Toujours la pensée revient
Toujours la poésie voyage
(Adonis)
Publié par arbrealettres le 30 décembre 2011
Toujours la pensée revient
Toujours la poésie voyage
(Adonis)
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Publié par arbrealettres le 30 décembre 2011
L’arbre interroge ses branches
mais c’est le vent qui lui répond
***
Quand l’air apparaît
les branches rivalisent
pour tendre le cou
***
L’arbre aime chanter des chants
dont le vent ne se souvient pas
(Adonis)
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Publié par arbrealettres le 30 décembre 2011
Ta pâle image
scintille en eux
Paix à toi – féminité de la terre
(Adonis)
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Publié par arbrealettres le 30 décembre 2011

UNE NUIT D’HIVER
La tempête pose la bouche sur la maison
et souffle pour donner le ton.
Je dors nerveusement, me retourne, lis
les yeux fermés le texte de la tempête.
Mais les yeux de l’enfant ont grandi dans le noir
et la tempête, elle, gronde pour l’enfant.
Ils aiment tous les deux les lampes qui balancent.
Et restent tous les deux à mi-chemin des mots.
La tempête a des mains enfantines et des ailes.
La caravane s’emballe vers les terres lapones.
Et la maison sait quelle constellation de clous
fait tenir ses cloisons.
La nuit est calme sur notre sol
(où les pas effacés
reposent comme les feuilles englouties par l’étang)
mais la nuit est sauvage dehors !
Ils ont ce teint théâtral qu’on trouve dans les flammes.
Que leurs feuilles sont précises ! Elles me suivent chez moi.
Je suis couché et vais m’assoupir, je vois des images et des signes
inconnus qui s’inscrivent d’eux-mêmes derrière mes paupières
sur le mur de la nuit. Une grande enveloppe essaie vainement
de se glisser par l’interstice situé entre le rêve et l’état éveillé.
(Tomas Tranströmer)
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Publié par arbrealettres le 29 décembre 2011

NOCTURNE
Je traverse un village dans la nuit, les maisons surgissent
à la lueur des phares – elles sont réveillées, et elles veulent boire.
Des maisons, des granges, des panneaux, des véhicules
sans maître – c’est maintenant qu’ils se drapent de Vie. Les hommes dorment :
certains ont le sommeil paisible, d’autres les traits tendus
comme s’ils pratiquaient un entraînement pénible pour l’éternité.
Quoique leur sommeil soit profond, ils n’osent rien lâcher.
Et reposent comme des barrières baissées quand passe le mystère.
Après le village, la route avance longuement parmi les arbres de la forêt.
Et les arbres s’accordent pour se taire.
Ils ont ce teint théâtral qu’on trouve dans les flammes.
Que leurs feuilles sont précises ! Elles me suivent chez moi.
Je suis couché et vais m’assoupir, je vois des images et des signes
inconnus qui s’inscrivent d’eux-mêmes derrière mes paupières
sur le mur de la nuit. Une grande enveloppe essaie vainement
de se glisser par l’interstice situé entre le rêve et l’état éveillé.
(Tomas Tranströmer)
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Publié par arbrealettres le 29 décembre 2011

CIEL À MOITIÉ ACHEVÉ
L’accablement suspend son vol.
L’angoisse suspend sa course.
Le vautour cesse de fuir.
Fougueuse, la lumière afflue,
même les fantômes en prennent une gorgée.
Et nos tableaux ressortent au grand jour,
animaux rouges de nos ateliers de l’ère glaciaire.
Tout regarde à l’entour.
Nous marchons par centaines sous le soleil.
Les hommes restent une porte entrebâillée
donnant sur une salle commune.
Le sol interminable sous nos pas.
L’eau reluit entre les arbres.
Le lac est une fenêtre ouverte sur la terre.
(Tomas Tranströmer)
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Publié par arbrealettres le 29 décembre 2011

UNE SILHOUETTE DE NAGEUR OBSCURE
À propos d’une peinture préhistorique
sur un rocher du Sahara:
une silhouette de nageur obscure
dans une ancienne rivière qui est jeune pourtant.
Sans armes ni stratégies
sans reposer ni même bondir
mais toujours séparée de son ombre :
elle glisse sur le fond du courant.
Il avait lutté pour se défaire
d’une image verdâtre et assoupie,
pour enfin rejoindre le rivage
et ne faire qu’un avec son ombre.
(Tomas Tranströmer)
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Publié par arbrealettres le 29 décembre 2011

DANS LE DELTA DU NIL
La jeune épouse pleurait droit dans son assiette
à l’hôtel, après une journée passée dans cette ville
où elle avait vu des malades ramper et s’affaler
et des enfants qui allaient mourir à force de misère.
Elle monta avec l’homme dans la chambre
qu’on avait aspergée d’eau pour lier la saleté.
Ils se couchèrent chacun dans leur lit et sans dire grand-chose.
Elle sombra dans un profond sommeil. Il resta éveillé.
Dehors, dans l’obscurité, courait un immense vacarme.
Rumeurs, bruits de pas, cris, carrioles, chansons.
Cela se faisait dans la détresse. Cela ne s’arrêtait jamais.
Puis il s’assoupit, replié sur une négation.
Vint un rêve. Il voyageait en mer.
L’eau grise s’anima
et une voix lui dit: «Il y a quelqu’un qui est bon.
Quelqu’un qui sait tout voir sans jamais nous haïr.»
(Tomas Tranströmer)
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Publié par arbrealettres le 29 décembre 2011
LE PALAIS
Nous entrâmes. Rien qu’une salle immense
silencieuse et vide, où la surface du sol miroitait
comme la glace d’une patinoire abandonnée.
Toutes portes fermées. L’air était gris.
Des peintures aux murs. Où l’on voyait
grouiller des images sans vie : des boucliers, des plateaux
de balance, des poissons, des silhouettes de guerriers
dans un monde sourd et muet de l’autre côté.
Une sculpture était exposée dans le vide :
seul, au centre de la salle, se dressait un cheval,
que nous ne remarquâmes tout d’abord pas
tant le vide nous captivait.
Plus faiblement que les murmures d’un coquillage,
on percevait les bruits et les voix de la ville
tournoyant dans cet espace désert et
bourdonnant à la recherche du pouvoir.
Autre chose encore. Quelque chose d’obscur
vint se poster aux cinq entrées de nos
sens mais sans les franchir.
Le sable s’écoulait dans les verres du silence.
Il était temps de bouger. Nous nous approchâmes
du cheval. Il était gigantesque,
noir comme du métal. Une image du pouvoir
restée là après le départ des princes.
Le cheval nous dit: «Je suis l’Unique.
J’ai désarçonné le vide qui me chevauchait.
Voilà mes écuries. Je grandis peu à peu.
Et je mange le silence ici répandu.»
(Tomas Tranströmer)
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Publié par arbrealettres le 29 décembre 2011
ESPRESSO
Le café noir du service en terrasse
aux tables et aux chaises aussi gracieuses que des insectes.
Ces gouttes précieuses et captées
ont le même pouvoir qu’un Oui ou un Non.
On les sort du fond de bistrots obscurs
et elles fixent le soleil sans ciller.
Dans la lumière du jour, un point d’une noirceur bienfaitrice
qui se répand très vite dans un hôte blafard.
Il rappelle ces gouttes de noire clairvoyance
que l’esprit happe parfois et
qui nous donnent une bourrade salutaire : vas-y !
Une exhortation à ouvrir les yeux.
(Tomas Tranströmer)
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