Articles Tagués ‘brouillard’
Publié par arbrealettres le 15 mai 2013

J’entre, sans le savoir, dans la maison d’un mort.
Il me barre le seuil, je traverse son corps.
Je piétine un basset qui venait me flairer
et sa ligne s’écrase où coulent d’autres ombres ;
mes lèvres ont frôlé la bouche d’une femme,
je passe à gué le mur qui fut d’une prison
et je conduis mes yeux dans un brouillard étrange
où tous les disparus ne sont que transparence.
(Georges Libbrecht)
Illustration: Zdzislaw Beksinski
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Publié par arbrealettres le 13 mai 2013

La femme qui tremble
[...]
Le moi est plus vaste que le narrateur qui dit Je.
Autour et en dessous de l’île de ce narrateur conscient de lui-même,
s’étend un vaste océan d’inconscient
— fait de ce que nous ne savons pas ou que nous avons oublié.
Une vérité étonnante faite de brume et de brouillard
et du fantôme non reconnaissable de la mémoire et du rêve —
une vérité qui ne peut être tenue dans mes mains,
car elle est toujours en train de s’envoler et de s’échapper,
et je ne peux pas dire si c’est quelque chose ou rien.
Je la poursuis avec des mots.
Même si elle ne peut être capturée.
Et parfois, de temps en temps,
j’imagine que je m’en suis approchée.
[...]
(Siri Hustvedt)
Illustration: Alice Pike Barney
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Publié par arbrealettres le 22 avril 2013
Brouillard du matin
pour assembler les journaliers
on sonne la conque
(Kooku)
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Publié par arbrealettres le 17 avril 2013
Le Dragon bouge:
le brouillard aussitôt crève
et je jour croît.
Une rosée nourrissante remplit la faim.
On s’extasie comme à l’orée d’un printemps
inespérable.
(Victor Segalen)
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Publié par arbrealettres le 13 avril 2013

Romance
Quand vous me montrez une rose
Qui s’épanouit sous l’azur,
Pourquoi suis-je alors plus morose ?
Quand vous me montrez une rose,
C’est que je pense à son front pur.
Quand vous me montrez une étoile,
Pourquoi les pleurs, comme un brouillard,
Sur mes yeux jettent-ils leur voile ?
Quand vous me montrez une étoile,
C’est que je pense à son regard.
Quand vous me montrez l’hirondelle
Qui part jusqu’au prochain avril,
Pourquoi mon âme se meurt-elle
Quand vous me montrez l’hirondelle,
C’est que je pense à mon exil.
(François Coppée)
Illustration: Sonia Mandel
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Publié par arbrealettres le 6 avril 2013

Le Vaisseau Spectre
Tous les marins vous raconteront la légende du vaisseau-spectre,
de ce vaisseau de brouillard, monté par des fantômes,
qui apparaît à l’improviste sur les flots,
comme aux limites de l’horizon le nuage cuivré où couve la tempête.
La tempête éclate ! toutes vos voiles se serrent, mais lui ne cargue pas les siennes ;
il semble que l’orage soit son élément.
Vous voulez fuir ! Vous fuyez sans l’éviter.
Quelque manœuvre que vous fassiez, le fatal navire est toujours là.
Vous le voyez au nord ! Vous vous tournez vers le sud,
et il vous fait face comme auparavant.
À l’est, à l’ouest, il est toujours devant vous ;
sa sinistre immobilité suit tous vos mouvements ;
cette ombre ne vous quitte pas plus que la vôtre,
et gouverne à la fois la mer et l’ouragan.
De quel nom faut-il nommer ce vaisseau, qui ressemble au malheur,
et qui, présent partout, semble, impalpable qu’il est, tenir à lui seul tout l’océan ?
(Jules Lefèvre-Deumier)
Illustration
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Publié par arbrealettres le 6 avril 2013

TROUBLE
1
Il faisait lourd: la lumière brûlait,
Mais ses regards étaient comme des rayons.
J’ai tressailli: celui-là
Est capable de me dompter.
II s’est incliné. Que va-t-il dire?
Le sang a quitté mon visage.
Que cet amour soit sur ma vie
Comme une dalle funéraire.
2
Tu n’aimes pas, tu ne veux pas me regarder?
Ô, que tu es beau, maudit!
Je ne peux pas m’envoler;
Moi qui dès l’enfance ai eu des ailes.
Un brouillard me couvre les yeux,
Objets et visages se brouillent,
Il n’y a plus que cette fleur,
Cette fleur à ta boutonnière.
3
Comme le veut la simple politesse,
Il s’est approché de moi. Il a souri.
À moitié tendre, à moitié nonchalant,
Il a effleuré ma main de ses lèvres —
Sur moi se sont posés des yeux
De mystérieuse image antique.
Dix ans de spasmes et de cris,
Toutes mes nuits insomnieuses,
J’ai tout mis dans un mot discret,
Que j’ai eu tort de prononcer.
Tu t’es éloigné; à nouveau
J’avais l’âme vide et claire.
(Anna Akhmatova)
Illustration: Julie Grugeaux
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Publié par arbrealettres le 5 avril 2013

Le poète
Tu penses que c’est un travail?
Mais c’est l’insouciance de la vie.
Prendre quelque chose à la musique
Puis, en riant, le donner comme sien,
Loger dans de certains vers
Le joyeux scherzo de quelqu’un,
Jurer que son pauvre coeur
Pleure parmi l’éclat des champs.
Écouter ensuite la forêt,
Les pins, qui semblent se taire,
Jusqu’à ce que partout s’élève
Le rideau épais du brouillard.
Je prends à droite et à gauche
Et même, sans me sentir coupable,
Quelque chose à la vie retorse,
Et tout, au silence de la nuit.
(Anna Akhmatova)
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Publié par arbrealettres le 8 mars 2013
Quand à l’écran de pluie
Phébus se marie,
Il se forme soudain un arc
Dont les bords se nuancent de couleurs.
Dans le brouillard
Je vois tracé un cercle pareil;
L’arc, sans doute, est blanc,
Mais c’est tout de même un arc céleste.
Ainsi, vieillard alerte,
Tu ne dois pas t’affliger;
Même si tes cheveux sont blancs,
Tu aimeras quand même.
***
Wenn zu der Regenwand
Phöbus sich gattet,
Gleich steht ein Bogenrand
Farbig beschattet.
Im Nebel gleichen Kreis
Seh ich gezogen;
Zwar ist der Bogen weiß,
Doch Himmelsbogen.
So sollst du, muntrer Greis,
Dich nicht betrüben:
Sind gleich die Haare weiß,
Doch wirst du lieben.
(Goethe)
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Publié par arbrealettres le 6 mars 2013

Matin d’épais brouillard -
je ne vois
que là où je pose le pied. Je porte
ma propre
clarté.
(Lorine Niedecker)
Illustration
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