié par arbrealettres le 24 novembre 2011


Les Quatre saisons

I

Au printemps, c’est dans les bois nus
Qu’un jour nous nous sommes connus.

Les bourgeons poussaient, vapeur verte.
L’amour fut une découverte.

Grâce aux lilas, grâce aux muguets,
De rêveurs nous devînmes gais.

Sous la glycine et le cytise,
Tous deux seuls, que faut-il qu’on dise ?

Nous n’aurions rien dit, réséda,
Sans ton parfum qui nous aida.

II

En été les lis et les roses
Jalousaient ses tons et ses poses,

La nuit, par l’odeur des tilleuls
Nous nous en sommes allés seuls.

L’odeur de son corps, sur la mousse,
Est plus enivrante et plus douce.

En revenant le long des blés,
Nous étions tous deux bien troublés.

Comme les blés que le vent frôle,
Elle ployait sur mon épaule.

III

L’automne fait les bruits froissés
De nos tumultueux baisers.

Dans l’eau tombent les feuilles sèches
Et, sur ses yeux, les folles mèches.

Voici les pêches, les raisins,
J’aime mieux sa joue et ses seins.

Que me fait le soir triste et rouge,
Quand sa lèvre boudeuse bouge ?

Le vin qui coule des pressoirs
Est moins traître que ses yeux noirs.

IV

C’est l’hiver. Le charbon de terre
Flambe en ma chambre solitaire.

La neige tombe sur les toits,
Blanche ! Oh, ses beaux seins blancs et froids !

Même sillage aux cheminées
Qu’en ses tresses disséminées.

Au bal, chacun jette, poli,
Les mots féroces de l’oubli.

L’eau qui chantait s’est prise en glace.
Amour, quel ennui te remplace !

(Charles Cros)

Illustration: Sophie Vulliard

 

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J’ai des forêts dans mes veines (Jean-Claude Renard)

Publié par arbrealettres le 24 novembre 2011


J’ai des forêts
dans mes veines.
Mais les hantent encore
des idoles
qui m’y donnent à boire
le non-être.

(Jean-Claude Renard)

Illustration

 

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Eau dormante (Federico Garcia Lorca)

Publié par arbrealettres le 24 novembre 2011

Le hibou
interrompt sa méditation
nettoie ses lunettes
et soupire.
Un ver luisant
roule au bas de la montagne.
Une étoile
bouge.
Le hibou bat des ailes
et se remet à méditer.

(Federico Garcia Lorca)

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Les yeux (Federico Garcia Lorca)

Publié par arbrealettres le 24 novembre 2011

Au fond des yeux s’ouvrent
d’infinis sentiers.
Ce sont deux carrefours
d’ombre.
La mort arrive toujours
par ces plaines secrètes.
(Jardinière qui coupe
les fleurs des larmes.)
Les pupilles n’ont point
d’horizons.
Nous nous y perdons
comme dans la forêt vierge.
Au château du Départ
sans Retour
on parvient par le chemin
qui commence à l’iris.
Garçon sans amour
Dieu te garde du lierre rouge!
et toi, du voyageur,
jeune Hélène qui brodes
une cravate!

(Federico Garcia Lorca)

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Shinto (Federico Garcia Lorca)

Publié par arbrealettres le 24 novembre 2011

Clochette d’or.
Dragon pagode.
Gling! gling!
au-dessus des rizières.
Fontaine primitive.
Fontaine de vérité.
Au loin
des flamants roses
et le volcan fané.

(Federico Garcia Lorca)

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