Archives du 24 juillet 2012
Publié par arbrealettres le 24 juillet 2012

SOLEIL NOIR
Le soleil noir de mes enfances
Celui du refuge à rebours
D’avant le jour
Miroite à travers ma naissance
Au profond des atomes sourds.
Depuis les bornages du monde
Et l’aube des commencements
Il est présent
Au coeur des formes vagabondes
Lorsqu’elles se vêtent de temps.
Plus infime que la poussière,
Plus léger qu’écume de mer,
Toujours offert
A l’avidité de la terre,
A la matrice de la chair.
Au désir des oiseaux vaincus
Par le vent de mer solitaire,
Sera-t-il le nuage nu
Dont se lamente et désespère
Leur vol perdu ?
Ou sera-t-il si creux d’espace
Que ni l’étoile, ni l’oiseau,
Ni l’encens de l’herbe, ni l’eau
N’en connaîtront jamais la trace
Mort sans tombeau…
(Christiane Burucoa)
Illustration: Béatrice Hunckler
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Publié par arbrealettres le 24 juillet 2012

HALLAGE
Vous dites : la mort
Et ne savez que son angoisse
Vous dites : la nuit
Et elle vous étreint déjà.
Et lorsque la nuit sera là
Prête à investir vos paupières
La reconnaîtrez-vous, la mort
En l’ultime rayon de vie ?
Avant… Après… Les voix se taisent.
Vous demeurez seul et muet
Avec votre mort indivise
De l’instant qui lui est voué.
Vous voulez croire et vous croyez
Suivre des chemins de hallage
Le long des eaux d’éternité,
Eaux sans mémoire et sans reflets.
La barque descendra le fleuve
Son flambeau dès l’abord soufflé
Par le vent qui meut les étoiles
Dans un temps qui n’est plus compté.
(Christiane Burucoa)
Illustration: Albert Pinkham Ryder
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Publié par arbrealettres le 24 juillet 2012

ABSENCE
Une odeur on quête sa rive
Un silence sa fleur
Une île expulsée de soi
On voudrait y marcher
Le temps
Un moyeu vide
Au monde absent finit par correspondre
Une forme veuve de nous.
(Marie-Claire Bancquart)
Illustration: David Brayne
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Publié par arbrealettres le 24 juillet 2012
Si tu voulais qu’on meure ensemble,
Sur la même couche étendus,
La déesse qui te ressemble
Sur terre ne descendrait plus.
(Jean Blume)
Illustration: Jean-Claude Forez
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Publié par arbrealettres le 24 juillet 2012

Les Dieux
L’arbre n’est plus que l’arbre:
feuillage, branches, sève -
silencieux, déserts,
la pierre s’est fermée
sur les soleils défunts
et l’oiseau de jadis, le diseur de lumière,
ne livre au vent qu’une poignée de plumes,
le vide de son cri.
Que Dieu l’immense,
que l’Esprit d’aveuglante splendeur
n’écarte pas,
n’égorge pas
les menus dieux
blottis dans les replis du monde
qui, pour notre regard,
furent longtemps les humbles messagers,
les visibles reflets de l’invisible roi.
(Jean Joubert)
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Publié par arbrealettres le 24 juillet 2012
Pont de bois sur le torrent du Drac
Passé le pont
que sommes-nous
quel écho de nos songes?
Nos pas résonnent
sur les planches
l’eau grise souffle une ombre,
sur la forêt
l’oiseau décoche
un dernier cri.
Et quel silence alors
quelle clarté nous broient
dans cet espace sans espace
où silence et clarté
se fondent, se dissolvent
dans l’indicible froid?
Que sommes-nous, perdus
sans rive ni mémoire -
transparents,
immobiles?
tandis qu’ailleurs
l’eau glisse entre les arches
et que l’oiseau aveuglément poursuit son vol.
(Jean Joubert)
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Publié par arbrealettres le 24 juillet 2012
L’épaule nue
D’une épaule nue
le désir bondit
comme un léopard
s’agite sous les feuilles
mord une branche
crache une plume
et le ciel
aux palmes
s’ensanglante
La nuit très vite tombe
Est-ce l’hiver?
l’annonce des tempêtes?
Un châle masque le soleil
(Tourne les yeux
ouvre le livre!)
(Jean Joubert)
Illustration: Pascal Renoux
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Publié par arbrealettres le 24 juillet 2012
Libellules sur le ruisseau,
les rayons du soleil
vous piquent aux roseaux.
(Paul Fort)
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Publié par arbrealettres le 24 juillet 2012
La rivière
Ici le vent,
ici la trace de ma main
sur le sable.
J’écris le vent,
j’écris ce qui s’efface.
Le vent écrit sur l’eau
des songes, des nuages,
efface l’ombre
qui m’efface.
Le jour s’achève
dans une transparence,
laisse sur l’eau l’invisible du vent.
(Jean Joubert)
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