Articles Tagués ‘aujourd’hui’
Publié par arbrealettres le 9 juin 2013

La rose flamande
C’est là que j’ai vu Rose Dassonville,
Ce mouvant miroir d’une rose au vent.
Quand ses doux printemps erraient par la ville,
Ils embaumaient l’air libre et triomphant.
Et chacun disait en perçant la foule :
" Quoi ! belle à ce point ?… Je veux voir aussi… "
Et l’enfant passait comme l’eau qui coule
Sans se demander : " Qui voit-on ici ? "
Un souffle effeuilla Rose Dassonville.
Son logis cessa de fleurir la ville,
Et, triste aujourd’hui comme le voilà,
C’est là !
(Marceline Desbordes-Valmore)
Illustration: Júlia Fernández Sánchez
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Publié par arbrealettres le 2 juin 2013
La Mort donne un sens à l’Objet
Sur quoi l’OEil eût glissé
A moins qu’un Être disparu
Tendrement nous supplie
De penser devant de petits ouvrages
Au Pastel – ou en laine -
«C’est le dernier qu’ont fait Ses doigts » —
Si diligents avant -
Que le Dé ne pèse trop lourd -
Que les points ne cessent – d’eux-mêmes -
Alors on l’a rangé parmi la Poussière
Sur les étagères du Placard -
J’ai un Livre – offert par un ami -
Dont le Crayon – ici et là -
A coché tel passage qu’Il aimait -
Au Repos – sont Ses doigts -
Aujourd’hui – je le lis – sans le lire -
Les Larmes m’interrompent -
Effacent les Gravures
À Réparer, hors de Prix -
***
Death sets a Thing significant
The Eye had hurried by
Except a perished Creature
Entreat us tenderly
To ponder little workmanships
In Crayon — or in wool —
With "This was last Her fingers did"—
Industrious until —
The Thimble weighed too heavy -
The stitches stopped — themselves —
And then ’twas put among the Dust
Opon the Closet shelves -
A Book I have – a friend gave -
Whose Pencil – here and there -
Had notched the place that pleased Him —
At Rest – His fingers are -
Now – when I read – I read not —
For interrupting Tears -
Obliterate the Etchings
Too Costly for Repairs -
(Emily Dickinson)
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Publié par arbrealettres le 27 mai 2013
C’est aujourd’hui, j’avais seize ans,
Que tu es mince et blanche sur ton lit,
Etendue au milieu des couronnes de perles.
C’est aujourd’hui que j’ai,
Pour vivre, ton amour.
(Guillevic)
Illustration
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Publié par arbrealettres le 8 mai 2013
Aujourd’hui les gens sont occupés à tuer Dieu.
C’est une occupation à plein temps.
(Christian Bobin)
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Publié par arbrealettres le 8 mai 2013

Encore des lettres aujourd’hui
toutes sortes de phrases
mêlées aux vôtres
parfois je réponds et parfois non
C’est comme le téléphone
il sonne je le regarde sonner
Il y a des jours
où je ne suis pas dans mon nom
pas dans mon sang pas dans mes yeux
des jours des semaines des mois
Je laisse les lettres parler le téléphone hurler
C’est une affaire de bon sens
Je ne peux répondre qu’en ma présence
Seulement voilà que faire
quand je n’y suis pas
quand la main de l’ange
est sur ma bouche
(Christian Bobin)
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Publié par arbrealettres le 8 mai 2013

L’arbre est devant la fenêtre du salon.
Je l’interroge chaque matin:
"Quoi de neuf aujourd’hui?"
La réponse vient sans tarder,
donnée par des centaines de feuilles:
"Tout."
(Christian Bobin)
Illustration: Carmen Meyer
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Publié par arbrealettres le 18 avril 2013
aujourd’hui je vais vous dire
c’est la quarantième nuit d’octobre
je vais vous dire la pluie
elle coule coule coule des yeux d’un enfant
elle renifle elle chuinte elle gargouille
la pluie qui mouille l’intérieur de mes os
la pluie qui trie les chants d’oiseaux
dans les trompettes bouchées de mon cerveau
aujourd’hui je vais vous dire
non je ne vous dirai rien
(Jean-Claude Pirotte)
Illustration
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Publié par arbrealettres le 1 avril 2013
Aujourd’hui je n’ai rien fait.
Mais beaucoup de choses se sont faites en moi.
Des oiseaux qui n’existent pas
ont trouvé leur nid.
Des ombres qui peut-être existent
ont rencontré leurs corps.
Des paroles qui existent
ont recouvré leur silence.
Ne rien faire
sauve parfois l’équilibre du monde,
en obtenant que quelque chose aussi pèse
sur le plateau vide de la balance.
(Roberto Juarroz)
Illustration: Anne-François-Louis Janmot
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Publié par arbrealettres le 22 mars 2013

8 septembre
Aujourd’hui, notre temps a été coupe pleine,
aujourd’hui, notre temps a été vague immense,
aujourd’hui, terre entière.
Aujourd’hui la mer, houle furieuse,
nous a portés si haut dans un baiser
que nous avons tremblé
sous l’éclair fulgurant
et l’un à l’autre liés, nous sommes descendus
au fond des eaux sans desserrer l’étreinte.
Aujourd’hui nos corps ont grandi, grandi,
ils sont arrivé jusqu’au bout du monde
et ils ont roulé, fusionné :
goutte unique
de cire ou météore.
Entre nous – toi et moi – une porte nouvelle
s’est ouverte où quelqu’un, encore sans visage,
nous attendait.
(Pablo Neruda)
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Publié par arbrealettres le 21 mars 2013

Aujourd’hui combien d’heures tombent, tombent
dans le puits, dans la nasse, dans le temps :
elles sont lentes mais ne prennent de repos,
elles tombent, se rassemblant
au début comme des poissons,
puis comme des pierres lancées ou des bouteilles.
En bas, les heures
avec les jours s’entendent,
avec les mois,
avec les souvenirs fumeux,
avec des nuits désertes,
des femmes, des habits, des trains et des provinces,
le temps
s’accumule, et chaque heure
se dissout en silence,
s’effrite et choit
dans l’acide aux vestiges,
dans les eaux noires
dans la nuit sens dessus dessous.
(Pablo Neruda)
Illustration: Salvador Dali
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