Archive pour décembre 2011
Publié par arbrealettres le 27 décembre 2011

ENTRÉE LE MATIN
Le goéland à manteau noir, ce marin du soleil, garde le cap.
Sous lui, la mer.
Le monde sommeille encore telle
une pierre multicolore qui repose dans l’eau.
Journée inexpliquée. Des jours -
pareils à l’écriture des Aztèques!
La musique. Et j’étais prisonnier
de sa haute lice,
les bras levés – comme une figure
de l’art populaire.
(Tomas Tranströmer)
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Publié par arbrealettres le 27 décembre 2011
LES PIERRES
Les pierres que nous avons jetées, je les entends
tomber, cristallines, à travers les années. Les actes
incohérents de l’instant volent dans
la vallée en glapissant d’une cime d’arbre
à une autre, s’apaisent
dans un air plus rare que celui du présent, glissent
telles des hirondelles du sommet d une montagne
à l’autre, jusqu’à ce qu’elles
atteignent les derniers hauts plateaux
à la frontière de l’existence. Où nos
actions ne retombent
cristallines
sur d’autres fonds
que les nôtres.
(Tomas Tranströmer)
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Publié par arbrealettres le 27 décembre 2011

PRÉLUDE
L’éveil est un saut en parachute hors du rêve.
Libéré du tourbillon qui l’étouffe, le voyageur
tombe dans les zones vertes du matin.
Les objets s’enflamment. Il distingue – dans la position palpitante
du pinson – les phares puissants d’un système radiculaire
qui tournoie dans les bas-fonds. Mais au-dessus de la terre
il y a – en un flux tropical – cette verdure aux
bras dressés, à l’écoute
des rythmes d’une pompe invisible. Et il
descend vers l’été, se laisse chuter
dans son cratère éblouissant, glisse
le long du puits d’ères vertes et humides
vibrant sous la turbine du soleil. Ainsi s’arrête
dans l’instant sa course verticale et les ailes se déploient
pour le repos d’un aigle pêcheur au-dessus des eaux qui filent.
Le son banni
d’une trompe de l’âge de bronze
reste accroché au-dessus de l’abîme.
Aux premières heures du jour, la conscience peut étreindre le monde
comme une main saisit une pierre chauffée par le soleil.
Le voyageur est sous l’arbre. Après
sa chute dans le tourbillon de la mort,
une grande lueur : va-t-elle s’étendre sur sa tête ?
(Tomas Tranströmer)
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Publié par arbrealettres le 27 décembre 2011
J’égare les mots parmi les herbes
et je songe à un visage
(Tahar Ben Jelloun)
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Publié par arbrealettres le 27 décembre 2011
Quand nul ne la regarde,
La mer n’est plus la mer,
Elle est ce que nous sommes
Lorsque nul ne nous voit.
Elle a d’autres poissons,
D’autres vagues aussi.
C’est la mer pour la mer
Et pour ceux qui en rêvent
Comme je fais ici.
(Jules Supervielle)
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Publié par arbrealettres le 27 décembre 2011
Et la chanson de l’eau
Reste chose éternelle …
Toute chanson
est une eau dormante
de l’amour.
Tout astre brillant
une eau dormante
du temps.
Un noeud
du temps.
Et tout soupir
une eau dormante
du cri.
(Federico Garcia Lorca)
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Publié par arbrealettres le 27 décembre 2011
L’herbe aura poussé en brassées d’allégresse
Pour nos yeux qui offraient ce que nos coeurs voyaient,
Sur les sentiers battus de nos pas enchanteurs
Menant au fond du jour s’abreuver notre coeur
Avec, du bout des doigts, une folle tendresse.
C’était l’odeur d’un chant qui réveillait nos rêves,
Aux sources de son nom nous invitait la Terre,
Voulant apprivoiser aux caresses ses sèves
L’élan de notre soif qui enfantait les bois,
Et nos rires éclatés ensemençaient la terre.
Et nous étions pendus aux gouttes de lumière
Vibrant de chaque feuille pour s’en aller au vent,
Quand l’étreinte des branches nous tendait la première
La grâce d’être enfants essoufflés par les champs
Pour courir s’enivrer aux fontaines du temps.
L’herbe toujours poussait en brassées d’allégresse
Pour nos yeux qui offraient ce que nos yeux voyaient.
(Christine Lièvre)
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Publié par arbrealettres le 27 décembre 2011
Les confitures
“Niam ! Niam!”
Les confitures
qui nous damnent
Les confitures
Plein la figure
C’est ça
Les confitures
Les confitures
Ad vitam
Les confitures
Ad aeternam
Les confitures
Qui durent / qui durent /
C’est pas
Des confitures!
(Andrée Chédid)
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Publié par arbrealettres le 27 décembre 2011
Après une attente gratinée sous un soleil au beurre noir,
je finis par monter dans un autobus pistache
où grouillaient les clients comme asticots
dans un fromage trop fait.
Parmi ce tas de nouilles,
je remarquai une grande allumette
avec un cou long comme un jour
sans pain et une galette sur la tête
qu’entourait une sorte de fil à couper le beurre.
Ce veau se mit à bouillir parce qu’une sorte de croquant
(qui en fut baba) lui assaisonnait les pieds poulette.
Mais il cessa rapidement de discuter le bout de gras
pour se couler dans un moule devenu libre.
J’étais en train de digérer dans l’autobus de retour
lorsque devant le buffet de la gare Saint-Lazare,
je revis mon type tarte avec un croûton
qui lui donnait des conseils à la flan
à propos de la façon dont il était dressé.
L’autre en était chocolat.
(Raymond Queneau)
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Publié par arbrealettres le 27 décembre 2011
Dans leur cercueil de fer-blanc
plein d’huile au puant relent
marinent décapités
ces petits corps argentés
pareils aux guillotinés
là-bas au champ des navets!
Elles ont vu les mers, les
côtes grises de Thulé,
sous les brumes argentées
la Mer du Nord enchantée…
Maintenant dans le fer-blanc
et l’huile au puant relent
de toxiques restaurants
les servent à leurs clients!
Mais loin derrière la nue
leur pauvre âmette ingénue
dit sa muette chanson
au Paradis-des-poissons,
une mer fraîche et lunaire
pâle comme un poitrinaire,
la Mer de Sérénité
aux longs reflets argentés
où durant l’éternité,
sans plus craindre jamais les
cormorans et les filets,
après leur mort nageront
tous les bons petits poissons!…
Sans voix, sans mains, sans genoux*
sardines, priez pour nous!…
* Tout ce qu’il faut pour prier (note de l’auteur)
(Georges Fourest)
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