Arbrealettres

Poésie

Archive pour décembre 2011

DE LA MONTAGNE (Tomas Tranströmer)

Publié par arbrealettres le 29 décembre 2011


DE LA MONTAGNE

Je suis sur la montagne et contemple la baie.
Les bateaux reposent à la surface de l’été.
« Nous sommes des somnambules. Des lunes à la dérive. »
Voilà ce que les voiles blanches me disent.

« Nous errons dans une maison assoupie
Nous poussons doucement les portes.
Nous nous appuyons à la liberté. »
Voilà ce que les voiles blanches me disent.

J’ai vu un jour les volontés du monde s’en aller.
Elles suivaient le même cours – une seule flotte.
« Nous sommes dispersées maintenant. Compagnes de personne. »
Voilà ce que les voiles blanches me disent.

(Tomas Tranströmer)

 

 

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Cet étonnement (Tomas Tranströmer)

Publié par arbrealettres le 29 décembre 2011



Cet étonnement toujours aussi immense
quand l’île me tend la main
et me tire de ma tristesse.

(Tomas Tranströmer)

 

 

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DÉGEL DE MIDI (Tomas Tranströmer)

Publié par arbrealettres le 29 décembre 2011



DÉGEL DE MIDI

L’air matinal délivrait ses lettres aux timbres incandescents.
La neige scintillait et les fardeaux semblaient soudain
légers – un kilo pesait 700 grammes et pas plus.

Le soleil était au-dessus des glaces, immobile en plein
vol et aussi chaud que froid.
Le vent avançait doucement, comme s’il poussait une
voiture d’enfant.

Les familles sortaient, voyaient le ciel dégagé pour la
première fois depuis longtemps.
Nous étions au premier chapitre d’une histoire extraordinaire.

Les rayons du soleil s’accrochaient aux toques de
fourrure comme le pollen aux bourdons
et les rayons du soleil s’accrochèrent au mot HIVER
pour y demeurer jusqu’à ce que l’hiver fût passé.

Je restai songeur devant la nature morte des madriers
dans la neige. Je leur demandai :
« Me suivrez-vous dans l’enfance ? » Et ils répondirent :
« Oui. »

Parmi les ronces, on entendait murmurer des mots dans une langue nouvelle
dont les voyelles étaient le bleu du ciel et les consonnes,
quelques brindilles noires dites si doucement au-dessus de la neige.

Mais l’avion soldé tira sa révérence sur ses jupes tonnantes
et fit que le silence devint encore plus profond.

(Tomas Tranströmer)

 

 

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UT MAJEUR (Tomas Tranströmer)

Publié par arbrealettres le 29 décembre 2011


UT MAJEUR

Lorsqu’il se retrouva dans la rue après son rendez-vous galant
la neige tourbillonnait au vent.
L’hiver était venu
alors qu’ils s’étreignaient.
La nuit blanche luisait.
Il marchait à grands pas joyeux.
La ville entière paraissait en pente.
Des sourires croisés -
chacun souriait derrière son col dressé.
C’était la liberté !
Et les points d’interrogation chantaient la présence divine.
Pensait-il.
Une musique se détacha
pour avancer à grands pas
dans la neige en tempête.
Tout convergeait vers la note do.
Une boussole incertaine dirigée vers le do.
Une heure passée au-delà des souffrances.
Tout semblait si facile!
Et chacun souriait derrière son col dressé.

(Tomas Tranströmer)

Illustration: Leonid Afremov

 

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LE VOYAGE (Tomas Tranströmer)

Publié par arbrealettres le 29 décembre 2011



LE VOYAGE

Dans la station de métro.
Le coude à coude entre les affiches
dans une lumière morte au regard égaré.

Le train arriva pour emmener
les visages et les porte-documents.

À la prochaine, l’obscurité. Nous étions assis
comme des statues dans ces voitures
qui dérapaient dans les cavernes.
Contraintes, rêveries, servitudes.

On vendait les nouvelles de la nuit
aux arrêts situés sous le niveau de la mer.
Les gens étaient en mouvement, chagrins et
taciturnes sous le cadran des horloges.

Le train transportait
les pardessus et les âmes.

Dans tous les sens, des regards
lors du voyage dans la montagne.
Et nul changement en vue.

Près de la surface pourtant, les bourdons
de la liberté s’étaient mis à vrombir.
Nous sortîmes de terre.

Une seule fois, le pays battit
des ailes avant de s’immobiliser
à nos pieds, vaste et verdoyant.

Les épis de blé arrivaient en vol
au-dessus des quais.
Terminus! J’étais allé
bien au-delà.

Combien étions-nous encore? Quatre,
cinq, à peine plus.

Et les maisons, les routes, les nuages,
les criques bleues et les montagnes
ouvrirent leurs fenêtres.

(Tomas Tranströmer)

Illustration

 

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DANS LA FORÊT (Tomas Tranströmer)

Publié par arbrealettres le 29 décembre 2011


DANS LA FORÊT

Cet endroit qu’on appelle les marais de Jacob :
comme la cave d’une journée d’été
où la lumière surit en un breuvage
au goût de grand âge et de coupe-gorge.

Les géants affaiblis sont si enchevêtrés
que rien ne parvient à tomber.
Le bouleau brisé pourrit là,
au garde-à-vous, comme un dogme.

Je remonte du fond de la forêt.
La lumière renaît entre les troncs.
La pluie s’abat sur mes toitures.
Je suis la gouttière des impressions.

L’air s’adoucit à l’orée du bois. -
De grands sapins, détournés et obscurs,
dont le mufle s’est enfoui dans l’humus de la terre,
lapent l’ombre de la pluie.

(Tomas Tranströmer)

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TINTEMENT (Tomas Tranströmer)

Publié par arbrealettres le 29 décembre 2011


TINTEMENT

Et la grive sifflait son chant sur les os des morts.
Nous étions sous un arbre et voyions le temps s’écouler.
Le cimetière et la cour de l’école se rejoignirent et grandirent
comme deux courants dans l’océan.

Le tintement des cloches de l’église s’éparpilla aux
quatre vents, porté par les doux bras de levier d’un planeur.
Laissant sur la terre un silence plus imposant encore
et les pas paisibles d’un arbre, les pas paisibles d’un arbre.

(Tomas Tranströmer)

 

 

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FACE À FACE (Tomas Tranströmer)

Publié par arbrealettres le 29 décembre 2011


FACE À FACE

En février, la vie était à l’arrêt.
Les oiseaux volaient à contre coeur et l’âme
raclait le paysage comme un bateau
se frotte au ponton où on l’a amarré.

Les arbres avaient tourné le dos de ce côté.
L’épaisseur de la neige se mesurait aux herbes mortes.
Les traces de pas vieillissaient sur les congères.
Et sous une bâche, le verbe s’étiolait.

Un jour, quelque chose s’approcha de la fenêtre.
Le travail s’arrêta, je levai le regard.
Les couleurs irradiaient. Tout se retournait.
Nous bondîmes l’un vers l’autre, le sol et moi.

(Tomas Tranströmer)

Illustration: Leonid Afremov

 

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L’ARBRE ET LE FIRMAMENT (Tomas Tranströmer)

Publié par arbrealettres le 29 décembre 2011


L’ARBRE ET LE FIRMAMENT

Un arbre marche sous la pluie,
passe à côté de nous dans la grisaille ruisselante.
Il a une mission. Il soutire la vie à la pluie
comme un merle à un verger.

Quand la pluie cesse, l’arbre s’arrête.
Il brille, paisible et droit dans la nuit scintillante
dans l’attente comme nous de l’instant
où les flocons de neige viendront éclore dans l’univers.

(Tomas Tranströmer)

Illustration

 

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PRISON (Tomas Tranströmer)

Publié par arbrealettres le 29 décembre 2011


PRISON

Ils jouent au football
soudaine confusion – la balle
a fait le mur.

*

Ils font souvent du bruit
pour effrayer le temps jusqu’à
ce qu’il trotte plus vite.

*

Des vies mal épelées -
la beauté subsiste sous forme
de tatouages.

*

Quand on reprit le fugitif
il avait les poches pleines
de chanterelles.

*

Le fracas des ateliers
et les pas lourds du mirador
déroutaient la forêt.

*

Le portail s’ouvre en glissant
nous voici dans la cour du pénitencier
dans une nouvelle saison.

Les lampes du mur s’allument -
le pilote du vol de nuit voit une tache
de lumière irréelle.

*

Nuit – un semi-remorque
passe tout près, les détenus
rêvent en tremblant.

*

Le garçon boit du lait
et s’endort tranquille dans sa cellule
une mère de pierre.

(Tomas Tranströmer)

Illustration

 

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