Archives du 8 juillet 2012
Publié par arbrealettres le 8 juillet 2012

VISAGE D’AVRIL
J’aime entrouvert
le velours vert
de ton col de collines
pour y poser
un nid de baisers,
une aile d’églantine
J’aime fondant
entre mes dents
sucer ce lobe
de sucre vermeil
où boucle d’or,
boucle d’oreille,
tu pinces le soleil
Caresser ta joue,
ronde et lisse ombelle,
visage d’avril,
et d’un doigt subtil
suivre le tracé
de ton sourcil en
vol d’hirondelle
Monter en ballon
dans le bleu de tes yeux,
sous l’ombre des cils
léger dans les cieux,
monter si haut
que dans la nacelle
pris de vertige
mon coeur chancelle
Et suspendu ainsi jusqu’au soir
à trembler de peur
et d’espoir,
j’attends , avec mes oiseaux-rêves
qui dans ton ciel
tournent en rond ,
à la frange fleurie
des branches sur ton front…
(Christiane Barrillon)
Illustration: Dina Shubin
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Publié par arbrealettres le 8 juillet 2012

Un tremble
c’est le nom
du peuplier blanc : luisance furtive.
Éclairs des feuilles
leur vie scintille
instant après instant
elles chuchotent
que nous avons aussi des moments miroitants
minuscules, étincelantes traces de nous sur le monde.
(Marie-Claire Bancquart)
Illustration
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Publié par arbrealettres le 8 juillet 2012

Le plus grand des tourments ?
- Qu’un jour arrive
où tout visage deviendrait
celui d’un inconnu.
Prisonniers
de même pas un rêve,
nous serions brume neutre,
plus seuls que seuls,
en marge,
refusés
par le malheur même.
(Marie-Claire Bancquart)
Illustration
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Publié par arbrealettres le 8 juillet 2012

Ce qui est écrit dans le chant du feu
N’est pas écrit
pour toujours
scintille
puis s’étouffe
mais
d’un poète l’autre
au travers des siècles
court une étincelle
de violente vie.
(Marie-Claire Bancquart)
Illustration: Béatrice Hunckler
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Publié par arbrealettres le 8 juillet 2012

Pendant la guerre
(la mondiale)
nous vivions. Déjà.
On colore de vieux films d’elle
mais l’odeur des ruines
on ne peut la représenter
suffocante.
Mais la faim ne crie pas aux entrailles du spectateur.
C’est comme l’histoire d’une antiquité très ancienne
Qu’un érudit raconterait
à des gens dont le corps, le corps n’est pas
ne peut pas être
de la partie.
(Marie-Claire Bancquart)
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Publié par arbrealettres le 8 juillet 2012

Dans sa bibliothèque silencieuse
un vieil homme prend un livre
glisse sa main entre les pages
caresse
comme ferait un aveugle
le très léger relief des caractères sur les feuilles.
Délices du toucher, que va tuer la numérisation.
Un vieil homme semblable à lui
déroulait doucement un rouleau, voici des siècles.
Il déplorait la brutalité rectangulaire
de ce nouveau venu : le livre.
(Marie-Claire Bancquart)
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Publié par arbrealettres le 8 juillet 2012

Cendres
de si mortes choses, de maux perdus,
de contacts ineffables, de muets
soupirs;
flammes vives
vous me basculez dans ce moment où
d’anxiété en anxiété je m’approche
du seuil du sommeil
et dans le sommeil
avec ces liens passionnés et tendres,
de l’enfant à sa mère, à vous, cendres,
je me fonds.
L’angoisse
m’attend au passage, je la désarme. Comme
un bienheureux la voie du paradis
je monte un escalier, je m’arrête à une porte
où je sonnais en d’autres temps. Le temps
il a cédé d’un coup.
Je me sens,
avec les vêtements et l’âme d’alors,
dans une foudroyante lumière ; au cœur
ne se résout pas une joie vertigineuse
comme la fin.
Mais je ne crie pas.
Muet
je pars pour l’immense empire des ombres.
(Umberto Saba)
Illustration: Ráed Al-Rawi
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Publié par arbrealettres le 8 juillet 2012

La vitre brisée
Tout contre toi se meut. Le mauvais temps,
les lampes qui s’éteignent, la vieille maison
secouée par une rafale et que tu aimes
pour le mal enduré, les espoirs déçus,
les quelques biens par elle octroyés.
Il te semble que survivre est un refus
d’obéissance aux choses.
Et ce fracas
de la vitre de la fenêtre est la condamnation.
(Umberto Saba)
Illustration
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Publié par arbrealettres le 8 juillet 2012

Mots,
Où le cœur de l’homme se reflétait
Nu et surpris – aux origines ; je cherche
Au monde un coin perdu, l’oasis propice
À vous laver par mes pleurs
Du mensonge qui vous aveugle. Alors
Fondrait aussi la masse des souvenirs
Effrayants, comme neige au soleil.
(Umberto Saba)
Illustration: Alberto Galvez
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Publié par arbrealettres le 8 juillet 2012

Il y avait un trou peu profond.
Presque au cœur de l’ombre.
Aucun corps d’homme ne se serrait serré
dans cette ombre étroite.
Avec toi tout s’ouvrait
sur cette terre d’ombre.
Ma maison avec toi c’était
la chambre obscure.
Par toi dans ma maison entrait
l’éclat la lumière.
Ma maison peu à peu est un trou
Et je ne voudrais pas que toute
cette lumière s’éloigne
sans vie de la chambre.
Mais avec la pluie, je sens
les murs se creuser,
les meubles reverdir,
j’en écarte vivement les feuilles.
Ma maison est une ville,
une porte ouverte vers l’aube,
une autre, plus ouverte, vers le soir,
une autre, vers la nuit, immense.
Ma maison est un cercueil.
Chanson terrible sous la pluie,
d’hirondelles au-dehors
débordant la peur.
Dans ma maison un corps s’absente.
Dans ma maison nous deux reste un nom.
(Miguel Hernandez)
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