Arbrealettres

Poésie

Archive pour novembre 2011

Le dernier chagrin s’est tu (Kathleen Raine)

Publié par arbrealettres le 18 novembre 2011



Le dernier chagrin s’est tu —
Oubli
Qui nulle perte ne ressent,
Nul espoir ne discerne,
Ultime appauvrissement —
Les plus profonds souvenirs abolis,
Toutes les larmes d’amour sont poussière.

***

The last sorrow silent —
Forgetfulness
That feels no loss,
No hope discerns,
Saddest impoverishment
When deepest memories fade
And all love’s tears are dust.

(Kathleen Raine)

Illustration: Pablo Picasso

 

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Oiseau étrange à travers mon ciel du soir (Kathleen Raine)

Publié par arbrealettres le 18 novembre 2011



Oiseau étrange à travers mon ciel du soir —
Qui te guide, âme qui passe,
Dans ce vol loin par delà
L’étoile évanescente de la terre?
Avec la certitude d’un désir sauvage
Tu suis ta route ailée sans trace
Au fond de la nuit sans rivage.

***

Strange bird across my evening sky —
Who, passing soul, your guide
On that far flight
Beyond earth’s dwindling star?
With certainty of strong desire
You wing your traceless way
Into harbourless night.

(Kathleen Raine)

Illustration

 

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Désir des lèvres et des hanches (Kathleen Raine)

Publié par arbrealettres le 18 novembre 2011



Désir des lèvres et des hanches
Une tombe nous sépare,
Trop large pour l’étreinte,
Ou le toucher des doigts.
Le langage de la chair
Trop faiblement gémit :
Jamais pourtant amant ne gît
Comme les morts si près du coeur.

***

Longing of lips and thighs —
A grave apart,
For arms’ embrace too wide,
Or fingers’ touch.
The language of the flesh
Too faintly cries:
And yet no lover lies
As the dead so close at heart.

(Kathleen Raine)

Illustration: René Magritte

 

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Je vous ai bien eus (Michel Sardou)

Publié par arbrealettres le 18 novembre 2011



Je sortais tout droit du Grand Meaulnes
Avec mes airs d’adolescent.
Je n’étais pourtant plus un môme
Depuis déjà longtemps.

Tu me prenais pour un poète,
Le pauvre type de toujours.
Les filles se payaient ma tête
Quand je parlais d’amour.

Je vous ai bien eus.
Je vous ai bien eus.

Je disais souvent : “L’Amérique,
Je sais que moi j’irai un jour
Et que j’en reviendrai plus riche
Que Dupont de Nemours.”

J’ai pris tous les avions du monde,
Dormi dans tous les trains de nuit,
Aimé dans des bordels immondes
Des femmes aux cheveux gris.

Je vous ai bien eus.
Je vous ai bien eus.

Je n’vous ressemblais pas.
Vous ne m’avez pas cru
Mais je vous ai bien eus,
Je vous ai bien eus.

J’ai toujours dansé sur les vagues
Quand on croyait que je sombrais.
Ma vie avait l’air d’une blague
Et pourtant, c’était vrai.

Je me suis fait, des jours de fête,
Eclater des fusées d’amour,
Comme je vais faire sauter ma tête
A l’aube du dernier jour.

Je vous ai bien eus.
Je vous ai bien eus.

Y avait déjà longtemps
Que je ne m’aimais plus
Mais je vous ai bien eus,
Je vous ai bien eus.

(Michel Sardou)

Illustration

 

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Terre (Federico Garcia Lorca)

Publié par arbrealettres le 18 novembre 2011

Nous avançons
sur un miroir
sans tain
sur un cristal
sans nuages.
Si l’iris naissait
à l’envers
si la rose naissait
à l’envers
si toutes les racines
regardaient les étoiles
et que la mort ne fermât point
les yeux
nous serions comme des cygnes.

(Federico Garcia Lorca)

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Caprice (Federico Garcia Lorca)

Publié par arbrealettres le 18 novembre 2011

Derrière tout miroir
est une étoile morte
et un arc-en-ciel enfant
qui dort.

Derrière tout miroir
est un calme éternel
et un nid de silences
jamais envolées.

Le miroir est la momie
de la source. Il se ferme
la nuit.
Coquille de lumière.

Le miroir
est la rosée naissante
le livre qui dissèque
les crépuscules, l’écho devenu chair.

(Federico Garcia Lorca)

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L’odeur du feu de bois (Robert Mallet)

Publié par arbrealettres le 18 novembre 2011

L’odeur du feu de bois, du pain grillé,
l’odeur de four, d’étincelle et de vie
soyez adroits puisque vous les aimez
si proches d’être odeurs de l’incendie.

(Robert Mallet)

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Les mots (Jean-Louis Giovannoni)

Publié par arbrealettres le 18 novembre 2011

Les mots n’ouvrent pas assez.

(Jean-Louis Giovannoni)

Illustration

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Broussaille (Federico Garcia Lorca)

Publié par arbrealettres le 18 novembre 2011


Je m’enfonçai
vers l’heure mortelle.
Heure de l’agonie
et des derniers baisers.
Heure grave que rêvent
les carillons captifs
Coucous
sans coucou.
Etoile de rouille
énormes papillons
livides.
Par le bocage
des soupirs
vibrait
le violon
que j’avais enfant.

Il te faudra passer par là
mon coeur!
Par là
mon coeur!

(Federico Garcia Lorca)

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Dormir (Bernard Delvaille)

Publié par arbrealettres le 18 novembre 2011

J’aime tant ton visage
que je n’en dors plus.
Je veille sur ton enfance.
Le vent peut battre mes vitres,
le chat sur le tapis de Perse
peut s’étirer devant le feu,
le plafond en ses recoins d’ombre,
receler tous les mystères de notre amour,
et les redire à la nuit qui enveloppe ma maison,
rien ne pourra atteindre en moi ta présence
toujours renouvelée,
perpétuellement vagabonde,
et tes mains qui font une grille à mes rêves.

(Bernard Delvaille)

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