Qui ne naît pas orphelin
à l’ère des roses artificielles et des relents d’acide ?
Qui peut encore reconnaître le sein de sa mère
après le premier cri
les premières larmes ?
La poignée de la porte bouge
en même temps que l’os du bassin
Et avant que le petit poumon ne se gonfle
de la première bouffée d’air
les chaînes se referment sur les mains délicates
Puis commence la reptation
sur des gradins inconnus
de potences et de boucliers de braise
alors que les canons des fusils
sont toujours braqués
sur les babils interdits
Un gaulois dans un paysage d’été
avec posés près d’une fourmilière
son casque décoré d’ailes
ainsi que son bouclier rond
comme sont rondes tant de choses en ce monde
descendait parfois vivant dans la tombe
creusée au milieu des épis
sous le regard bleu
des druides sérieux.
Il flottait alors une odeur de corps nu
de métal et de blé
qu’emportait dans sa course le ciel.
Nous entrâmes. Rien qu’une salle immense
silencieuse et vide, où la surface du sol miroitait
comme la glace d’une patinoire abandonnée.
Toutes portes fermées. L’air était gris.
Des peintures aux murs. Où l’on voyait
grouiller des images sans vie : des boucliers, des plateaux
de balance, des poissons, des silhouettes de guerriers
dans un monde sourd et muet de l’autre côté.
Une sculpture était exposée dans le vide :
seul, au centre de la salle, se dressait un cheval,
que nous ne remarquâmes tout d’abord pas
tant le vide nous captivait.
Plus faiblement que les murmures d’un coquillage,
on percevait les bruits et les voix de la ville
tournoyant dans cet espace désert et
bourdonnant à la recherche du pouvoir.
Autre chose encore. Quelque chose d’obscur
vint se poster aux cinq entrées de nos
sens mais sans les franchir.
Le sable s’écoulait dans les verres du silence.
Il était temps de bouger. Nous nous approchâmes
du cheval. Il était gigantesque,
noir comme du métal. Une image du pouvoir
restée là après le départ des princes.
Le cheval nous dit: «Je suis l’Unique.
J’ai désarçonné le vide qui me chevauchait.
Voilà mes écuries. Je grandis peu à peu.
Et je mange le silence ici répandu.»
Guerriers gaulois et romains
marchent avec selon l’heure
devant ou derrière eux leurs ombres
et celles de leurs boucliers
aux mêmes lieux plus tard
arriveront des couples
porteurs de lourds bouquets.
Sur un terrain vague
où sèche du sang
frémit l’arbuste d’aujourd’hui.
Où sont passés les troglodytes?
Où sont passés les Mohicans?
Et Blériot avec son biplan ?
Et l’Arabie pas Séoudite ?
Où sont passés les fiacres
Qu’étaient couverts de nacre?
Et les cochers boiteux
Qui devenaient le Diable en moins de deux?
Où sont passées les Amazones
Qui n’avaient qu’un sein comme bouclier?
Où est parti le puits de Dôme ?
Que sont devenus les Alliés ?
La guerre de Cent Ans ? Celle de Soixante-Dix ?
Et celle de Trente Ans?
Et Vercingétorix
Mon ancêtre, mon Gaulois,
Où donc est-il passé avec ses guêtres et ses oies?
Où sont passés les habitants
Des cavernes du bon vieux temps
Qui s’éclairaient modestement
Au moyen de vers luisants ?
Où sont passés les Thermopyles?
Où sont passés les Thermidors ?
Et les Anglais qu’ont pris la pile
Quand Jeanne d’Arc était en or ?
Et Léontine la femme à Léon ?
Et ce monsieur Napoléon
Qui donnait son foie
A tous les soldats
Et faisait semblant d’être là
Même quand il était dans les draps
Avec la Joséphine extra?
Et Samson? Et Dalila ?
Ah ! dites, dites
Y’en a des choses qui existent.
Moi, je veux bien. Moi, je vous crois.
Mais faut vraiment avoir la Foi!