
Nuit.
Nous avons jeté
nos clés par la fenêtre.
Avons pris les étoiles.
Elles ouvrent.
(Yannis Ritsos)
Publié par arbrealettres le 22 janvier 2012

Nuit.
Nous avons jeté
nos clés par la fenêtre.
Avons pris les étoiles.
Elles ouvrent.
(Yannis Ritsos)
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Publié par arbrealettres le 22 janvier 2012

Ce qu’il y a de beau,
je l’appelle de ton nom;
oiseaux, montagnes, nuits
entendent et répondent.
(Yannis Ritsos)
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Publié par arbrealettres le 22 janvier 2012

Le corps
est un ciel.
Aucun vol
ne l’épuise.
(Yannis Ritsos)
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Publié par arbrealettres le 22 janvier 2012
Un chien perdu et noble
s’attarde devant la devanture d’une crèmerie misérable.
Une jeune passante le regarde;
il ne répond pas; son ombre s’étend sur le trottoir,
immense.
(Yannis Ritsos)
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Publié par arbrealettres le 22 janvier 2012

CONSÉQUENCES
Des années durant, il se tourmentait; il se déshabillait
devant des miroirs d’un grand ou d’un petit format,
devant n’importe quelle vitre; il essayait avec soin
une attitude, puis une autre, pour choisir, pour trouver
celle qui lui était la plus personnelle, la plus naturelle, pour devenir
sa propre statue accomplie — encore qu’il sût que les statues sont le plus souvent réservées
aux morts, et plus souvent encore à certains dieux inconnus, inexistants.
(Yannis Ritsos)
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Publié par arbrealettres le 22 janvier 2012

La nuit, j’entends les servantes qui déménagent mes meubles;
elles les descendent par l’escalier, — un miroir, porté comme une civière,
réfléchit les moulures rongées du plafond; une vitre heurte les grilles
— elle ne s’est pas brisée;
le vieux manteau sur le cintre soulève un instant ses bras vides,
les refourre dans ses poches;
(Yannis Ritsos)
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Publié par arbrealettres le 22 janvier 2012
Il est des instants étranges, uniques, presque cocasses.
Un homme marche à midi en portant un panier sur sa tête;
le panier lui cache entièrement le visage
comme s’il était sans tête ou déguisé,
portant une tête monstrueuse et sans yeux,
aux yeux innombrables.
Tel autre,qui flâne rêveusement dans le crépuscule,
trébuche quelque part, pousse un juron,
revient sur ses pas, cherche;
— un caillou minuscule; il le soulève; il l’embrasse;
puis il s’inquiète soudain : quelqu’un d’autre a pu le surprendre;
il s’éloigne d’un air coupable.
Une femme met sa main dans sa poche; elle n’y trouve rien;
elle ressort sa main, l’élève, l’observe attentivement :
une main imprégnée de la poussière du vide.
Un garçon de café a refermé sa paume sur une mouche
— il ne la serre pas;
un client l’appelle; il a oublié la mouche;
il desserre sa paume; la mouche s’envole, se pose sur le verre.
Un papier roule dans la rue avec hésitation,
en marquant des temps d’arrêt,
sans attirer l’attention de qui que ce soit, — cela lui plaît.
Pourtant, à chaque instant,
il émet un craquement particulier qui est un démenti;
comme s’il cherchait maintenant
quelque témoin incorruptible de sa marche modeste, mystérieuse.
Et toutes ces choses ont une beauté solitaire, inexplicable,
une peine très profonde venue de nos propres gestes, étrangers et inconnus
— n’est-ce pas?
(Yannis Ritsos)
Illustration: Théodore Géricault
American Beauty
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Publié par arbrealettres le 22 janvier 2012

[...] j’avais la sensation qu’une belle fiole en cristal s’était brisée,
que le parfum s’était répandu sur l’étalage poussiéreux.
Tous ceux qui passaient hésitaient vaguement un instant,
ils humaient l’air, se remémoraient un souvenir heureux
puis disparaissaient derrière les poivriers ou dans le fond de la rue.
Ce parfum, par moments, je le sens encore — je veux dire que je m’en souviens;
n’est-ce pas étrange?
— les événements que nous qualifions habituellement de graves s’évanouissent, s’éteignent —
le meurtre d’Agamemnon, l’égorgement de Clytemnestre
(on m’avait envoyé de Mycènes un beau collier de petits masques en or
réunis par leurs oreilles à l’aide d’anneaux
— je ne l’ai jamais porté). On les oublie;
d’autres, au contraire, accessoires, insignifiants, subsistent;
— je me souviens d’avoir vu un jour
un oiseau posé sur le dos d’un cheval;
et ce fait inexplicable me semblait m’expliquer (à moi seule entre tous)
un beau mystère
Je me souviens aussi, enfant, sur les rives de l’Eurotas,
auprès des tièdes lauriers-roses,
du bruit d’un arbre qui se dépouillait tout seul;
ses écorces tombaient mollement dans l’eau,
voguaient comme des trières, s’éloignaient,
et moi j’attendais qu’un papillon noir à rayures orange
vienne à tout prix se poser et s’étonne de se voir bouger
alors qu’il resterait immobile;
cela m’amusait que les papillons, avec toute leur science du ciel,
n’aient aucune notion de voyage au fil de l’eau et de navigation.
Le papillon vint.
(Yannis Ritsos)
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Publié par arbrealettres le 22 janvier 2012

Contempler le lever du jour!
La petite lueur fait s’évanouir les ombres immenses et diaphanes,
Le goût de l’air est bon à mon palais.
Poussées du monde en marche, ébats ingénus,
lever en silence, fraîcheur exhalée,
Effleurements obliques en haut et en bas.
Quelque chose que je ne puis voir dresse en l’air d’impudiques pointes,
Des mers éclatantes de suc inondent le ciel.
(Walt Whitman)
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Publié par arbrealettres le 22 janvier 2012

Si tu ne parviens pas à m’atteindre du premier coup ne perds pas courage,
Si tu ne me trouves à une place cherche-moi à une autre,
Je suis arrêté quelque part à t’attendre.
(Walt Whitman)
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