Le dernier chagrin s’est tu —
Oubli
Qui nulle perte ne ressent,
Nul espoir ne discerne,
Ultime appauvrissement —
Les plus profonds souvenirs abolis,
Toutes les larmes d’amour sont poussière.
***
The last sorrow silent —
Forgetfulness
That feels no loss,
No hope discerns,
Saddest impoverishment
When deepest memories fade
And all love’s tears are dust.
Oiseau étrange à travers mon ciel du soir —
Qui te guide, âme qui passe,
Dans ce vol loin par delà
L’étoile évanescente de la terre?
Avec la certitude d’un désir sauvage
Tu suis ta route ailée sans trace
Au fond de la nuit sans rivage.
***
Strange bird across my evening sky —
Who, passing soul, your guide
On that far flight
Beyond earth’s dwindling star?
With certainty of strong desire
You wing your traceless way
Into harbourless night.
Désir des lèvres et des hanches
Une tombe nous sépare,
Trop large pour l’étreinte,
Ou le toucher des doigts.
Le langage de la chair
Trop faiblement gémit :
Jamais pourtant amant ne gît
Comme les morts si près du coeur.
***
Longing of lips and thighs —
A grave apart,
For arms’ embrace too wide,
Or fingers’ touch.
The language of the flesh
Too faintly cries:
And yet no lover lies
As the dead so close at heart.
Nous avançons
sur un miroir
sans tain
sur un cristal
sans nuages.
Si l’iris naissait
à l’envers
si la rose naissait
à l’envers
si toutes les racines
regardaient les étoiles
et que la mort ne fermât point
les yeux
nous serions comme des cygnes.
L’odeur du feu de bois, du pain grillé,
l’odeur de four, d’étincelle et de vie
soyez adroits puisque vous les aimez
si proches d’être odeurs de l’incendie.
Je m’enfonçai
vers l’heure mortelle.
Heure de l’agonie
et des derniers baisers.
Heure grave que rêvent
les carillons captifs
Coucous
sans coucou.
Etoile de rouille
énormes papillons
livides.
Par le bocage
des soupirs
vibrait
le violon
que j’avais enfant.
Il te faudra passer par là
mon coeur!
Par là
mon coeur!
J’aime tant ton visage
que je n’en dors plus.
Je veille sur ton enfance.
Le vent peut battre mes vitres,
le chat sur le tapis de Perse
peut s’étirer devant le feu,
le plafond en ses recoins d’ombre,
receler tous les mystères de notre amour,
et les redire à la nuit qui enveloppe ma maison,
rien ne pourra atteindre en moi ta présence
toujours renouvelée,
perpétuellement vagabonde,
et tes mains qui font une grille à mes rêves.