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Articles Tagués ‘aimer’

Excuse mélancolique (Jules Laforgue)

Publié par arbrealettres le 24 mai 2013



Excuse mélancolique

Je ne vous aime pas, non, je n’aime personne,
L’Art, le Spleen, la Douleur sont mes seules amours;
Puis, mon cœur est trop vieux pour fleurir comme aux jours
Où vous eussiez été mon unique madone.

je ne vous aime pas, mais vous semblez si bonne.
Je pourrais oublier dans vos yeux de velours,
Et dégonfler mon cœur crevé de sanglots sourds
Le front sur vos genoux, enfant frêle et mignonne.

Oh! dites, voulez-vous? Je serais votre enfant.
Vous sauriez endormir mes tristesses sans causes,
Vous auriez des douceurs pour mes heures moroses,

Et peut-être qu’à l’heure où viendrait le néant
Baigner mon corps brisé de fraîcheur infinie,
Je mourrais doucement, consolé de la vie.

(Jules Laforgue)


Illustration: Robert Doisneau

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Dimanches (Jules Laforgue)

Publié par arbrealettres le 24 mai 2013



Dimanches

Je m’ennuie, natal! je m’ennuie,
Sans cause bien appréciable,
Que bloqué par les boues, les dimanches, les pluies,
En d’humides tabacs ne valant pas le diable.

Hé là-bas, le prêtre sans messes!…
Ohé, mes petits sens hybrides!…
Et je bats mon rappel! et j’ulule en détresse,
Devant ce Moi, tonneau d’Ixion des Danaïdes.

Oh! m’en aller, me croyant libre,
Désattelé des bibliothèques,
Avec tous ces passants cuvant en équilibre
Leurs cognacs d’Absolu, leurs pâtés d’Intrinsèque!…

Messieurs, que roulerais tranquille,
Si j’avais au moins ma formule,
Ma formule en pilules dorées, par ces villes
Que vont pavant mes jobardises d’incrédule!…

(Comment lui dire : « Je vous aime? »
Je me connais si peu moi-même.)
Ah! quel sort! Ah! pour sûr, la tâche qui m’incombe
M’aura sensiblement rapproché de la tombe.

(Jules Laforgue)

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Résignation (Jules Laforgue)

Publié par arbrealettres le 24 mai 2013



Résignation

Parasite insensé d’une obscure planète,
Dans l’infini tonnant d’éternelles clameurs,
Sur un point inconnu j’apparais et je meurs,
Et je veux qu’aussitôt tout le sache, et s’arrête!

Je veux que pour un cri perdu dans la tempête
Les océans soudain sèchent leurs flots hurleurs,
Et que pour apporter sur ma tombe des fleurs,
Les soleils en troupeaux accourent de leur Fête!

Pauvre coeur insensé! brise-toi, tu n’es rien.
Et bien d’autres sont morts dont le coeur fut le tien,
Et la terre elle-même ira dans le silence.

Tout est dur et sans coeur et plus puissant que toi.
Souffre, aime, attends toujours et [ ....... ] danse
Sans même demander l’universel Pourquoi.

(Jules Laforgue)


Illustration: William Blake

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Les spleens exceptionnels (Jules Laforgue)

Publié par arbrealettres le 24 mai 2013



Les spleens exceptionnels

Heureux celui qui l’âme et la chair bien d’accord,
À son gré, n’importe où, soûle, amuse sa bête!
Pourquoi ne puis-je, moi, traverser une fête,
Aimer, avoir bon cœur, vivre enfin sans remords ?

Je sais que nul ne voit la chute ni l’essor,
Et qu’on est seul, et qu’on peut tout! Qui donc m’arrête
Devant ces noirs opiums dont la rancoeur hébète,
Et qui stupéfieraient mes terreurs de la Mort [?]

Ah bien des jours de spleen, de ces jours roux d’automne,
Où tout pleure d’ennui dans le vent monotone,
M’ont chassé de ma chambre! — à la fin, décidé

A m’en aller croupir sur les seins et les cuisses
D’une catin géante, aux chairs ointes d’épices
Qui me bercerait comme un pauvre enfant vidé.

(Jules Laforgue)


Illustration retirée sur demande de l’artiste

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Résignation (Jules Laforgue)

Publié par arbrealettres le 24 mai 2013



Résignation

Parasite insensé d’une obscure planète,
Dans l’infini tonnant d’éternelles clameurs,
Sur un point inconnu j’apparais et je meurs,
Et je veux qu’aussitôt tout le sache, et s’arrête!

Je veux que pour un cri perdu dans la tempête
Les océans soudain sèchent leurs flots hurleurs,
Et que pour apporter sur ma tombe des fleurs,
Les soleils en troupeaux accourent de leur Fête!

Pauvre coeur insensé! brise-toi, tu n’es rien.
Et bien d’autres sont morts dont le cœur fut le tien,
Et la terre elle-même ira dans le silence.

Tout est dur et sans coeur et plus puissant que toi.
Souffre, aime, attends toujours et danse
Sans même demander l’universel Pourquoi.

(Jules Laforgue)

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Excuse mélancolique (Jules Laforgue)

Publié par arbrealettres le 23 mai 2013



Excuse mélancolique

Je ne vous aime pas, non, je n’aime personne,
L’Art, le Spleen, la Douleur sont mes seules amours;
Puis, mon coeur est trop vieux pour fleurir comme aux jours
Où vous eussiez été mon unique madone.

Je ne vous aime pas, mais vous semblez si bonne.
Je pourrais oublier dans vos yeux de velours,
Et dégonfler mon coeur crevé de sanglots sourds
Le front sur vos genoux, enfant frêle et mignonne.

Oh! dites, voulez-vous? Je serais votre enfant.
Vous sauriez endormir mes tristesses sans causes,
Vous auriez des douceurs pour mes heures moroses,

Et peut-être qu’à l’heure où viendrait le néant
Baigner mon corps brisé de fraîcheur infinie,
Je mourrais doucement, consolé de la vie.

(Jules Laforgue)

Illustration: Fabienne Contat

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Moi, je vis la vie à côté (Charles Cros)

Publié par arbrealettres le 22 mai 2013



 

Moi, je vis la vie à côté

Sonnet

Moi, je vis la vie à côté,
Pleurant alors que c’est la fête.
Les gens disent : "Comme il est bête !"
En somme, je suis mal coté.

J’allume du feu dans l’été,
Dans l’usine je suis poète ;
Pour les pitres je fais la quête,
Qu’importe ! J’aime la beauté.

Beauté des pays et des femmes,
Beauté des vers, beauté des flammes,
Beauté du bien, beauté du mal.

J’ai trop étudié les choses ;
Le temps marche d’un pas normal :
Des roses, des roses, des roses !

(Charles Cros)

Illustration: Berit Kruger Johnsen

 

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Je vous envoie un bouquet (Pierre de Ronsard)

Publié par arbrealettres le 22 mai 2013



 

Je vous envoie un bouquet que ma main
Vient de trier de ces fleurs épanies;
Qui ne les eût à ce vêpre cueillies
Chutes à terre elles fussent demain.

Cela vous soit un exemple certain
Que vos beautés bien qu’elles soient fleuries
En peu de temps cherront toutes flétries
Et comme fleurs périront tout soudain.

Le temps s’en va, le temps s’en va, ma Dame,
Las ! le temps non, mais nous, nous en allons,
Et tôt serons étendus sous la lame ;

Et des amours desquelles nous parlons,
Quand serons morts, n’en sera plus nouvelle;
Pour ce, aimez-moi cependant qu’êtes belle.

(Pierre de Ronsard)

 

 

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Les yeux d’Amaranthe (Pierre de Marbeuf)

Publié par arbrealettres le 21 mai 2013



 

Fernand Khnopff_tête-de-femme theswedishparrot.com

Les yeux d’Amaranthe

Beaux yeux que j’aime tant, hé quelle est votre essence,
Car l’on vous pense feux à mon embrasement,
Puis l’on vous juge cieux par votre mouvement,
Mais non, vous êtes Dieux selon votre puissance.

Ces yeux n’ont que des feux toujours en influence,
Comme s’ils n’étaient faits que de cet élément :
Mais ces yeux étant dieux, leur branlant règlement
N’a que leur volonté pour toute intelligence.

Feux germains et gémeaux qui me donnez le jour,
Tandis que vous luirez dedans le ciel d’amour,
En tout temps et tout lieu je veux cueillir la rose.

Et quoi que le Démon avec ses appareils,
De rage et de noirceur à mes beaux jours oppose,
Je ne crains point l’éclipse avecque deux soleils.

(Pierre de Marbeuf)

Illustration: Fernand Khnopff

 

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J’ai mal aux couleurs qu’ils n’aiment pas (Guy Lévis Mano)

Publié par arbrealettres le 20 mai 2013



 

Ligne Maginot

J’ai mal aux couleurs qu’ils n’aiment pas
j’ai mal aux frontières en uniforme
au répit qu’ils ne savent pas prendre
à la joie esseulée et folle sur terre
qui n’arrive pas à pavoiser leurs dents
car ils laissent les champs aux broussailles
et les oiseaux avoir peur du ciel

(Guy Lévis Mano)

Illustration

 

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