Archives du 7 août 2012
Publié par arbrealettres le 7 août 2012

Le café
L’on s’aperçoit soudain qu’il n’y a rien dans le verre,
que l’on porte l’abîme à ses lèvres.
Les guéridons de marbre s’évaporent comme neige au soleil.
Seuls les miroirs se mettent en frais face aux miroirs, ils sont les seuls à croire à l’infini.
Voici l’heure où il convient, sans attendre le saut meurtrier de l’araignée, de partir.
La nuit on peut revenir pour observer à travers la grille le terrible sabbat des objets.
Les tables et les chaises tuées avec bestialité sont sur le dos les pieds dressés vers un ciel de chaux.
(Zbigniew Herbert)
Illustration
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Publié par arbrealettres le 7 août 2012

La tour
La tour fait cinquante coudes en bas et autant au sommet.
Dans le cachot sous la tour il y a un homme. Le roi l’a attaché
à sa conscience par une chaîne. Après une belle vie, il compte
les jours mais n’attend pas.
Au sommet de la tour habite un astronome.
Le roi lui a acheté une lunette afin de l’attacher à l’univers.
L’astronome compte les étoiles mais n’a pas peur.
Celui d’en haut et celui d’en bas s’endorment pleins de chiffres.
C’est pourquoi ils se comprennent.
Ils n’ont pas de pigeon, mais un chat noir porte les nouvelles du cachot au sommet.
— Il y a un jour de plus,dit-il à l’astronome.
Et au meurtrier :
— Une étoile est née.
Ils ont tous trois les yeux verts.
A force de regarder, pas d’espérer.
(Zbigniew Herbert)
Illustration: Michael Whelan
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Publié par arbrealettres le 7 août 2012

garde la plume elle a les couleurs
de la peur l’amour du désespoir
avec elle tu créeras peut-être un poème
sur le sort des oiseaux en des temps rigoureux
(Zbigniew Herbert)
Illustration
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Publié par arbrealettres le 7 août 2012

Je scrute l’eau noire
où les coques des navires bercent le ciel
sauf, sauf pour une étoile éteinte,
et je pense à la main d’une femme qui en vain se tend hors du lit,
puis se retire, se rappelant où tu es.
***
I stare into black water by whose hulls
heaven is rocked like a cradle,
except, except for one extinguished star,
and I think of a hand that stretches out from her bedside for nothing,
and then is withdrawn, remembering where you are
(Derek Walcott)
Illustration: Ikenaga Yasunari
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Publié par arbrealettres le 7 août 2012

Il me faut mettre les petits galets froids de la source
sur ma langue pour apprendre son langage,
parler en tremble ou en bouleau, avec assurance.
Je frapperai à la porte veuve
de l’un de ces villages
où elle m’accueillera comme une large prairie,
un espace bleu entre les montagnes,
et tenant ses bras par les coudes rompus
je relèverai ses cheveux moites sur un front
aussi chaud que du pain ou un retour au pays.
***
I must put the cold small pebbles from the spring
upon my tongue to learn her language,
to talk like birch or aspen confidently.
I will knock at the widowed door
of one of these villages
where she will admit me like a broad meadow,
like a blue space between mountains,
and holding her arms at the broken elbows
brush the dank hair from a forehead
as warm as bread or as a homecoming.
(Derek Walcott)
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Publié par arbrealettres le 7 août 2012
Le parfum des roses
Un chauve têtu construit
jour après jour sa maison
de la plus lourde pierre
pour dérober au soleil
aux dialogues de la pluie
sa pauvre éternité
sans se douter qu’un coup de sang
le guette dans le jardin
au détour charmant de l’allée.
Pourtant déjà l’oreille pointe
et le mufle dans le buisson
où bêle le parfum des roses.
(Jean Joubert)
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Publié par arbrealettres le 7 août 2012
Tandis que
sur
le
sofa
bleu
nous
parlions
de
Fiesole
et
des
fontaines
il
t’est
venu
au
visage
une
très
grande
beauté
(Jean Joubert)
Illustration
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Publié par arbrealettres le 7 août 2012
Le corps
longtemps
fermé (le
paysage)
s’est
fendu
Le gel
ainsi parfois
délie la grâce d’une
pierre
Rien de plus clair que la brisure
La rosée jouit
de
la
merveille
et pour le creux
dont l’arbre se saisit
il n’est plus que sève et
secret
(Jean Joubert)
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Publié par arbrealettres le 7 août 2012
su
que
le
corps
pouvait
s’arracher
à
l’amour
Ne plus aimer qu’un
cil que la grâce d’une
aile
Cette nuit j’ai rêvé qu’on me tranchait la main
(Jean Joubert)
Illustration: Odilon Redon
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Publié par arbrealettres le 7 août 2012
On
dessine
des yeux
des
sources
des
étoiles
sur le sein de celle qu’on aime
on
tisse
la
toile
trouée
des
mots
on
lisse
on
lace
le
poème
jusqu’à la pointe de rosée
de
celle
qui
voyage
"Je suis la page nue je pèse je serai
le livre secret sous la robe"
(La robe se partage il n’est plus de secret)
(Jean Joubert)
Illustration: Fabienne Contat
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