Archives de mai 2012
Publié par arbrealettres le 31 mai 2012

Ô femme de toujours que je t’aime.
Tes alcools et atours me troublent l’âme
et me jettent dans tes bras, ivre de joie.
Ô femme de toujours, te déshabiller et…
de poétiques mains écoutant ton coeur,
et parcourant ton corps tel un rêve.
Ô femme de toujours te voir dormir
aussi nue qu’une rivière de baisers,
à l’écoute des enlacements furtifs.
Ô femme de toujours, je t’aime tant,
que je vibre en nous tel un nouvel amant,
à l’écoute d’un dernier voyage érotique.
Ô femme de toujours, reste de toujours,
et embrasse-moi, et embrase-moi.
(Dominique Vital)
Illustration: Ekaterina Moré
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Publié par arbrealettres le 31 mai 2012

Si vous cherchez les âmes solitaires
Égarées dans un coin de nuit
Je vous préviens
Ce sera en vain
Pourtant, il n’y a ni nuages
Ni étoiles
Ni planètes
Un coin de nuit tout simplement.
Cherchez bien !
Pourtant elles sont nues
Et elles tremblent.
Sans étoiles, je vous l’affirme.
Vous ne voyez toujours rien ?
C’est que votre âme
Vit en plein jour.
(Yann Dupont)
Illustration: Benoit Colsenet
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Publié par arbrealettres le 31 mai 2012

CHAGRIN
Le téléphone pleure
Le petit chat est mort
Une étoile est tombée
Dans une mare éteinte
Et la lune se noie.
Les arbres se concertent.
Piétinement des voix
Contre la vitre close.
Une très longue histoire
De chagrin et de mort
Va alors commencer.
L’aurore tardera.
(Danielle Drab)
Illustration
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Publié par arbrealettres le 31 mai 2012

MOTS lNCANDESCENTS
Je brûle chaque jour
De me dire.
Je crache des mots incandescents.
Je chasse mes émotions
Dans mon grand toboggan.
Je monte et je descends,
Dans un puits sans fond.
je suis l’oscillographe
De mes transformations.
Je ne peux m’arrêter
D’aller pêcher des mots,
Dans mon océan
Qui m’engloutit,
Tandis que je surgis
Tel un volcan.
(Marie-Hélène de Moreuil)
Illustration: Becca Mann
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Publié par arbrealettres le 31 mai 2012

Tu cherchais une fleur et trouvas un fruit.
Tu cherchais une source et trouvas une mer
Tu cherchais une femme et trouvas une âme, tu es déçu.
(Edith Södergran)
Illustration: Fernando Vicente
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Publié par arbrealettres le 31 mai 2012

Un ange passe
Et le silence pesant
Avant-goût du chaos
L’assourdit de son
Oppressante masse
Un ange n’y comprend rien
Quel enfer l’ici-bas
Un ange repasse
Le haut de ma chemise
En vibre imperceptiblement
La brise qu’il déplace
Dans mon cou dénudé
Signe son désespoir
De ne plus jamais avoir
D’oreilles sur la terre
Un ange trépasse
(Fabienne Casteilain)
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Publié par arbrealettres le 31 mai 2012

NE…
Quand je valais quelque chose,
Digue, digue, digue.
Quand je valais quelque chose,
Ne touche pas au feu,
Me disait le grand-oncle;
N’ouvrez pas cette armoire,
Me disait la servante;
N’approche pas du puits.
Me disait la grand-mère;
Ne marche pas si vite,
Tu te mettras en nage;
Ne cause pas en route,
Ne regarde pas en l’air;
Ne regarde pas à droite.
Il y a la fleuriste;
Ne regarde pas à gauche,
Il y a le libraire;
Ne passe pas la rivière,
Ne monte pas la colline,
N’entre pas dans le bois.
Moi j’ai pris mon chapeau
En éclatant de rire,
Mon manteau, mon bâton
En chantant : digue, digue!
La rivière, la colline,
Les grands bois, digue, digue!
Digue, digue les beaux yeux,
Et digue, digue les livres!
(André Spire)
Illustration: Édouard Debat-Ponsan
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Publié par arbrealettres le 31 mai 2012

VERSO
La pièce dans le courant d’air
Sous la flamme qui se répand
Dans la ville endormie
Près des arbres mouvants
Du mur de pierres
Au bout du chemin
qui entoure la terre
C’est là
la tête penchée au dehors
les rayons de soleil près de la chevelure
le visage noyé
les larmes
Toutes les raisons de ne plus croire à rien
Les mots se sont perdus tout le long du chemin
Il n’y a plus rien à dire
Le vent est arrivé
Le monde se retire
L’autre côté
(Pierre Reverdy)
Illustration
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Publié par arbrealettres le 31 mai 2012

PATERNITÉ VÉGÉTALE
J’aurais passé le dernier été de ma jeunesse
à soigner un tilleul de hollande
et un rossignol du japon
malades à compter leurs feuilles leurs secondes
l’un n’était-il pas ma beige lenteur
l’autre ma muse fleurie nourrie d’éphémères
mais tous les deux ont crevé !
Pour ma console j’élève depuis ce temps-là
en chemise à carreaux dingo chapeau pompadour
des noyers miraculés
des bébés magnolias gâtés d’or.
Et souvent triste à mourir à vingt ans déjà
je me retournerai devant la porte étroite de la vieillesse
sans femme-les-enfants-d’abord
la verge vierge la feuille de vigne sans fruits !
avec seulement des souvenirs d’ombres d’arbres à tous les doigts de la main
et la poterie de ma tête fêlée par la force d’un lierre intérieur
orange et violâtre
Mais que de fois j’aurais recueilli la bruine du lyrisme des choses
et joui de nuits roses
O mourir au sein de la pelouse de trèfles en fleurs blanches
pleines d’abeilles blondes
comme devant le blason de mon oncle
à genoux devant l’orme pleureur d’or de toute poésie
le coeur cuit de soleil bleu
l’air parfumé de musique ancienne.
(Jean-Paul Klee)
Illustration
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Publié par arbrealettres le 31 mai 2012
Quel est donc ce moment, le crépuscule,
Où le bruit même du vent, invisible, nous ravit?
(Izumi Shikibu)
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