Archive pour novembre 2011
Publié par arbrealettres le 23 novembre 2011

Tête de faune
Dans la feuillée, écrin vert taché d’or,
Dans la feuillée incertaine et fleurie
De fleurs splendides où le baiser dort,
Vif et crevant l’exquise broderie,
Un faune effaré montre ses deux yeux
Et mord les fleurs rouges de ses dents blanches
Brunie et sanglante ainsi qu’un vin vieux
Sa lèvre éclate en rires sous les branches.
Et quand il a fui – tel qu’un écureuil-
Son rire tremble encore à chaque feuille
Et l’on voit épeuré par un bouvreuil
Le Baiser d’or du bois, qui se recueille
(Arthur Rimbaud)
Illustration
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Publié par arbrealettres le 22 novembre 2011

Soleil et Chair
[...]
Par la lune d’été vaguement éclairée,
Debout, nue, et rêvant dans sa pâleur dorée
Que tache le flot lourd de ses longs cheveux bleus,
Dans la clairière sombre où la mousse s’étoile,
La Dryade regarde au ciel silencieux…
- La blanche Séléné laisse flotter son voile,
Craintive, sur les pieds du bel Endymion,
Et lui jette un baiser dans un pâle rayon…
-La Source pleure au loin dans une longue extase…
C’est la Nymphe qui rêve, un coude sur son vase,
Au beau jeune homme blanc que son onde a pressé.
- Une brise d’amour dans la nuit a passé,
Et, dans les bois sacrés, dans l’horreur des grands arbres,
Majestueusement debout, les sombres Marbres,
Les Dieux, au front desquels le Bouvreuil fait son nid,
- Les Dieux écoutent l’Homme et le Monde infini !
(Arthur Rimbaud)
Illustration
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Publié par arbrealettres le 22 novembre 2011

OPHÉLIE
Sur l’onde calme et noire où dorment les étoiles
La blanche Ophélia flotte comme un grand lys,
Flotte très lentement, couchée en ses longs voiles…
- On entend dans les bois lointains des hallalis.
Voici plus de mille ans que la triste Ophélie
Passe, fantôme blanc, sur le long fleuve noir ;
Voici plus de mille ans que sa douce folie
Murmure sa romance à la brise du soir.
Le vent baise ses seins et déploie en corolle
Ses grands voiles bercés mollement par les eaux ;
Les saules frissonnants pleurent sur son épaule,
Sur son grand front rêveur s’inclinent les roseaux.
Les nénuphars froissés soupirent autour d’elle ;
Elle éveille parfois, dans un aune qui dort,
Quelque nid, d’où s’échappe un petit frisson d’aile :
- Un chant mystérieux tombe des astres d’or.
(Arthur Rimbaud)
Illustration: Nadav Kander
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Publié par arbrealettres le 22 novembre 2011

Rêvé pour l’hiver
L’hiver, nous irons dans un petit wagon rose
Avec des coussins bleus.
Nous serons bien. Un nid de baisers fous repose
Dans chaque coin moelleux.
Tu fermeras l’oeil, pour ne point voir, par la glace,
Grimacer les ombres des soirs,
Ces monstruosités hargneuses, populace
De démons noirs et de loups noirs.
Puis tu te sentiras la joue égratignée…
Un petit baiser, comme une folle araignée,
Te courra par le cou…
Et tu me diras: “Cherche!” en inclinant la tête,
Et nous prendrons du temps à trouver cette bête
Qui voyage beaucoup…
(Arthur Rimbaud)
Illustration: Ricardo Lopez-Cabrera
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Publié par arbrealettres le 22 novembre 2011

ROMAN
I
On n’est pas sérieux, quand on a dix-sept ans.
- Un beau soir, foin des bocks et de la limonade,
Des cafés tapageurs aux lustres éclatants !
- On va sous les tilleuls verts de la promenade.
Les tilleuls sentent bons dans les bons soirs de juin !
L’air est parfois si doux, qu’on ferme la paupière ;
Le vent chargé de bruits, – la ville n’est pas loin, -
A des parfums de vigne et des parfums de bière …
II
- Voilà qu’on aperçoit un tout petit chiffon
D’azur sombre, encadré d’une petite branche,
Piqué d’une mauvaise étoile, qui se fond
Avec de doux frissons, petite et toute blanche …
Nuit de juin ! Dix-sept ans ! – On se laisse griser.
La sève est du champagne et vous monte à la tête …
On divague ; on se sent aux lèvres un baiser
Qui palpite là, comme une petite bête …
III
Le coeur fou Robinsonne à travers les romans,
- Lorsque, dans la clarté d’un pâle réverbère,
Passe une demoiselle aux petits airs charmants,
Sous l’ombre du faux-col effrayant de son père …
Et, comme elle vous trouve immensément naïf,
Tout en faisant trotter ses petites bottines,
Elle se tourne, alerte et d’un mouvement vif …
- Sur vos lèvres alors meurent les cavatines …
IV
Vous êtes amoureux. Loué jusqu’au mois d’août.
Vous êtes amoureux. – Vos sonnets la font rire.
Tous vos amis s’en vont, vous êtes mauvais goût.
- Puis l’adorée, un soir, a daigné vous écrire … !
- Ce soir-là, … – vous entrez aux cafés éclatants,
Vous demandez des bocks ou de la limonade …
- On n’est pas sérieux, quand on a dix-sept ans
Et qu’on a des tilleuls verts sur la promenade
(Arthur Rimbaud)
Illustration: Fabienne Contat
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Publié par arbrealettres le 22 novembre 2011

On croit pouvoir aller
et c’est toujours soi
que l’on rejoint
Toujours la même rive
(Jean-Louis Giovannoni)
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Publié par arbrealettres le 22 novembre 2011

Plus le corps est fermé
plus son envie d’espace est grand
Est-ce parole de pierre
tous ces oiseaux
(Jean-Louis Giovannoni)
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Publié par arbrealettres le 22 novembre 2011

Et quand tu chantes
tu as l’impression
enfin de te déplier
de ne plus avoir de corps
pour te tenir en un lieu
(Jean-Louis Giovannoni)
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Publié par arbrealettres le 22 novembre 2011

Celui qui se tait
cherche le lieu
de son absence
(Jean-Louis Giovannoni)
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Publié par arbrealettres le 22 novembre 2011

On écrit pour faire croire
qu’il y a un dedans
en chaque chose,
que nos mots
viennent du profond de nous-mêmes
alors que ces mots
ne disent que notre absence au monde
(Jean-Louis Giovannoni)
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