Arbrealettres

Poésie

Archives du 9 février 2012

Les ormes (Hector de Saint-Denys Garneau)

Publié par arbrealettres le 9 février 2012



Les ormes

Dans les champs
Calmes parasols
Sveltes, dans une tranquille élégance
Les ormes sont seuls ou par petites familles.
Les ormes calmes font de l’ombre
Pour les vaches et les chevaux
Qui les entourent à midi.
Ils ne parlent pas
Je ne les ai pas entendus chanter.
Ils sont simples
Ils font de l’ombre légère
Bonnement
Pour les bêtes.

(Hector de Saint-Denys Garneau)

 

 

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Les cils des arbres (Hector de Saint-Denys Garneau)

Publié par arbrealettres le 9 février 2012



Les cils des arbres

Les cils des arbres au bord de ce grand oeil de la nuit
Des arbres cils au bord de ce grand oeil la nuit
Les montagnes des grèves autour de ce grand lac calme
le ciel la nuit
Nos chemins en repos maintenant dans leurs creux Nos champs en reposoir
avec à peine le frisson passager
dans l’herbe de la brise
Nos champs calmement déroulés sur cette profondeur
brune chaude et fraîche de la terre
Et nos forêts ont déroulé leurs cheveux
sur les pentes…

(Hector de Saint-Denys Garneau)

Illustration

 

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Le silence des maisons vides (Hector de Saint-Denys Garneau)

Publié par arbrealettres le 9 février 2012



Le silence des maisons vides

Le silence des maisons vides
Est plus noir que celui qui dort dans les tombeaux,
Le lourd silence sans repos
Où passent les heures livides.

On dirait que, comme le vent
Qui siffle à travers les décombres
Des vieux moulins tout remplis d’ombre
Passe, toujours se poursuivant,

L’heure, passant par ce silence
Comme si le pendule lent
Qu’une antique horloge balance
La comptait à pas lourds et lents,

Passe sans rien changer aux choses
Dans un présent cristallisé
Où l’avenir et le passé
Seraient comme deux portes closes

Et dans ce silence béant
On dirait, tant le temps est lisse
Que c’est l’éternité qui glisse
À travers l’ombre du néant.

(Hector de Saint-Denys Garneau)

Illustration

 

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La voix des feuilles (Hector de Saint-Denys Garneau)

Publié par arbrealettres le 9 février 2012



La voix des feuilles

La voix des feuilles
Une chanson
Plus claire un froissement
De robes plus claires aux plus
transparentes couleurs.

(Hector de Saint-Denys Garneau)

 

 

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La flûte (Hector de Saint-Denys Garneau)

Publié par arbrealettres le 9 février 2012



La flûte

Si près de l’émotion:
Le souffle est là, la flûte l’épouse,
Tout près,
Tout contre le souffle.

(Hector de Saint-Denys Garneau)

Illustration

 

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Je me sens balancer (Hector de Saint-Denys Garneau)

Publié par arbrealettres le 9 février 2012



Je me sens balancer

Je me sens balancer à la cime d’un arbre
Non ces voix de femmes vous n’entamerez pas
La pureté de mon chant
Et si vous m’êtes hier fraternelles
Cette chaleur étouffée où je m’endormirais
J’ai trouvé ce soir dans ce cimier
Parmi le froissement des feuilles comme une onde
Le refuge parmi l’air clair espéré
La vie dans le souvenir de la fraîcheur.

(Hector de Saint-Denys Garneau)

 

 

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J’avais son bras (Hector de Saint-Denys Garneau)

Publié par arbrealettres le 9 février 2012



J’avais son bras

J’avais son bras d’eau fraîche autour de mon cou
Et la brûlure de son ventre sous mon épaule
Et ma tête était portée sur le spasme misérable de son corps
Roulée sur cette suffocation misérable
Sur cette respiration malade
Et dans mes yeux qu’on ne peut fermer
L’horreur d’un plafond bas et blanc
Et cependant autour de mon cou
Son bras incroyable restait d’eau fraîche

(Hector de Saint-Denys Garneau)

Illustration: Josephine Wall

 

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Identité (Hector de Saint-Denys Garneau)

Publié par arbrealettres le 9 février 2012



Identité

Identité
Toujours rompue.

Le pas étrange de notre coeur
Nous rejoint à travers la brume
On l’entend
quel drôle de cadran.

Le noeud s’est mis à sentir
Les tours de corde dont il est fait.

II.

Une chambre avec meubles
Le cadran sur la console
Tout cela fait partie de la chambre
On regarde par la fenêtre
On vient s’asseoir à son bureau
On travaille
On se repose
Tout est tranquille.

Tout à coup: tic tac
L’horloge vient nous rejoindre par les oreilles
Vient nous tracasser par le chemin des oreilles
Il vient à petits coups
Tout casser la chambre en morceaux.

On lève les yeux; l’ombre a bougé la cheminée
L’ombre pousse la cheminée
Les meubles sont tout changés.

Et quand tout s’est mis à vivre tout seul
Chaque morceau étranger
S’est mis à contredire un autre.

Où est-ce qu’on reste
Qu’on demeure
Tout est en trous et en morceaux.

(Hector de Saint-Denys Garneau)

 

 

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Chanson pour une amoureuse secrète (Edmond Jabès)

Publié par arbrealettres le 9 février 2012



II y avait dans les feuilles
une femme qui riait
si petite qu’on pouvait en faire
une ardoise pour les toits.

Une femme pour chaque rire
si rose
pour couvrir tous les toits.

Je pouvais dans la douleur
la clouer comme un ciel
au sang, au vent
ou à l’ombre de l’arbre
ou encore à ses ailes.

Mais l’amour me surprit
dans ma haute nuit de haine
avec un oiseau mort dans les bras.
Jusqu’où chercherais-je à m’oublier ?

Il y avait une femme
au milieu de la terre,
si rongée de mystère
qu’on la prenait pour un fruit pourri.

Et les hommes la piétinaient
pour lui arracher ses rêves;
tiède jus échappé aux lèvres
que le sol à pleine bouche buvait.

Laisserai-je voguer un fruit pourri
dans sa saison de grande peine
avec ses cris de mort-né?

Il y avait une femme
aux contours de musique,
marguerite au halo d’or
confondue avec la lune.

Au réveil – en aurai-je le cœur net? -
effeuillée pour se distraire
au contact de mille doigts.
Et j’attendais son message
comme aux plus beaux jours de la vie.

Rien ne vint. Nul ne sut que j’étais ivre
de me mirer dans le lac
où l’oiseau abattu reposait.

Comment la nuit fait-elle à suivre
le mal que je nourris au secret?
Elle me livre comme un prisonnier
poings liés au désespoir.

Tant de larmes ont coulé depuis.
La nuit dévore ceux-là seuls qui tombent.

Il y avait une femme
sur le chemin pierreux du soir
qui ne voulut jamais dire son nom
mais qui s’appuyait à mon épaule et parlait d’avenir.

J’ignorais son visage.
Je ne me souviens que de ses lèvres
tant il y avait dans l’air d’étranges insectes lents
qui ressemblaient à des grains légers de riz.

Il y avait une femme qui riait sur mon épaule
et j’étais comme un arbre
emporté par un oiseau.
Je ne sais plus où je vais.
Le temps des fleurs est consommé

(Edmond Jabès)

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Lorsque vous m’étendrez au bûcher de santal (Gérard d’Houville)

Publié par arbrealettres le 9 février 2012



Lorsque vous m’étendrez au bûcher de santal,
Avant que je devienne une cendre légère
Éloignez de mes doigts l’obole de métal.

Je veux que ce qui fut ma grâce passagère
Charme encor d’un baiser le passeur infernal
Quand vous, de ces baisers, n’aurez que la poussière.

Puisque l’ennui de vivre et l’effroi, tour à tour,
De la mort, ont toujours tourmenté mes pensées
Et que triste et divin fut mon terrestre amour,

Que je rentre à jamais dans les choses passées
Et que de ma beauté l’on parle quelque jour
Quand je serai lointaine aux mémoires lassées.

Mon âme, fleur funèbre, ô nuit, t’embaumera;
Papillon ténébreux que le sort fit diurne,
Son aile d’ombre errante en l’ombre se perdra.

Et moi qui fus si grande, une très petite urne
D’argile ou de cristal transparent contiendra
Ma chair voluptueuse et mon cœur taciturne.

(Gérard d’Houville)

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