Arbrealettres

Poésie

Archives du 24 février 2012

Jardin de l’attente (Marianne Dubois)

Publié par arbrealettres le 24 février 2012




Jardin de l’attente

Pour vivre ce Moment
J’attendrai dix mille ans
J’attendrai que l’océan se vide
Et que la terre explose

Pour vivre ce Moment
J’attendrai dans le sillon
De mon rêve
Que délire l’éternité

Si le temps se brise
Si les heures chavirent
Si mon rêve est trop grand
Et que le mur de ma raison
Ne puisse le contenir
Dans la démence ou l’ouragan
Je vivrai ce Moment

Brûlée jusqu’au sang
Par l’étreinte nue
D’un soleil de légende
Comblée par l’ivresse infinie
Je vivrai ce Moment

(Marianne Dubois)

Illustration: Loetitia Pillault

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Retouche à l’usure (Daniel Boulanger)

Publié par arbrealettres le 24 février 2012



Retouche à l’usure

un vieux regarde
dans le café en cuivre
la jeunesse à épines
sa main caresse un galet
dans l’abîme de sa poche

le vent passe avec l’orgueil d’un trois-mâts

(Daniel Boulanger)

 

 

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Le jour compose son vitrail (Daniel Boulanger)

Publié par arbrealettres le 24 février 2012



le jour compose son vitrail
les merles en volent quelques pierres
des promesses s’échangent
d’un bleu de goût d’amande
le sable songe à son commencement
et l’avenir se lit du doigt
le ciel enfant dans sa robe en dentelle
pousse le cerceau du soleil

(Daniel Boulanger)

Illustration: René Julien

 

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Où nous ouvrir? (António Ramos Rosa)

Publié par arbrealettres le 24 février 2012



Là où nous sommes là où fait mal
la blessure implicite et secrète
Où nous ouvrir?
De quelle autre manière d’être
pouvons-nous être là où nous sommes?

Comment raviver ce qui a vieilli dans l’apathie et ne brille plus?
Comment vivre le temps sans les narines
frémissantes du renouveau en son excès?

Si seulement ce que nous lisons pouvait devenir
une mer scintillante ouverte entre les lignes
Mais déjà travaillée par la mousse la peau jaunit
et les capillaires s’épaississent

Comment fonder de nouveau la réalité dans la sphère de l’attention
Comment réaliser dans la densité de la surface
les actes qui émeuvent les animaux de l’espace que nous sommes?

(António Ramos Rosa)

 

 

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Demande au vent (Olav Håkonson Hauge)

Publié par arbrealettres le 24 février 2012



Demande au vent

Demande au vent
quand il est à bout de souffle.
Il voyage loin
et revient souvent
avec les bonnes réponses.

(Olav Håkonson Hauge)

Illustration

 

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Tu étais le vent (Olav Håkonson Hauge)

Publié par arbrealettres le 24 février 2012



Tu étais le vent

Je suis un bateau
sans vent.
Tu étais le vent.
Etait-ce le cap que je devais prendre ?
Qui se soucie du cap
quand on a un tel vent !

(Olav Håkonson Hauge)

Illustration

 

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Je vise un peu haut (Olav Håkonson Hauge)

Publié par arbrealettres le 24 février 2012



Je vise un peu haut

Pour atteindre sa cible une flèche
ne peut faire de nombreux détours.
Mais un bon archer
prend en compte la distance et le vent.
Aussi quand je m’adresse à toi
je vise un peu haut.

(Olav Håkonson Hauge)

Illustration: Charles Edward Hallé

 

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Suis la pensée (Olav Håkonson Hauge)

Publié par arbrealettres le 24 février 2012



Suis la pensée

Suis la pensée – mais pas
jusqu’au bord de l’abîme -
et ne dépouille pas
le merisier en fleurs.

Laisse les pensées venir
et s’estomper dans le lointain
et, sur l’arbre des rêves,
mûrir les grappes
quel que soit leur nom.

(Olav Håkonson Hauge)

Illustration

 

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Chagrins et Joies (Verlaine)

Publié par arbrealettres le 24 février 2012



Ô vous, comme un qui boite au loin, Chagrins et Joies,
Toi, cœur saignant d’hier qui flambes aujourd’hui,
C’est vrai pourtant que c’est fini, que tout a fui
De nos sens, aussi bien les ombres que les proies.

Vieux bonheurs, vieux malheurs, comme une file d’oies
Sur la route en poussière où tous les pieds ont lui,
Bon voyage! Et le Rire, et, plus vieille que lui,
Toi, Tristesse, noyée au vieux noir que tu broies!

Et le reste! — Un doux vide, un grand renoncement
Quelqu’un en nous qui sent la paix immensément,
Une candeur d’une fraîcheur délicieuse…

Et voyez! notre cœur qui saignait sous l’orgueil,
Il flambe dans l’amour, et s’en va faire accueil
À la vie, en faveur d’une mort précieuse !

(Verlaine)


Illustration

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