Articles Tagués ‘amour’
Publié par arbrealettres le 25 mai 2013
Les gouttes d’eau sont bien des mondes;
Elles ont leurs monstres flottants.
Qui connaît leurs aurores blondes?
Qui sait leurs combats de géants
Et les splendeurs que la nature
Prodigue dans la moisissure,
Qui leur forme des continents ?
Grondez, grondez, flots monotones!
Passez, passez, heures et jours!
Frappez vos ailes, noirs cyclones;
Ô vents des mers! soufflez toujours;
Emportez, houles monotones!
Hivers glacés, pâles automnes,
Et nos haines et nos amours.
(Louise Michel)
Illustration: Corrie White
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Publié par arbrealettres le 25 mai 2013

Issue de l’océan qui roule, la foule, une goutte vers moi
doucement s’avança,
Qui murmurait, je t’aime et sous peu je mourrai,
J’ai fait un long voyage pour seulement te contempler,
te toucher,
Car je redoutais ensuite de te perdre.
A présent que nous nous sommes rencontrés et contemplés,
nous sommes saufs,
Retourne en paix à l’océan mon amour.
Moi aussi, j’appartiens à cet océan, mon amour,
nous ne sommes pas si séparés,
Vois la vaste rondeur, la cohésion de toutes choses,
combien parfaites !
Mais quant à moi, à toi, il nous faut être séparés
par la mer irrésistible,
Comme si une heure divisait nos routes
sans pouvoir éternellement les diviser ;
Ne sois pas impatient – un bref espace -
sache que pour toi que je chéris,
je salue l’air, l’océan et la terre,
Chaque jour au crépuscule, mon amour.
(Walt Whitman)
Illustration: Corrie White (extraordinaires images de gouttes’)
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Publié par arbrealettres le 24 mai 2013
Sanglot perdu
Les étoiles d’or rêvaient éternelles;
Seul, sous leurs regards, songeant, loin de tous,
Devant leur douceur tombant à genoux,
Moi je sanglotais longuement vers elles.
« Ah! pourquoi, parlez, étoiles cruelles!
La Terre et son sort? Nous sommes jaloux!
N’a-t-elle pas droit aussi bien que vous
À sa part d’amour des lois maternelles?
« Quelqu’un veille-t-il, aux nuits solennelles?
Qu’on parle! Est-ce oubli, hasard ou courroux?
Pourquoi notre sort? C’est à rendre fous! »…
— Les étoiles d’or rêvaient éternelles…
(Jules Laforgue)
Illustration
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Publié par arbrealettres le 24 mai 2013
Petite chapelle
Peuples du Christ, j’expose,
En un ostensoir lourd,
Ce coeur meurtri d’amour
Qu’un sang unique arrose.
Ardente apothéose,
Mille cierges autour
Palpitent nuit et jour
Dans une brume rose.
Ainsi que, jour et nuit,
Se lamentent vers lui,
Comme vers leur idole,
Les coeurs crevés venus
Pour ces maux inconnus
Dont rien, rien ne console.
(Jules Laforgue)
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Publié par arbrealettres le 24 mai 2013
Ô défaillance universelle!
Mon unique va naître aux moissons mutuelles!
Pour les fortes roses de l’amour
Elle va perdre, lys pubère,
Ses nuances si solitaires,
Pour être à son tour,
Dama d’atour
De Maïa!
Alleluia!
(Jules Laforgue)
Illustration: Pascal Renoux
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Publié par arbrealettres le 24 mai 2013
Les après-midi d’automne
Oh! les après-midi solitaires d’automne!
Il neige à tout jamais. On tousse. On n’a personne.
Un piano voisin joue un air monotone;
Et, songeant au passé béni, triste, on tisonne.
Comme la vie est triste! Et triste aussi mon sort.
Seul, sans amour, sans gloire! et la peur de la mort!
Et la peur de la vie, aussi! Suis-je assez fort?
Je voudrais être enfant, avoir ma mère encor.
Oui, celle dont on est le pauvre aimé, l’idole,
Celle qui, toujours prête, ici-bas nous console!…
Maman! Maman! oh! comme à présent, loin de tous,
Je mettrais follement mon front dans ses genoux,
Et je resterais là, sans dire une parole,
À pleurer jusqu’au soir, tant ce serait trop doux.
(Jules Laforgue)
Illustration
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Publié par arbrealettres le 23 mai 2013

Trop tard
Ah! que n’ai-je vécu dans ces temps d’innocence,
Lendemains de l’An mil où l’on croyait encor,
Où Fiesole peignait loin des bruits de Florence
Ses anges délicats souriant sur fond d’or.
Ô cloîtres d’autrefois! jardins d’âmes pensives,
Corridors pleins d’échos, bruits de pas, longs murs blancs,
Où la lune le soir découpait des ogives,
Où les jours s’écoulaient monotones et lents!
Dans un couvent perdu de la pieuse Ombrie,
Ayant aux vanités dit un suprême adieu,
Chaste et le front rasé j’aurais passé ma vie
Mort au monde, les yeux au ciel, ivre de Dieu!
J’aurais peint d’une main tremblante ces figures
Dont l’oeil pur n’a jamais réfléchi que les cieux!
Au vélin des missels fleuris d’enluminures
Et mon âme eût été pure comme leurs yeux.
J’aurais brodé la nef de quelque cathédrale,
Ses chapelles d’ivoire et ses roses à jour.
J’aurais donné mon âme à sa flèche finale
Qu’elle criât vers Dieu tous mes sanglots d’amour!
J’aurais percé ses murs pavoisés d’oriflammes,
De ces vitraux d’azur peuplés d’anges ravis
Qui semblent dans l’encens et les cantiques d’âmes
Des portails lumineux s’ouvrant au paradis.
J’aurais aux angélus si doux du crépuscule,
Senti fondre mon coeur vaguement consolé,
J’aurais poussé la nuit du fond de ma cellule
Vers les étoiles d’or un sanglot d’exilé.
J’aurais constellé d’or, de rubis et d’opales
La châsse où la madone en habits précieux
Joignant avec ferveur ses mains fines et pâles
Si douloureusement lève au ciel ses yeux bleus.
(Jules Laforgue)
Illustration: Fra Angelico
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Publié par arbrealettres le 23 mai 2013
Chaste rosace d’or, d’azur et de cinabre,
Va, je viendrai souvent lire en toi, loin du jour,
L’Illusion, plus morne en son chahut macabre,
Et me noyer en toi, crevé, crevé d’amour!
(Jules Laforgue)
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Publié par arbrealettres le 23 mai 2013
Excuse mélancolique
Je ne vous aime pas, non, je n’aime personne,
L’Art, le Spleen, la Douleur sont mes seules amours;
Puis, mon coeur est trop vieux pour fleurir comme aux jours
Où vous eussiez été mon unique madone.
Je ne vous aime pas, mais vous semblez si bonne.
Je pourrais oublier dans vos yeux de velours,
Et dégonfler mon coeur crevé de sanglots sourds
Le front sur vos genoux, enfant frêle et mignonne.
Oh! dites, voulez-vous? Je serais votre enfant.
Vous sauriez endormir mes tristesses sans causes,
Vous auriez des douceurs pour mes heures moroses,
Et peut-être qu’à l’heure où viendrait le néant
Baigner mon corps brisé de fraîcheur infinie,
Je mourrais doucement, consolé de la vie.
(Jules Laforgue)
Illustration: Fabienne Contat
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Publié par arbrealettres le 23 mai 2013
Sanglot perdu
Les étoiles d’or rêvaient éternelles;
Seul, sous leurs regards, songeant, loin de tous,
Devant leur douceur tombant à genoux,
Moi je sanglotais longuement vers elles.
"Ah! pourquoi, parlez, étoiles cruelles!
La Terre et son sort? Nous sommes jaloux!
N’a-t-elle pas droit aussi bien que vous
À sa part d’amour des lois maternelles ?
u Quelqu’un veille-t-il, aux nuits solennelles?
Qu’on parle! Est-ce oubli, hasard ou courroux?
Pourquoi notre sort? C’est à rendre fous!"…
— Les étoiles d’or rêvaient éternelles…
(Jules Laforgue)
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