Archive pour novembre 2011
Publié par arbrealettres le 22 novembre 2011

- Pourquoi l’azur muet et l’espace insondable ?
pourquoi les astres d’or fourmillant comme un sable ?
Si l’on montait toujours, que verrait-on là-haut ?
Un Pasteur mène-t-il cet immense troupeau
De mondes cheminant dans l’horreur de l’espace ?
Et tous ces mondes-là, que l’éther vaste embrasse,
Vibrent-ils aux accents d’une éternelle voix ?
Et l’Homme, peut-il voir ? peut-il dire : Je crois ?
La voix de la pensée est-elle plus qu’un rêve ?
Si l’homme naît si tôt, si la vie est si brève,
D’où vient-il ? Sombre-t-il dans l’Océan profond
Des Germes, des Foetus, des Embryons, au fond
De l’immense Creuset d’où la Mère-Nature
ressuscitera, vivante créature,
Pour aimer dans la rose, et croître dans les blés ?…
Nous ne pouvons savoir ! Nous sommes accablés
D’un manteau d’ignorance et d’étroites chimères !
Singes d’hommes tombés de la vulve des mères,
Notre pâle raison nous cache l’infini !
Nous voulons regarder : le Doute nous punit !
Le doute, morne oiseau, nous frappe de son aile…
Et l’horizon s’enfuit d’une fuite éternelle !…
Le grand ciel est ouvert ! les mystères sont morts
Devant l’Homme, debout, qui croise ses bras forts
Dans l’immense splendeur de la riche nature !
il chante… et le bois chante, et le fleuve murmure
Un chant plein de bonheur qui monte vers le jour !…
C’est la Rédemption ! c’est l’amour ! c’est l’amour !…
(Arthur Rimbaud)
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Publié par arbrealettres le 22 novembre 2011

- Splendide, radieuse, au sein des grandes mers
Tu surgiras, jetant sur le vaste Univers
L’Amour infini dans un infini sourire
Le Monde vibrera comme une immense lyre
Dans le frémissement d’un immense baiser !
Le Monde a soif d’amour : tu viendras l’apaiser.
(Arthur Rimbaud)
Illustration: Eugène de Blaas
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Publié par arbrealettres le 21 novembre 2011

Moi, je suis, débraillé comme un étudiant
Sous les marronniers verts les alertes fillettes :
Elles le savent bien, et tournent en riant,
Vers moi, leurs yeux tout pleins de choses indiscrètes.
Je ne dis pas un mot : je regarde toujours
La chair de leurs cous blancs brodés de mèches folles :
Je suis, sous le corsage et les frêles atours,
Le dos divin après la courbe des épaules.
J’ai bientôt déniché la bottine, le bas…
Je reconstruis les corps, brûlé de belles fièvres.
Elles me trouvent drôle et se parlent tout bas…
Et je sens les baisers qui me viennent aux lèvres…
(Arthur Rimbaud)
Illustration: Eugène de Blaas
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Publié par arbrealettres le 21 novembre 2011

PREMIÈRE SOIRÉE
Elle était fort déshabillée
Et de grands arbres indiscrets
Aux vitres jetaient leur feuillée
Malinement, tout près, tout près.
Assise sur ma grande chaise,
Mi-nue, elle joignait les mains.
Sur le plancher frissonnaient d’aise
Ses petits pieds si fins, si fins.
Je regardai, couleur de cire,
Un petit rayon buissonnier
Papillonner dans son sourire
Et sur son sein, mouche au rosier.
Je baisai ses fines chevilles.
Elle eut un doux rire brutal
Qui s’égrenait en claires trilles,
Un joli rire de cristal.
Les petits pieds sous la chemise
Se sauvèrent : « Veux-tu finir ! »
- La première audace permise,
Le rire feignait de punir !
Pauvrets palpitants sous ma lèvre,
Je baisai doucement ses yeux :
- Elle jeta sa tête mièvre
En arrière : « Oh ! c’est encor mieux ! …
Monsieur, j’ai deux mots à te dire… »
- Je lui jetai le reste au sein
Dans un baiser, qui la fit rire
D’un bon rire qui voulait bien…
Elle était fort déshabillée
Et de grands arbres indiscrets
Aux vitres jetaient leur feuillée
Malinement, tout près, tout près.
(Arthur Rimbaud)
Illustration: Pascal Renoux
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Publié par arbrealettres le 21 novembre 2011

Ta poitrine sur ma poitrine,
Mêlant nos voix,
Lents, nous gagnerions la ravine,
Puis les grands bois !…
Puis, comme une petite morte,
Le coeur pâmé,
Tu me dirais que je te porte,
L’oeil mi-fermé…
Je te porterais, palpitante,
Dans le sentier :
L’oiseau filerait son andante :
Au Noisetier…
Je te parlerais dans ta bouche :
J’irais, pressant
Ton corps, comme une enfant qu’on couche,
Ivre du sang
Qui coule, bleu, sous ta peau blanche
Aux tons rosé:
Et te parlant la langue franche…
Tiens!… – que tu sais…
Nos grands bois sentiraient la sève
Et le soleil
Sablerait d’or fin leur grand rêve
Vert et vermeil.
(Arthur Rimbaud)
Illustration: Anne Philippe
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Publié par arbrealettres le 21 novembre 2011

Je suis fou de souffrir si grand tourment
et de vouloir qu’elle en porte la faute.
Depuis que, malgré elle, je la garde en mon coeur
qu’y peut-elle si je veux vivre en la peine?
Peut-être cependant en sera-t-elle émue.
Désormais je ne puis changer les choses:
nul ne me fait tort que ma constance.
***
Ích bin tump, daz ich sô grôzen kumber klage
und it des wil deheine schulde geben.
Sît ich si âne it danc in mînem herzen trage,
was mac si des, wil ich unsanfte leben?
Daz wirt it íedoch lîhte leit.
Nu múoz ichz doch álsô lâzen sîn:
mir machet niemen schaden, wan min staetekeit.
(Reinmar de Hagueneau)
Illustration: Lionel Le Jeune
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Publié par arbrealettres le 21 novembre 2011

Sans cesse je veux accourir
vers l’amour qui est mien.
Mais rien n’est si lointain
que la fin de mon fol espoir.
Chaque jour pourtant je m’efforce et la sers
si bien qu’en joie, sans le vouloir,
elle change le tourment que je souffre.
***
Ích wil allez gâhen
zúo der liebe, die ich hân.
Só ist ez níender nâhen,
dáz sich ende noch mîn wan.
Dóch versuoche ich ez álle tage
und gedíene it sô, daz si âne ir danc
mit fröiden muoz erwenden kumber, den ich trage.
(Reinmar de Hagueneau)
Illustration: Lionel Le Jeune
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Publié par arbrealettres le 21 novembre 2011

«Pauvre femme, combien j’étais heureuse
quand je pensais à lui -
ah, que ma vie dépendait de la sienne.
De ne l’avoir plus désormais,
en quel tourment m’apparaît
le temps que j’ai encore à vivre.
Le miroir de mes joies, il est perdu:
pour l’été joyeux de mon regard, je l’avais choisi,
pour ma douleur je dois vivre sans lui.
Dès qu’ils m’ont dit sa mort,
de mon coeur le sang a reflué vers l’âme.»
***
`Mir armen wîbe was ze wol,
dô ich gedâhte an in,
und wie mîn teil an sînem lîbe lac.
Daz ich des nû niht haben sol,
des gât mit sorgen hin,
swáz ich iemermê geleben mac.
Mîner wunnen spiegel der ist verlorn :
den ich mir héte ze sumerlîcher ougenweide erkorn,
dez muoz ich leider aenic sîn.
Dô man mir seite, er wáere tôt,
ze hant viel mir der muot von dem hérzen ûf die sêle mîn.’
(Reinmar de Hagueneau)
Illustration: Christophe Renoux
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Publié par arbrealettres le 21 novembre 2011

Quand les choses vers la lumière s’avancent,
je n’ose demander si c’est le jour
Une si grande détresse en est cause
que rien ne me peut secourir.
Je me souviens d’un temps bien différent.
Le tourment ne pesait alors sur mon coeur.
Chaque matin me réconfortait le chant des oiseaux.
Mais si bientôt elle ne me vient en aide,
été comme hiver me dureront sans fin.
***
Sô ez iender nâhet gégen dem tage,
sô getár ich niht gefrâgen `ist ez tac’ ?
Daz kúmet mir vón sô grôzer klage,
daz éz mir niht ze helfe komen mac.
Dóch gedenke ich wol, daz ich sîn anders pflac
hie vór, dô mir diu sorge niht sô ze herzen lac.
Íemer an dem mórgen troeste ich mich der vogele sanc.
Mime kóme ir hélfe an der zît,
mir ist beidiu sumer unde winter alze lanc.
(Reinmar de Hagueneau)
Illustration: Christophe Renoux
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Publié par arbrealettres le 21 novembre 2011

Je porte au fond de moi un amour
que pour mon bonheur je n’ai pas oublié.
Je chante en son honneur mes plus beaux chants
et c’est en toute foi que je le dis.
Elle me sera toujours plus que les autres femmes,
bien des années je la garderai en mon coeur.
Ai-je besoin d’autre peine
quand déjà je suis loin d’elle?
C’est là la raison de ma plainte
et qui souvent me fait tant souffrir.
***
Ein hep ich mir vil nâhe trage,
des ich ze guote nie vergaz.
Des ère singe ich unde sage,
mit guoten triuwen mein ich daz.
Si muoz mir iemer sîn vor allen wîben :
an dem múote wil ich manigiu jar belîben.
Waz bedárf ich leides mêre,
wán daz ich si fremede,
das klage ich unde müeget mich dícke sêre.
(Reinmar de Hagueneau)
Illustration: Christophe Renoux
Publié dans poésie | Tagué: (Reinmar de Hagueneau), amour, bonheur, chanter, coeur, femme, foi, fond, garder, honneur, loin, oublié, plainte, plus, souffrir | 2 Commentaires »