Archives du 4 mai 2012
Publié par arbrealettres le 4 mai 2012

Je te dirai quelque chose
d’une importance capitale
L’homme change de nature
quand il change de lieu.
J’aime effroyablement ici
le sommeil qui vient comme une main amie
ouvrir les verrous de ma porte
et renverser les murs qui m’enferment.
Comme dans la comparaison banale
je me laisse aller dans le sommeil
comme la lumière glisse dans les eaux tranquilles
Mes rêves sont magnifiques
je suis toujours dehors
Le monde y est clair, le monde y est beau
Pas une fois encore
je n’y fus prisonnier.
Pas une fois encore dans mes rêves
je ne suis tombé de la montagne dans l’abîme.
Tes réveils sont terribles diras-tu,
Non, ma femme,
J’ai assez de courage pour faire au rêve sa part de rêve.
(Nâzim Hikmet)
Publié dans méditations, poésie | Tagué: (Nazim Hikmet), abîme, aimer, amie, changer, courage, dehors, dire, effroyablement, femme, homme, lumière, main, montagne, mur, nature, porte, prisonnier, rêve, renverser, sommeil, terrible, verrou | Poster un commentaire »
Publié par arbrealettres le 4 mai 2012

Mon âme est le reflet du monde qui m’entoure.
Elle n’existe pas sans lui, ne mûrit pas un autre secret.
L’image la plus éloignée et la plus proche du réel
Est la beauté de ma bien-aimée dont je reflète la lumière.
*
Impossible d’étreindre ton image qui reste en moi
Dire que pourtant tu es là, dans ma ville, en chair et en os
Réels sont tes grands yeux, ta bouche vermeille dont m’est interdit le miel
Ton abandon d’eau rebelle, ta blancheur que ma lèvre n’atteint pas.
*
L’image de ma bien-aimée me parla un beau jour :
« Je suis et elle n’est pas » dit-elle du fond du miroir.
Je frappai, la glace se brisa, l’image disparut.
Ma bien-aimée était toujours là-bas saine et sauve.
*
Elle m’embrassa : « Ce sont des lèvres réelles comme le monde », dit-elle
« Ce parfum s’exhale de mes cheveux et non de ton imagination », dit-elle
« Les étoiles existent, bien que les aveugles ne les voient pas,
Contemple-les dans le ciel ou dans mes yeux », dit-elle.
*
Ruches emplies de miel
Tes yeux, je dis pleins de soleil
Tes yeux, ma bien-aimée, se rempliront de terre
Et le miel emplira d’autres ruches.
*
Ni de lumière
Ni de boue
Mais de la même pâte sont pétries
Ma bien-aimée, sa chatte et la perle bleue qu’elle porte au cou.
(Nâzim Hikmet)
Illustration: Alex Alemany
Publié dans poésie | Tagué: (Nazim Hikmet), abandon, atteindre, âme, étoile, étreindre, boue, chair, chatte, cou, embrasser, exister, image, interdit, lèvre, lumière, mûrir, miel, monde, os, pâte, pétrie, perle, proche, réel, reflet, ruche, secret, soleil, terre, ville | Poster un commentaire »
Publié par arbrealettres le 4 mai 2012

Je te ferais asseoir au bord de mon lit
je mettrais sous tes pieds ma peau de loup
Et je resterais devant toi mains jointes et tête baissée
je te regarderais, ô joie, je te regarderais émerveillé
Que tu es belle, mon Dieu, ah que tu es belle
L’air et l’eau d’lstanbul à ton sourire
La volupté de ma ville à ton regard
0 ma sultane, Ô ma Maîtresse, si tu permettais
et si ton esclave Nâzim Hikmet l’osait
Ce serait comme s’il respirait et embrassait Istanbul sur ta joue.
Mais garde-toi
garde-toi de me dire " approche "
Il me semble que si ta main touchait ma main
je tomberais mort sur le béton.
(Nâzim Hikmet)
Illustration: Alberto Gálvez
Publié dans poésie | Tagué: (Nazim Hikmet), air, approcher, asseoir, émerveillé, béton, eau, embrasser, esclave, joie, joue, lit, loup, main, mort, oser, peau, pied, regarder, respirer, sourire, tomber, ville, volupté | Poster un commentaire »
Publié par arbrealettres le 4 mai 2012

DON QUICHOTTE
Le chevalier de l’éternelle jeunesse
Suivit, vers la cinquantaine,
La raison qui battait dans son coeur.
ll partit un beau matin de juillet
Pour conquérir le beau, le vrai et le juste.
Devant lui c’était le monde
Avec ses géants absurdes et abjects
Et sous lui c’était la Rossinante
Triste et héroïque.
Je sais,
Une fois qu’on tombe dans cette passion
Et qu’on a un coeur d’un poids respectable
Il n’y a rien à faire, mon Don Quichotte, rien à faire,
ll faut se battre avec les moulins à vent.
Tu as raison,
Dulcinée est la plus belle femme du monde,
Bien sûr qu’il fallait crier cela
À la figure des petits marchands de rien du tout,
Bien sûr qu’ils devaient se jeter sur toi
Et te rouer de coups,
Mais tu es l’invincible chevalier de la soif
Tu continueras à vivre comme une flamme
Dans ta lourde coquille de fer
Et Dulcinée sera chaque jour plus belle.
(Nâzim Hikmet)
Illustration: Pablo Picasso
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Publié par arbrealettres le 4 mai 2012

IMPRESSION
Le vent
L’étoile
et l’eau…
Le sommeil
d’un rêve africain
tombé dans les flots
Un phare qui luit,
Une nuit
noire
comme un voilier.
Nous allons
et nous venons
Dans ce monde d’étoiles
où tout se perd
sans que rien se dévoile…
L’étoile
dans l’eau.
Le vent.
Les flots
grondants…
On entend
au loin
quelques chants…
Comme l’eau,
Comme l’étoile,
Comme le vent
(Nâzim Hikmet)
Illustration: Marc Chagall
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Publié par arbrealettres le 4 mai 2012

CHANSON
J’ai rêvé de ma bien-aimée
Elle m’est apparue au-dessus des branches
Comme la lune elle traversait les nuages,
Elle allait et je la suivais
Je m’arrêtais, elle aussi s’arrêtait,
Je l’ai regardée et ses yeux m’ont fixé
Et c’est tout ce qui s’est passé …
(Nâzim Hikmet)
Illustration: Marc Chagall
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Publié par arbrealettres le 4 mai 2012

DIMANCHE
C’est dimanche aujourd’hui.
Pour la première fois, aujourd’hui
ils m’ont laissé sortir au soleil
et moi
pour la première fois dans ma vie,
j’ai regardé le ciel sans bouger
m’étonnant qu’il soit si loin de moi
qu’il soit si bleu
qu’il soit si vaste
Je me suis assis par terre
plein de respect
et j’ai collé mon dos contre le mur blanc.
Il n’est pas question en cet instant
de me jeter dans les vagues.
Pas de combat en cet instant
Pas de liberté et pas de femme
Terre, soleil et moi
Je suis un homme heureux.
(Nâzim Hikmet)
Illustration: SknijKunst
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Publié par arbrealettres le 4 mai 2012

Retouche à la Partenaire
mort qui perds sans cesse avec moi
tu ramasseras un jour tous les plis
mon jeu de travers
le matin chaviré sur le sein de la nuit
mais laisse dans ma main pour l’ultime levée
cette dame de coeur si longuement rêvée
(Daniel Boulanger)
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Publié par arbrealettres le 4 mai 2012

Retouche à l’évanouissement
Le silence ricoche
entre les miroirs confrontés
une fleur blanche
se pose
sur le chignon se la nuit
(Daniel Boulanger)
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Publié par arbrealettres le 4 mai 2012

Retouche aux Hespérides
Au bord du silence
sept ciels l’un sur l’autre
sur la sérénade de la mémoire
danse
l’inconnue
(Daniel Boulanger)
Illustration: Alberto Galvez
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