Arbrealettres

Poésie

Archives du 6 juillet 2012

Elle a brisé d’un coup de soleil son casque de gel (Christiane Barrillon)

Publié par arbrealettres le 6 juillet 2012




Elle a brisé d’un coup de soleil
son casque de gel,
a déchiré d’un coup de vent
sa cape de brouillard,
et de nouveau coule et se plisse
l’eau des miroirs.
Elle y plonge une peau de pluie douce,
de violette et de mousse,
tandis qu’au plus haut pic
se suspend son jupon
et qu’à l’horizon se démaille,
roule en pelotes de nuages
ce corsage d’hiver
qui lui serrait le coeur …
Les boutons ont craqué
sous la poussée des fleurs

(Christiane Barrillon)

Illustration: Trent Gudmundsen

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Redoute le Rien (Edmond Jabès)

Publié par arbrealettres le 6 juillet 2012



Redoute le Rien.
Un rien le fait exploser.

(Edmond Jabès)

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Le vide (Edmond Jabès)

Publié par arbrealettres le 6 juillet 2012



Le vide a,
pour ouverture,
l’inconnu.

(Edmond Jabès)


Illustration: Gil.G.

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Les fleurs (Nancy Huston)

Publié par arbrealettres le 6 juillet 2012



les fleurs poussent
vers la lumière,

enracinées dans l’ombre

(Nancy Huston)

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Trop près (Nancy Huston)

Publié par arbrealettres le 6 juillet 2012



si tu es
trop près de moi

je ne te vois pas

(Nancy Huston)

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Je t’aime, je t’aime (Nancy Huston)

Publié par arbrealettres le 6 juillet 2012



je t’aime, je t’aime
vivons donc ensemble

un peu séparés

(Nancy Huston)

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Sans chaînes (Michel Leiris)

Publié par arbrealettres le 6 juillet 2012



Sans chaînes
telles les racines de l’arbre
ou tels les filaments de l’araignée,
s’unir
pour que mûrisse un chant d’oiseau
dans la cave où nous sommes enfermés.

(Michel Leiris)


Illustration: Fanny Verne

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Comme un chant (Francis Jammes)

Publié par arbrealettres le 6 juillet 2012



Comme un chant de cloche pour les vêpres douces
s’arrête doucement sur la colline en mousse
près d’une tourterelle aux pattes roses,
mon âme qui chante auprès de vous se pose.

Comme un lis blanc au jardin du vieux presbytère
se parfume doucement par la douceur des pluies,
par votre douceur, qui est une rosée de taillis,
mon âme triste et douce comme un lis s’est parfumée.

Que la cloche, le lis, les pluies, la tourterelle
vous rappellent désormais un enfant un peu amer
qui passa près de vous en laissant tomber
à vos pieds son âme en roses trémières.

(Francis Jammes)

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Je mettrai… (Francis Jammes)

Publié par arbrealettres le 6 juillet 2012



Je mettrai des jacinthes blanches
à ma fenêtre, dans l’eau claire
qui paraîtra bleue dans le verre.

Je mettrai sur ta gorge blanche
et luisante comme un caillou
du ruisseau, des boules de houx.

Je mettrai sur la pauvre tête
du malheureux chien tout rogneux
qui a des taches dans les yeux

la plus douce de mes caresses,
pour qu’il s’en aille grelottant
un tout petit peu plus content.

Je mettrai ma main dans la tienne,
et tu me conduiras dans l’ombre
où tournent les feuilles d’automne,

jusqu’au sable de la fontaine
que la pluie si douce a troué,
où se détrempe le vieux pré.

. . . . . . . . . . . . . . .
. . . . . . . . . la pluie fine
ma pensée douce comme la bruine.

Je mettrai sur l’agneau qui bêle
une branche de lierre amer
qui est noir parce qu’il est vert.

(Francis Jammes)

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La jeune fille (Francis Jammes)

Publié par arbrealettres le 6 juillet 2012



La jeune fille est blanche,
elle a des veines vertes
aux poignets, dans ses manches
ouvertes.

On ne sait pas pourquoi
elle rit. Par moment
elle crie et cela
est perçant.

Est-ce qu’elle se doute
qu’elle vous prend le cœur
en cueillant sur la route
des fleurs ?

On dirait quelquefois
qu’elle comprend des choses.
Pas toujours. Elle cause
tout bas.

«Oh! ma chère! oh! là là…
… Figure-toi… mardi
je l’ai vu… j’ai rri.» — Elle dit
comme ça.

Quand un jeune homme souffre,
d’abord elle se tait:
et ne rit plus, tout
étonnée.

Dans les petits chemins
elle remplit ses mains
de piquants de bruyères,
de fougères.

Elle est grande, elle est blanche,
elle a des bras très doux.
Elle est très droite et penche
le cou.

(Francis Jammes)

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