Arbrealettres

Poésie

Archive pour novembre 2011

Enfonce-toi dans l’inconnu qui creuse (René Char)

Publié par arbrealettres le 27 novembre 2011


Enfonce-toi dans l’inconnu qui creuse
Oblige-toi à tournoyer.

(René Char)

 

 

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Au plus fort de l’orage (René Char)

Publié par arbrealettres le 27 novembre 2011


Au plus fort de l’orage,
il y a toujours un oiseau pour nous rassurer.
C’est l’oiseau inconnu.
Il chante avant de s’envoler.

(René Char)

Illustration: Philippe Zacharie

 

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Bras (Charles Vildrac)

Publié par arbrealettres le 27 novembre 2011


Bras

… Bras d’Europe crispés au cou noir du taureau;
Bras alanguis d’Ophélia au fil de l’eau…

(Charles Vildrac)

Illustration: Stéphane Lord

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Bras (Charles Vildrac)

Publié par arbrealettres le 27 novembre 2011


Bras

… Bras musclés brandissant le pic ou la massue;
Bras des rudes travaux; bras qui saignent, qui suent.
[...]
Bras des femmes… faiblesse et douceur… harmonie;
Oasis où notre inquiétude est endormie;

(Charles Vildrac)

Illustration

 

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La ligne de ton cou se subtilise (Charles Vildrac)

Publié par arbrealettres le 27 novembre 2011


… La ligne de ton cou se subtilise,
Blottissons-nous bien dans le fauteuil noir;
Tout baigne feutré dans la couleur grise,
Laissons sur nos coeurs si pareils pleuvoir
La triste douceur qui les prend le soir,
Chaque fois qu’un jour bien cher agonise.

(Charles Vildrac)

Illustration: Anne Desmazures

 

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Les Idées sont en route depuis longtemps (Charles Vildrac)

Publié par arbrealettres le 27 novembre 2011


Les Idées sont en route
Depuis longtemps,
Et vont coûte que coûte
Par tous les temps…

… Quelles embûches l’Ignorance,
A disposées sur leur chemin!
Et quels clous de souffrance
Bêtise planta dans leurs mains!

Mais elles s’en allaient, sublimes, résignées,
Elles laissaient pleurer leurs yeux hallucinés,
Leurs beaux yeux,
Et parlaient sourdement, la bouche bâillonnée,
Par les mauvaises routes,
Et sans qu’on les écoute…

(Charles Vildrac)

Illustration: Eugène Delacroix

 

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Rien n’est détruit (Raphaële George)

Publié par arbrealettres le 27 novembre 2011

Peut-être y avait-il quelqu’un,
quelqu’un d’absent – cette seule idée suffit pour lever
nos peurs.

Nous pouvions sans honte appartenir à l’Etendue.

Nous l’appelions Dieu et maintenant le Doute.
Le vide qui l’entoure s’est agrandi…
Loin après, le cri libre des mouettes
et la danse des libellules au fond des prés.

Jette-toi dans la mort,
rien n’est détruit.

(Raphaële George)

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Au sommeil (Goethe)

Publié par arbrealettres le 27 novembre 2011


Toi qui, de tes pavots, enchaînes
Les yeux mêmes des Dieux et mênes
Souvent des mendiants au trône
Et des bergers près d’une belle,
Ecoute: Je ne te demande
Rien de chimérique aujourd’hui;
C’est le plus grand de tes services,
Bien-aimé, qu’il te faut me rendre.

Assis aux côtés de ma belle,
Je lis dans ses yeux du désir
Et je peux, sous la soie jalouse,
Voir se soulever sa poitrine;
Souvent l’Amour l’avait livrée
à mes baisers? mais il me faut
Etre privé de ce bonheur;
Inflexible, sa mère veille.

Ce soir, tu me retrouveras
Chez elle. Oh! entre, et, de tes plumes,
Répands l’odeur de tes pavots,
Dans le sommeil plonge sa mère!
Aux lueurs pâles des bougies
Qu’Annette, brûlante d’amour,
Comme sa mère dans les tiens,
S’abatte dans mes bras avides!

***

An den Schlaf

Der du mit deinem Mohne
Selbst Götteraugen zwingst
Und Bettler oft zum Throne,
Zum Mädchen Schäfer bringst,
Vernimm: Kein Traumgespinste
Verlang ich heut von dir.
Den größten deiner Dienste,
Geliebter, leiste mir.

An meines Mädchens Seite
Sitz ich, ihr Aug spricht Lust,
Und unter neid’scher Seide
Steigt fühlbar ihre Brust;
Oft hatte meinen Küssen
Sie Amor zugebracht,
Dies Glück muß ich vermissen,
Die strenge Mutter wacht.

Am Abend triffst du wieder
Mich dort, o tritt herein,
Sprüh Mohn von dem Gefieder,
Da schlaf die Mutter ein:
Bei blassem Lichterscheinen,
Von Lieb Annette warm
Sink, wie Mama in deinen,
In meinen giergen Arm!

(Goethe)

Illustration: Pierre-Narcisse Guérin

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Malin Plaisir (Goethe)

Publié par arbrealettres le 27 novembre 2011

Sous la forme d’un papillon
Je vole, après mon dernier souffle,
Vers les lieux que j’ai tant aimés,
Ces témoins de plaisirs célestes:
Sur les prairies, au bord des sources,
Autour d’un coteau, par le bois.

J’épie un couple d’amants tendres;
J’abaisse, du front de la belle,
Des fleurs qui l’ornent, mes regards;
Tout ce que la mort m’a ravi,
Là, je le revois en image
Et suis heureux comme je fus.

Muette, elle sourit, l’enlace;
Sa bouche à lui savoure l’heure
Que lui envoient des dieux propices,
S’ébat du sein jusqu’à la bouche,
De la bouche jusques aux mains,
Et je m’ébats autour de lui.

Elle me voit – ce papillon …
Tremblant de désir de l’aimé,
Elle fait un bond; je m’envole.
“Chéri, viens! Nous l’attraperons!
Viens donc! J’aimerais tant l’avoir,
Tant, ce petit rien diapré”.

***

Schadenfreude

In des Papillons Gestalt
Flattr’ ich, nach den letzten Zügen,
Zu den vielgeliebten Stellen,
Zeugen himmlischer Vergnügen,
Ober Wiesen, an die Quellen,
Um den Hügel, durch den Wald.

Ich belausch’ ein zärtlich Paar.
Von des schönen Mädchens Haupte
Aus den Kränzen schau’ ich nieder;
Alles, was der Tod mir raubte,
Seh’ ich hier im Bilde wieder,
Bin so glücklich, wie ich war.

Sie umarmt ihn lächelnd stumm,
Und sein Mund genießt der Stunde,
Die ihm güt’ge Götter senden,
Hüpft vom Busen zu dem Munde,
Von dem Munde zu den Händen,
Und ich hüpf’ um ihn herum.

Und sie sieht mich Schmetterling.
Zitternd vor des Freunds Verlangen
Springt sie auf, da flieg’ ich ferne.
“Liebster, komm’, ihn einzufangen!
Komm’ ich hätt’ es gar zu gerne,
Gern das kleine bunte Ding.”

(Goethe)

Illustration

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Au bord de la rivière (Goethe)

Publié par arbrealettres le 27 novembre 2011

Coulez vers la mer de l’oubli,
Chansons aimées! Que nul jeune homme
N’aille plus vous chanter, ravi,
Et nulle fille au temps des fleurs.

Vous parliez de mon aimée seule,
Qui aujourd’hui raille ma foi.
Vous fûtes écrites sur l’eau,
Ecoulez-vous donc avec elle.

***

Verfliesset, vielgeliebte Lieder,
Zum Meere der Vergessenheit!
Kein Knabe sing entzückt euch wieder,
Kein Mädchen in der Blütenzeit.

Ihr sanget nur von meiner Lieben;
Nun spricht sie meiner Treue Hohn.
Ihr wart ins Wasser eingeschrieben;
So fliesst denn auch mit ihm davon.

(Goethe)

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